L’iniquité de la carte électorale fédérale

«Ce déséquilibre dans la représentation des provinces favorise les provinces et territoires les moins populeux au détriment des provinces les plus populeuses», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Ce déséquilibre dans la représentation des provinces favorise les provinces et territoires les moins populeux au détriment des provinces les plus populeuses», écrit l'auteur.

Sommes-nous tous égaux lorsque vient le temps de déposer notre bulletin de vote dans l’urne ? La croyance populaire nous invite à croire que oui, en vertu du principe « un citoyen, un vote ». Mais la répartition de la population par circonscriptions varie beaucoup d’une province à l’autre. Ce faisant, cette répartition ajoute à l’iniquité du système électoral actuel et remet en doute la légitimité des gouvernements élus. Il est grand temps de revoir la carte électorale, à défaut d’une réforme complète du mode de scrutin.

Ainsi, la population moyenne par circonscription est de 103 999 habitants. Le Québec, la Colombie-Britannique, l’Ontario et l’Alberta sont les provinces où la population moyenne par circonscription avoisine ou dépasse la moyenne canadienne. Dans le cas des deux dernières provinces, leur moyenne dépasse la moyenne canadienne de 7 % et 15 % respectivement.

Suivent, dans l’ordre, le Manitoba, la Nouvelle-Écosse, la Saskatchewan, le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve-et-Labrador, dont la population moyenne par circonscription est inférieure à la moyenne canadienne, de 12 % à 28 %. L’Île-du-Prince-Édouard et les trois territoires ferment la marche avec un écart de 60 % à 65 % sous la moyenne canadienne.

Ainsi, un vote a une valeur différente selon la province ou le territoire dans lequel il est exprimé. Par exemple, le Manitoba et la Saskatchewan comptent le même nombre de circonscriptions, mais le Manitoba compte 180 000 habitants de plus. Terre-Neuve-et-Labrador compte sept circonscriptions et 520 000 habitants, alors que l’Île-du-Prince-Édouard compte quatre circonscriptions et 142 000 habitants. Si on additionne la population du Manitoba, de la Saskatchewan, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, le total est équivalent à la population de l’Alberta. Pourtant, les quatre premières provinces comptent 49 circonscriptions au total, alors qu’il n’y a que 34 circonscriptions en Alberta.

Si on utilisait la moyenne de la Saskatchewan, du Manitoba, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador pour établir le nombre de circonscriptions au pays, le Canada compterait 434 circonscriptions au lieu des 338 actuelles. L’Ontario compterait à lui seul 44 circonscriptions de plus, le Québec, 22 de plus. On serait ainsi beaucoup plus proche d’un vote de même valeur partout au pays, à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard et des territoires.

Distorsions

Ce déséquilibre dans la représentation des provinces favorise les provinces et territoires les moins populeux au détriment des provinces les plus populeuses, ce qui, bien sûr, a un impact sur l’ensemble des résultats électoraux, sur le choix du parti politique appelé à former le gouvernement et sur le statut minoritaire ou majoritaire du gouvernement du parti porté au pouvoir. Tout cela, sans compter l’injustice d’un vote qui vaut moins dans certaines provinces.

Donc, ces distorsions créent des distorsions dans les résultats électoraux, qui s’ajoutent aux distorsions déjà existantes causées par le mode de scrutin uninominal à un tour. Il est facile d’imaginer un résultat différent pour chaque élection fédérale si la taille des circonscriptions dans chacune d’elles correspondait davantage à la moyenne canadienne.

Donc, la question qui revient : un citoyen, un vote, vraiment ?

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