Retrouver l’école communautaire

«La pandémie sert d’écran et occulte les effets de cette centralisation technocratique tant sur les établissements que sur le personnel, mais surtout sur la réussite des élèves», écrit l'autrice.
Photo: iStock «La pandémie sert d’écran et occulte les effets de cette centralisation technocratique tant sur les établissements que sur le personnel, mais surtout sur la réussite des élèves», écrit l'autrice.

Nous souhaitons une bonne rentrée à tous, bien que celle-ci ne soit pas normale. À l’évidence parce que les élèves et le personnel doivent encore porter leurs masques, parce que les craintes légitimes liées à la qualité de l’air dans les classes ne sont pas levées, parce que la peur que cause le variant Delta, pour les moins de 12 ans non vaccinés, est bien présente. Mais c’est aussi une rentrée différente parce que le nécessaire « village » entourant les familles s’estompe peu à peu. Dans un contexte où nous sommes préoccupés par l’augmentation du décrochage scolaire.

Vous connaissez ce proverbe africain qui dit que cela prend un village pour élever un enfant ? Eh bien, le soutien offert aux familles par ce « village » est sérieusement endommagé par la tempête gouvernementale qui a soufflé en 2020 sur notre démocratie scolaire, augmentant du même coup le pouvoir technocratique, balayant la nécessaire concertation avec toutes les forces du milieu, laissant notamment le milieu communautaire de côté, alors que les familles vulnérables ont tant besoin du soutien du « village » durant cette période trouble.

En 2008, les élus du Mouvement pour une école moderne et ouverte (MEMO) à la direction de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) ont mené des consultations publiques qui ont permis un large consensus montréalais sur l’approche dite de « l’école communautaire », reposant sur des partenariats significatifs au bénéfice de la réussite des élèves. Cette approche se présente comme étant « d’abord et avant tout un esprit dans lequel un établissement scolaire s’inscrit par une manière d’être, de penser et d’agir au quotidien […] Le défi de l’école communautaire réside donc, pour l’ensemble de l’équipe-école, dans la prise en compte que l’établissement scolaire évolue dans une communauté spécifique et que cette communauté recèle des valeurs, une histoire, des compétences, bref une culture à laquelle l’équipe doit s’ouvrir si elle souhaite accompagner ses élèves vers la réussite ». Nous avions également mis en place des comités de quartier scolaires afin d’unir nos forces avec tous les partenaires de la communauté et d’agir sur la réussite des élèves. En février dernier, nous invitions le public à signer un pacte en éducation afin que le gouvernement jette les bases d’un plan de relance en éducation. Plus de 3666 citoyens signaient ce pacte dans l’espoir que le ministre de l’Éducation s’engage à mener une consultation.

Les changements de structure en éducation introduits par la CAQ sont aux antipodes de cette approche. Les décisions sont maintenant centralisées à Québec et le ministre de l’Éducation est devenu le seul maître à bord, reléguant les centres de services scolaires au statut de fournisseurs ayant les mêmes pratiques, la même culture organisationnelle, la même histoire et les mêmes réalités de Rouyn-Noranda à Sherbrooke en passant par Montréal. Du mur à mur !

La pandémie sert d’écran et occulte les effets de cette centralisation technocratique tant sur les établissements que sur le personnel, mais surtout sur la réussite des élèves. Même avec l’enseignant le plus passionné, le plus expérimenté et le mieux formé, si un élève vit dans une famille qui lutte pour sa survie afin de s’alimenter, se loger, assurer sa sécurité, sans pouvoir donner du soutien à sa scolarisation ou à l’apprentissage d’une nouvelle langue et d’une nouvelle culture, cet élève et sa famille ont plus que jamais besoin du « village » pour les soutenir.

Dès la rentrée scolaire l’an passé, nous déplorions la réforme hypercentralisée en santé et son impact désastreux sur la prise en charge des personnes les plus vulnérables. Il en va de même en éducation. Au sein du MEMO, nous défendons l’importance de la concertation locale comme pilier du changement et de la mobilisation au service de la réussite scolaire. Nous croyons profondément à l’importance de maintenir des liens étroits dans les communautés, sachant que l’école seule ne peut pas répondre à tous les besoins des élèves. Nous réitérons notre engagement à promouvoir la vitalité de ce palier local de concertation et à assurer la réussite des élèves et la cohésion sociale.

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