Les paresseux, les hédonistes et les militants antivaccins: un manifeste de la colère

«Alors que tant de gens à travers le monde attendent désespérément d’être vaccinés,(...) nos paresseux, nos hédonistes, nos militants se permettent le luxe de refuser leur responsabilité sociale, et pas seulement ça, ils le font avec fierté», écrit l'auteur.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir «Alors que tant de gens à travers le monde attendent désespérément d’être vaccinés,(...) nos paresseux, nos hédonistes, nos militants se permettent le luxe de refuser leur responsabilité sociale, et pas seulement ça, ils le font avec fierté», écrit l'auteur.

Je suis vacciné et je suis en colère contre les paresseux qui ne se font pas vacciner parce qu’ils ne se soucient pas d’eux-mêmes ou des autres. Je suis en colère contre les hédonistes, ceux qui prétendent que leur corps est un temple si sacré qu’aucune substance impure ne doit y pénétrer.

Je suis particulièrement en colère contre les militants antivaccins et leurs croisades nihilistes et absurdes. Je suis fatigué de leurs théories et complots fous, et je suis indigné par leur banalisation du combat pour la liberté individuelle.

Ce sont des révolutionnaires de café qui n’ont aucune idée de ce que signifie vivre sans liberté et en oppression ; ils déforment et corrompent complètement les notions de solidarité communautaire, d’empathie et de responsabilité sociale.

Alors que tant de gens à travers le monde attendent désespérément d’être vaccinés, alors que la maladie et la mort se répandent autour d’eux, nos paresseux, nos hédonistes, nos militants se permettent le luxe de refuser leur responsabilité sociale, et pas seulement ça, ils le font avec fierté.

C’est scandaleux, pourtant il faut être patient avec eux, les attirer avec des loteries, des prix, on nous dit de ne pas les critiquer, car c’est pire, il faut respecter leur espace et leurs sentiments. Je suis indigné.

Oui, je suis indigné et en colère, car leur refus signifie retarder la fin de la pandémie. Chaque jour, elle persiste, et c’est un jour de plus où notre système de santé est surchargé, où les patients ne reçoivent pas les soins dont ils ont besoin, et où tant de nos concitoyens ne reçoivent ni traitement ni diagnostic.

Chaque jour apporte plus de difficultés économiques, et cela tombe sur les épaules des plus faibles. Leur refus les met en danger, mais met aussi en danger ceux qui se sont fait vacciner, puisque les non-vaccinés deviennent le terreau qui va pérenniser l’infection communautaire et que les vaccinés ne sont pas invincibles, surtout ceux qui ont des problèmes de santé.

Chaque jour de pandémie augmente les chances de générer des mutations qui viendront à bout de l’immunité communautaire que nous avons si laborieusement développée, puis le cauchemar recommencera.

Je suis en colère parce que les paresseux, les hédonistes, les militants antivaccins finiront par occuper un lit d’hôpital et être soignés par les mêmes infirmières et médecins surmenés et épuisés qu’ils ont ignorés, méprisés et même maltraités.

Je suis en colère qu’il y en ait tant qui soient prêts à produire et à diffuser tant de désinformation toxique, et je suis découragé que notre société abrite tant de personnes prêtes, par ignorance, désespoir ou arrogance, à accepter cette désinformation et à la tourner contre leur propre famille, leurs voisins et peut-être eux-mêmes.

Je suis en colère parce que le reste d’entre nous ne peut apparemment rien faire d’autre que regarder ces personnes générer des folies, remettre en question les valeurs fondamentales qui rendent nos communautés sûres et saines et exercer avec véhémence leur droit de manifester publiquement.

Inutile de dire que toutes les personnes non vaccinées ne sont pas paresseuses, hédonistes ou militantes : il y a une partie de l’hésitation et de la confusion qui semble fondée sur des problèmes de santé réels, l’anxiété ou un manque d’information correcte ou claire.

Je reconnais que l’information peut être accablante, mais la plupart d’entre nous avons accès à un médecin ou une infirmière ou à d’autres professionnels de la santé qui peuvent nous guider pour prendre des décisions éclairées. Ces gens qui hésitent ont certainement une responsabilité, ils devraient faire l’effort de s’informer.

Les paresseux, les hédonistes, les militants antivaccins ont le droit de refuser la vaccination, mais j’ai le droit d’être indigné et en colère, et je pense que nous devrions l’être. Cette colère, cependant, devrait être canalisée de manière positive, en tant que voix collective des citoyens soucieux du bien commun, qui s’opposent aux attitudes antisociales et qui rejettent de manière critique la désinformation toxique et délibérément malveillante.

Les gouvernements et les institutions ont l’obligation d’établir des règles claires et fermes par rapport aux conséquences du refus vaccinal, non pas comme punition, mais pour protéger la santé et les droits de la majorité de la population.

Nous devons collectivement leur demander d’avoir le courage d’être à la hauteur des circonstances, surtout que la quatrième vague a déjà commencé. Notre colère devrait également encourager le reste d’entre nous à être solidaires, en tant que citoyens responsables et informés, pour contrer l’égoïsme social et l’ignorance et renforcer les valeurs qui rendent nos communautés plus fortes, plus saines, socialement responsables et généreuses, inclusives et empathiques. Car cette pandémie n’est pas terminée, et la prochaine se prépare déjà.

À voir en vidéo