Maintenir Rebel News derrière un cordon sanitaire

«Rebel News, entre autres, alimente les théories conspirationnistes, milite en faveur de l’extrême droite libertarienne et s’oppose de manière irrationnelle aux mesures sanitaires», écrit l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Rebel News, entre autres, alimente les théories conspirationnistes, milite en faveur de l’extrême droite libertarienne et s’oppose de manière irrationnelle aux mesures sanitaires», écrit l'auteur.

Le fait le plus troublant ressortant du débat des chefs tenu en français le 8 septembre dernier est l’accréditation journalistique accordée in extremis à Rebel News par la Cour fédérale. La Commission des débats des chefs contestera cette décision, mais le mal est fait.

En effet, des représentants de cette organisation de propagande et de désinformation se sont retrouvés à poser des questions aux chefs lors de la conférence de presse suivant le débat. En s’infiltrant dans un moment crucial de la campagne électorale, ils ont volé du temps précieux aux vrais journalistes, et donc à notre vie démocratique. Cela n’est pas anodin.

Rebel News, entre autres, alimente les théories conspirationnistes, milite en faveur de l’extrême droite libertarienne et s’oppose de manière irrationnelle aux mesures sanitaires. L’organisation ne cache pas son appui au Parti populaire du Canada de Maxime Bernier. Ainsi, elle ne respecte aucunement les critères d’objectivité, de rigueur et de non-partisanerie qui encadrent le véritable journalisme.

Erin O’Toole a poliment répondu à leurs questions. Justin Trudeau leur a adressé une réplique cinglante. Jagmeet Singh a fermement refusé de leur répondre. Yves-François Blanchet ne leur parle plus. Quant à Annamie Paul, elle leur a répondu tout en laissant poindre son exaspération.

L’apparition de ce genre de mouvance sur notre scène politique est extrêmement préoccupante. Ces agitateurs sont de mieux en mieux organisés. Ils possèdent des fonds et des ressources qu’ils acquièrent largement grâce à l’influence néfaste des médias sociaux. Leur mode d’opération est sournois. Tenant des discours antisystèmes et prenant des postures de victimes des institutions, ils se servent néanmoins de chaque brèche du système et de chaque faille des institutions pour y infiltrer leur venin, leurs mensonges et leurs pulsions de mort. Ils sont, en fait, dans une logique de perversion et de destruction de la démocratie. Et l’on a vu récemment, chez nos voisins du Sud, jusqu’où tout cela pouvait aller.

Ces organisations sont donc de véritables cancers pour la démocratie. Ils la pourrissent de l’intérieur. Au nom de la liberté d’expression, ils prétendent offrir des points de vue « alternatifs » et faire entendre la voix des sans-voix. La réalité, c’est plutôt qu’ils intoxiquent le débat public. Ils y propagent la haine, la colère, la violence et les pires affabulations aux seules fins de jouir de la polarisation idéologique et de l’éclatement des liens sociaux pour en tirer profit. Au mépris de toute éthique de la parole et de l’action, ils manœuvrent dans le système et les institutions tout en prétendant les contester. Manipulant et stimulant sans vergogne les plus sombres affects dans la population, ces mouvances sont carrément fascisantes.

C’est pourquoi voir surgir Rebel News au cœur d’un débat des chefs était obscène. Ce phénomène morbide est un symptôme révélateur de l’époque troublée qui est la nôtre. Le devoir immédiat d’un chef de parti digne de ce nom est de maintenir fermement ce genre d’organisations nauséabondes derrière le cordon sanitaire de notre démocratie. Mais la tâche la plus cruciale et la plus complexe demeure celle de s’attaquer sérieusement aux racines de leur propagation dans notre société.



À voir en vidéo