Pour danser à Montréal

«Parmi les pays d’Europe et de l’Amérique du Nord, le Québec demeure le seul endroit à toujours interdire la danse en intérieur. On peut danser à Toronto, à New York, à Paris, à Londres et à Barcelone», écrit l'auteur.
Photo: Valentin Flauraud/Keystone via AP «Parmi les pays d’Europe et de l’Amérique du Nord, le Québec demeure le seul endroit à toujours interdire la danse en intérieur. On peut danser à Toronto, à New York, à Paris, à Londres et à Barcelone», écrit l'auteur.

Le mois dernier, le patron d’une boîte de nuit a poursuivi la Ville de Berlin pour contester la fermeture imposée à son établissement en raison de la lutte contre la COVID-19. Le gouvernement allemand ayant imposé la mise en place d’un passeport sanitaire pour les lieux publics, la Cour de Berlin a statué qu’il était discriminatoire d’empêcher les boîtes de nuit de fonctionner. Grâce à cette action judiciaire, les mythiques clubs de Berlin roulent maintenant à plein rendement, sans masque ni distanciation.

Récemment, à la suite de manifestations festives rassemblant plus de 150 000 personnes dans une dizaine de villes, les Pays-Bas sont devenus le dernier pays d’Europe à permettre la réouverture des boîtes de nuit.

Parmi les pays d’Europe et de l’Amérique du Nord, le Québec demeure le seul endroit à toujours interdire la danse en intérieur. On peut danser à Toronto, à New York, à Paris, à Londres et à Barcelone. On peut danser partout… sauf chez nous ! Pour une ville comme Montréal, qui se targue d’avoir la fête dans son ADN, il est plutôt inquiétant que les mesures sanitaires imposées par le gouvernement québécois aient fait si peu de cas de la place de la danse dans l’apport culturel de la métropole à la nation.

Enfin, ce n’est pas vrai : les Montréalais ont dansé tout l’été. Ils ont dansé dehors, dans les festivals, certes, mais ils ont aussi dansé dans les parcs et sur des terrains en friche, bien souvent sans autorisation. C’est qu’après 18 mois, et avec un taux de vaccination de plus de 80 % chez les 18 ans et plus, les noctambules montréalais n’attendent plus l’approbation de leur gouvernement pour danser.

Avec l’arrivée de la saison froide, Montréal s’apprête à bientôt faire face à une nouvelle épidémie : celle des rassemblements festifs illégaux se déroulant dans des lieux cachés où le passeport sanitaire n’est pas demandé. On se croirait au début des années 2000, dans le Red Light sous Pax Plante à l’ère des speakeasies. Notre ville, notre nation et notre peuple méritent mieux que ça.

En mai dernier, le gouvernement du Québec a octroyé 700 000 $ à notre organisme pour l’épauler dans sa mission visant à développer la vie nocturne de la métropole. Or, une vie nocturne montréalaise sans danse ne vaudra jamais celle des autres métropoles occidentales, et le retard accumulé à cet effet dans la relance a déjà un impact économique considérable sur plusieurs lieux de diffusion et organisateurs d’événements de la culture nocturne.

Jetons un coup d’œil à l’Europe, où la reprise des activités festives cet été a démontré que, bien qu’ayant parfois facilité des éclosions, la danse ne constitue pas une activité contribuant à la transmission du virus de manière plus importante que le travail ou les études. Pensons aux jeunes de 20 ans qui n’ont jamais eu la chance de danser en intérieur légalement depuis qu’ils sont devenus adultes…

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a bien raison : il faudra « apprendre à vivre avec le virus », car nous en avons encore pour plusieurs années avant de l’éradiquer. À l’approche de la période de révision des mesures sanitaires du début du mois prochain, j’interpelle donc le gouvernement afin de l’inciter à mettre en place des mesures sanitaires justes et raisonnables permettant la danse, la réouverture des boîtes de nuit et la reprise des événements culturels à caractère festif. Faute de quoi, les noctambules montréalais devront s’inspirer des leçons de leurs cousins européens et revendiquer la liberté de danser en s’adressant à la Cour… ou en prenant la rue. Avons-nous vraiment besoin d’en arriver là ?

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