Accès aux plans d’eau publics, oui, mais pour qui?

Il ne faut surtout pas faciliter l’accès des plans d’eau publics aux bateaux de plaisance, selon l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il ne faut surtout pas faciliter l’accès des plans d’eau publics aux bateaux de plaisance, selon l'auteur.

En réaction au texte « Plaidoyer pour un accès équitable aux plans d’eau publics », signé par Stephan Bourgeois, le 7 août

Les difficultés d’accès aux plans d’eau publics au Québec sont effectivement un problème majeur. Mais si la démarche entreprise par le collectif donne comme résultat qu’encore plus de bateaux de plaisance vont se retrouver sur l’eau, alors là, au secours !

Du 1er au 8 août 2021, j’ai pagayé en kayak tandem d’Ottawa à Québec (sauf une dernière étape à terminer sous peu). Cette expérience récente et d’autres me permettent de témoigner du contexte de la navigation des embarcations à propulsion manuelle (kayak, canot, voilier, planche à pagaie…), où l’augmentation effarante de puissants bateaux moteurs rend la cohabitation périlleuse.

Il faut être sur l’eau pour constater à quel point les occupants de ces bateaux ont « super hâte d’aller nulle part », sans considération et sans rien voir de la nature environnante, qui pourtant devrait être la raison d’une sortie sur l’eau. Lors de cette expédition, nous avons notamment longé le lac des Deux-Montagnes, ainsi que Sorel et ses îles, par un bel après-midi, ce qui a sollicité notre vigilance totale. Il est compréhensible que nous ayons été parmi les rares kayakistes à se risquer sur l’eau à ces endroits, tant les vagues provoquées par ces passages à grande vitesse altéraient notre plaisir.

Sans aucune exagération, sur le millier de bateaux, dits de plaisance, qui nous ont dépassés ou rencontrés durant ce voyage Ottawa-Québec, seulement quatre ont ralenti pour amoindrir leurs vagues. Nous ne sommes pas des surfeurs ni des motomarines qui courent les vagues à la recherche de sensations. Nous cherchons plutôt à ne pas chavirer. Ce qui est un risque réel. Que faire devant cette frénésie des plaisanciers insensibles à leur environnement immédiat ?

Il ne faut surtout pas faciliter l’accès des plans d’eau publics à ce type de bateau. Les limites et les balises ne sont jamais faciles à délimiter. Est-ce que favoriser uniquement le type d’embarcation sans moteur cité plus haut et des bateaux à propulsion électrique pourrait être une piste ? Quoique la motomarine électrique s’en vient… On ne s’en sort pas !

De plus, cette privatisation des berges entraîne un autre sérieux problème, soit l’accès au rivage lorsque nous sommes sur l’eau, que ce soit pour une pause, pour un dîner ou pour un bivouac d’une nuit. Sur notre parcours, il fallait mettre facilement une heure avant de trouver un endroit convenable. Et les rares endroits convenables ont souvent des affiches qui indiquent « Propriété privée, défense de passer ». Nous avons eu l’illustration sublime de cela sur la rivière des Mille-Îles, à Montréal, où le seul endroit où il aurait été possible d’accoster n’avait pas de pancarte, mais des blocs de béton bien disposés sur la rive

Est-ce trop déborder du sujet que de se questionner sur l’impact environnemental de l’augmentation des bateaux moteurs ? Le titre du Devoir du 10 août sonne encore l’alarme : « Le pire reste encore à venir ». La pollution n’est pas qu’affaire d’autoroutes et de 3e lien.

La cause du collectif pour l’accès à l’eau est capitale et il est urgent que le gouvernement légifère à ce sujet, comme cela est réclamé. Nos chemins d’eau sont gorgés d’histoire à méditer et à sentir au fil de l’eau. C’est ce que la lenteur d’une embarcation à propulsion manuelle permet. Et ces questions d’accès ne doivent pas porter ombrage aux magnifiques moments d’observation de la nature et à l’accueil naturel habituel des gens que nous rencontrons durant de longs parcours.

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