Le champ d’incompétence de la santé

«Le réseau est aujourd’hui en péril parce que de nombreux intervenants de la santé font chaque jour le choix de quitter le réseau», écrit l'auteur.
Photo: Matthias Schrader Associated Press «Le réseau est aujourd’hui en péril parce que de nombreux intervenants de la santé font chaque jour le choix de quitter le réseau», écrit l'auteur.

Le premier ministre François Legault a cru bon d’appuyer sans subtilité le Parti conservateur de d’Erin. O’Toole. Il lui donne son appui en dépit du fait que cela pourrait priver le Québec de 6 milliards de dollars en transferts fédéraux, une somme qui pourrait pourtant être investie pour renforcer nos services de garde éducatifs à l’enfance. En dépit du fait, également, que le programme conservateur en matière de contrôle des armes à feu, d’avortement et d’environnement est très loin de ce que souhaitent les Québécois, pour ne nommer que quelques dossiers importants au sujet desquels les défis sont actuellement considérables. M. Legault explique que c’est parce que M. O’Toole a promis de respecter les champs de compétence provinciaux, principalement en santé.

À en juger par la performance du Québec en santé depuis le grand sommet socioéconomique de 1996, c’est plutôt d’un champ d’incompétence qu’il faudrait parler. En raison des réformes centralisatrices, du sous-investissement chronique, de la privatisation et du fait que l’essentiel des investissements a été concentré entre les mains des médecins, le système public de santé et de services sociaux s’est à ce point détérioré que nous nous sommes retrouvés en pleine pandémie avec bien peu de moyens. Voilà qui explique le piètre bilan québécois en ce qui concerne la gestion de la pandémie.

Le réseau est aujourd’hui en péril parce que de nombreux intervenants de la santé font chaque jour le choix de quitter le réseau. Sans doute vaut-il la peine de rappeler que la dernière fois que le gouvernement fédéral a fait des transferts dignes de ce nom en santé, le gouvernement de Jean Charest a utilisé ses sommes pour… baisser les impôts.

Faute d’une réelle volonté politique de prendre les décisions qui s’imposent ici, au Québec, pour améliorer durablement notre système de santé — à savoir décentraliser le réseau, transformer le mode de rémunération des médecins, mettre en place un programme public intégré de soins de longue durée misant sur le soutien à domicile, démocratiser la gestion des établissements, éliminer le recours aux agences de main-d’œuvre indépendantes, améliorer significativement les conditions de travail dans le réseau et donner les moyens au milieu d’agir efficacement en prévention —, les Québécois devraient sans doute y penser à deux fois avant d’appuyer M. O’Toole.

À défaut de mieux, il serait sans doute préférable de miser sur la Loi canadienne sur la santé, qui nous a au moins prémunis contre une privatisation encore plus grande, et sur des normes nationales dans le secteur de l’hébergement des personnes âgées, principales victimes de l’incompétence québécoise en matière de santé.

À mon avis, de plus en plus de Québécois se moquent bien de savoir si c’est Québec ou Ottawa qui agit pour améliorer les choses en santé. Ils ont tout simplement envie de voir notre classe politique passer à l’action, en écoutant les intervenants sur le terrain. Cela dit, étant donné le piètre bilan du Québec dans ce domaine, je crois que continuer d’exiger qu’on respecte les champs de compétence des provinces pour mieux continuer de démanteler notre réseau public nous mènera droit dans le mur.



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