La vision simpliste de Trudeau sur le vieillissement de la population

«Le maintien à domicile, le soutien des proches aidants, la recherche et l’innovation, tout ce qui fait qu’on peut accompagner la perte d’autonomie, voire le déclin cognitif, autrement que par l’aboutissement dans un établissement de soins, cela, le PLC, en quête de grandes idées, l’évacue entièrement de sa campagne», écrit l'autrice.
Photo: Stéphane de Sakutin Agence France-Presse «Le maintien à domicile, le soutien des proches aidants, la recherche et l’innovation, tout ce qui fait qu’on peut accompagner la perte d’autonomie, voire le déclin cognitif, autrement que par l’aboutissement dans un établissement de soins, cela, le PLC, en quête de grandes idées, l’évacue entièrement de sa campagne», écrit l'autrice.

Que Justin Trudeau ait jugé préférable de raser sa barbe poivre et sel révèle une volonté de ne pas assumer son âge. Cette coquetterie peut sembler anecdotique, mais elle semble devenir un appât essentiel afin de séduire l’électorat.

Son principal adversaire ne s’en laisse pas imposer. Erin O’Toole prend la pose athlétique en page couverture du programme du PCC.

Au-delà de l’image baba cool à projeter en campagne électorale, ce qui devient plus intéressant, c’est la comparaison de la vision que chaque parti véhicule du vieillissement de la population, ainsi que des constats, des correctifs et des actions qui s’imposent.

Dans cette campagne, je constate que le « pouvoir gris » pèse moins lourd dans la balance chez le PLC et les autres partis. Trudeau se limite à visiter la main sur le cœur les aînés, dans leur maison de retraite, puis annonce à quoi devraient être consacrés les milliards que son gouvernement verserait.

Penser que tout rentrera dans l’ordre en édictant des normes nationales pour les CHSLD ou l’équivalent relève de la pensée magique. Il me semble insuffisant de s’en tenir aux soins de longue durée et à la hausse du salaire horaire des préposés pour rehausser la qualité de l’ensemble des établissements de type CHSLD au pays.

Les préposés ne sont qu’un maillon de la chaîne. Tant qu’à s’immiscer comme il le fait dans ce qui relève du Québec, par sa croisade en faveur de réseaux de garderies à la québécoise, pourquoi Trudeau ne plaide-t-il jamais en faveur de la multiplication de centres de jour afin de briser l’isolement et de favoriser les liens sociaux et la stimulation cognitive des personnes âgées ?

Maladie d’Alzheimer

Et puisque Trudeau se concentre sur les maisons de retraite pour les personnes non autonomes, où, d’ailleurs, en règle générale, on retrouve un fort pourcentage d’aînés atteints d’alzheimer ou d’une maladie apparentée, pourquoi ne spécifie-t-il jamais s’il compte donner suite à la première Stratégie nationale sur la démence que l’Agence de la santé publique du Canada a instaurée en juin 2019 avec un maigre budget de quelques millions sur cinq ans ?

Une vision détaillée reposant sur une revue exhaustive des initiatives prises par les provinces et divers organismes, dont la Société d’alzheimer ? Il n’en a été aucunement question lors de la campagne électorale à l’automne 2019. Cela n’a pas beaucoup fait réagir les autres partis et est passé sous silence lors des débats des chefs.

Vieillir n’est pas forcément un naufrage. Mais Trudeau se focalise sur les soins de longue durée, en faisant référence à l’hécatombe de la première vague de la COVID-19 et en misant sur l’émotion, sans aborder l’existence d’une stratégie qui devait être déployée en complément et en partenariat avec les provinces.

Le maintien à domicile, le soutien des proches aidants, la recherche et l’innovation, tout ce qui fait qu’on peut accompagner la perte d’autonomie, voire le déclin cognitif, autrement que par l’aboutissement dans un établissement de soins, cela, le PLC, en quête de grandes idées, l’évacue entièrement de sa campagne.

Les aînés ne sont pas tous voués à finir leurs jours dans une maison de retraite. En fait, la plupart d’entre eux préféreraient vieillir au sein de leur communauté, et non en retrait.

Les baby-boomers ont vécu intensément le vieillissement de leurs proches. Ce dont ils ont été témoins, y compris durant la pandémie, les incite à réclamer plus d’humanisme et moins de raccourcis simplistes de la part de leurs élus. Il faut un village pour élever les enfants, et aussi pour préserver la dignité des vieux.

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