Une collection prestigieuse qui n’est pas mise en valeur

La réunion des acteurs d’une République héroïquement conquise, «un hommage aux peuples de l’Amérique latine», dans  le parc de l’Amérique-latine, est sans surprise présidé par la haute figure de Bolivar sur sa monture.
Photo: Asclepias La réunion des acteurs d’une République héroïquement conquise, «un hommage aux peuples de l’Amérique latine», dans  le parc de l’Amérique-latine, est sans surprise présidé par la haute figure de Bolivar sur sa monture.

Peu de gens connaissent le parc de l’Amérique-latine (dans la basse ville de Québec). Uniquement accessible par la piste cyclable qui longe la rivière Saint-Charles, on y entre par hasard pour s’y trouver seul. Et on le découvre avec stupeur dominé par deux statues équestres monumentales.

Sans ombrage et sans reliefs, découpé géométriquement et planté de drapeaux, on s’y avance pour découvrir, mis en valeur sur leur socle, l’effigie d’une dizaine de personnages, penseurs et combattants de l’Amérique méridionale, à l’œuvre d’émancipation du joug colonial. Des bustes, une statue de plain-pied, offerts en témoignage de « vivante amitié et de profonde solidarité entre les peuples de l’Amérique latine et les Québécois », ces « Latins du Nord ».

La plaque signalétique du parc nous apprend vouloir faire de la réunion de ces acteurs d’une République héroïquement conquise « un hommage aux peuples de l’Amérique latine ». L’ensemble est sans surprise présidé par les hautes figures de Bolivar et de O’Higgins sur leur monture. Les dernières œuvres installées proviennent de la Caraïbe ; l’une d’elles est à l’effigie de Toussaint Louverture, le libérateur d’Haïti. La collection recèle en outre un visage féminin, celui de Juana Azurduy de Padilla, cheffe de la guérilla bolivienne… Comment, est-on en droit de se demander, un espace encastré entre des voies de circulation rapide et d’autre part fermé par le palais de justice peut-il décemment recevoir et loger les dons de fraternité de ces pays ?

La Commission de la capitale, associée au ministère des Relations internationales, tâche, paraît-il, à « susciter l’intérêt des gouvernements » en vue d’obtenir d’autres représentations tridimensionnelles afin de « compléter le volet commémoratif du parc ». Ces pays, en regard de la séquestration des pièces reçues, donneront-ils suite à cette invitation ? Quoi qu’il en soit, l’ensemble déjà constitué, imposant, mériterait une autre existence. Non seulement la capitale ne tire-t-elle pas le prestige attendu d’une pareille adresse au Québec, mais le fait que l’espace dévolu au legs soit bouclé à demeure, que le message de fraternité qu’il porte reste sans écoute, est à la limite offensant à l’endroit des pays donateurs.

Réinstaller la collection (en progrès) dans un site vivant et dans une perspective qui ne soit pas qu’informative implique des moyens, bien entendu. On peut croire que l’investissement en vaut la peine.

*Signataires qui appuient cette lettre : 

Biz, écrivain et rappeur

Pascal Bérubé, porte-parole du PQ en matière d’affaires municipales

Emilia Inés Deffis, Département de littérature, Université Laval

Maurice Demers, Département d’histoire, Université de Sherbrooke

Catherine Dorion, députée de Taschereau

Brigitte Haentjens, directrice, Sibyllines

Louis Jolicœur, écrivain et traducteur
Laurier Lacroix, historien de l’art

Yvan Lamonde, historien, Université McGill

Robert Lepage, directeur, Ex Machina

Gilles Pellerin, écrivain et éditeur

Rodney Saint-Éloi, poète, éditeur Mémoire d’encrier

Sol Zanetti, député de Jean-Lesage

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