Le manque de main-d’oeuvre et le mythe de la PCRE

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

Ainsi, il semblerait que le manque de main-d’œuvre soit la résultante de la PCU ou de sa nouvelle déclinaison appelée PCRE.

Le Bloc québécois semble intéressé de faire de la PCRE un enjeu de sa campagne électorale afin de démontrer que la gestion de la pandémie par Justin Trudeau, et plus largement sa gestion du fédéralisme, est un nouvel exemple que l’autonomie, voire l’indépendance du Québec, représente une solution nécessaire.

Le dernier exemple de cette stratégie, le cri du cœur d’un couple de restaurateurs de Mercier qui doivent fermer leur restaurant faute de personnel. « On a doublé les salaires pour sauver l’entreprise, mais il y a des gens qui disent que pour 50 $ de moins, je reste chez moi toute la semaine » disaient-ils (« PCRE : “Faut que ça arrête”, dit un restaurateur à Yves-François Blanchet », Le Devoir, 18 août 2021).

Rappelons que la PCRE équivaut à un montant d’environ 600 $ par deux semaines. Imposé. Pour une semaine de 40 heures, cela équivaut à un salaire horaire de 7,50 $. Si le restaurateur a effectivement doublé son offre salariale, cela voudrait dire que son offre initiale était de 3,75 $ l’heure. Et maintenant, retirez 50 $. Soit le restaurateur a besoin de revoir ses calculs, soit il y a de quoi rester à la maison compte tenu de ces conditions de travail.

Le Bloc québécois envisage de faire des gains électoraux d’ici le 20 septembre, entre autres à Montréal dans des circonscriptions comme Rosemont (difficile de croire que le siège de Pablo Rodriguez est prenable dans Honoré-Mercier). Certes, la stratégie est claire, et avouée, de prendre ses distances de Justin Trudeau au PLC et de Jagmeet Singh au NPD (et Alexandre Boulerice dans Rosemont) qui représentent les narratifs des grandes dépenses fédérales imposées au Québec.

Or, ce discours semble faire fi du fait que les commerçants ont bénéficié de multiples mesures de prêts et de subventions qui, étrangement, ne sont pas critiquées par ces mêmes restaurateurs. La préservation de l’économie était un narratif à la mode, et louable, durant la pandémie.

Par contre, l’idée que les travailleurs sont maintenant désintéressés par le marché de l’emploi parce qu’ils peuvent vivre confortablement avec 600 $ imposés par deux semaines relève, au pire, du mythe, au mieux d’une incompréhension totale de la situation contemporaine des travailleurs.

Plusieurs jeunes travailleurs ont profité de la pandémie pour réorienter leurs intérêts vers le numérique, le virtuel. Le « day trading », la cryptomonnaie, les ristournes de création de contenu en ligne et une multitude d’autres opportunités se sont présentés durant la pandémie tout en offrant de bien meilleures conditions que celles offertes par une cuisine de restaurant.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain dressait d’ailleurs récemment une liste des autres facteurs qui faisaient de la pénurie de main-d’œuvre un sujet complexe qui avait également un lien avec la modération des politiques d’immigrations autant au fédéral qu’au provincial.

Certes, le Bloc québécois ne voit peut-être pas d’un bon œil de tourner le dos aux politiques de la CAQ vu la forte popularité de François Legault. Mais si Yves-François Blanchet souhaite voir son parti gagner une circonscription comme Rosemont, il serait préférable de ne pas trop tourner le dos aux jeunes électeurs qui, non seulement ne sont pas particulièrement de grands amateurs du parti de M. Legault, mais qui sont aussi du nombre de ceux qui préfèrent travailler autrement plutôt que de suivre le dogme des conditions de travail imposées par des commerçants.

Ces derniers semblent incapables de revoir leurs plans d’affaires, préférant critiquer une mesure de relance économique qui n’a probablement rien à voir avec le manque réel de main-d’œuvre pour leur entreprise.

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