Otages du glyphosate et autres particules…

«Si la Révolution tranquille nous a été bénéfique à certains points de vue, en l’éducation par exemple, elle a aussi révolutionné le monde agricole, et pas nécessairement à notre avantage», écrit l'autrice.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Si la Révolution tranquille nous a été bénéfique à certains points de vue, en l’éducation par exemple, elle a aussi révolutionné le monde agricole, et pas nécessairement à notre avantage», écrit l'autrice.

Bien que nous soyons sensibilisés individuellement aux bonnes habitudes à prendre et à conserver pour éviter les problèmes de santé, dont le cancer, il est difficile d’en sortir indemne tant les pesticides sont omniprésents. Dans l’air, dans l’eau, dans le sol, dans les aliments, partout ! Les humains, ces bizarres d’animaux qui mettent du poison sur leur nourriture !

Oui, on a beau suivre individuellement les conseils d’experts qui nous informent sur les aliments « anti-cancer », faire de l’exercice physique, vivre « pas d’alcool, pas d’tabac », comme dans la chanson de Richard Desjardins, et même manger bio le plus possible, rien de tout cela ne nous protège vraiment. Ça permet simplement de résister plus longtemps aux attaques soudaines et imprévues du cancer.

C’est là le fruit de mon expérience personnelle et malheureusement de bien du monde. Je vivais depuis des décennies à la campagne, cultivant de grands jardins potagers biologiques qui me fournissaient des légumes pratiquement à longueur d’année. J’étais donc physiquement en forme. Comme bien des gens de la campagne, toutefois, j’habitais à proximité de vastes champs en culture. Malheureusement, je me suis fait « attraper » par un cancer, d’un type que l’on rencontre plus souvent chez les hommes et en milieu agricole.

Récemment, une amie vivant à la campagne et dont le conjoint souffre d’un cancer recensait toutes les personnes de son entourage qui étaient également atteintes de ce mal. Des gens souvent dans la force de l’âge. La campagne n’est plus un lieu naturellement sain où il fait bon vivre. J’ai grandi dans les années 1950 et 1960 dans une petite ferme familiale, à une époque où on pouvait boire sans risque l’eau des ruisseaux. Mon père disait : « S’il y a du courant, c’est de l’eau potable ! » Il pratiquait la rotation des cultures, les vaches broutaient paisiblement dans les champs du printemps jusqu’à tard l’automne et vivaient beaucoup plus longtemps. Les « cultivateurs » prenaient le temps de dorloter leur terre et ne souffraient pas de dépression. Les champs étaient invitants, fleuris à souhait, les oiseaux s’y installaient volontiers. J’ai bel et bien vécu à cette époque ! C’était il y a à peine 60 ans ! Tout était naturellement « bio ».

Si la Révolution tranquille nous a été bénéfique à certains points de vue, en l’éducation par exemple, elle a aussi révolutionné le monde agricole, et pas nécessairement à notre avantage. Elle a fait disparaître les petites fermes et la polyculture, elle a appauvri les sols, particulièrement par la monoculture et l’usage de pesticides. Dans mon enfance, en collaboration avec les voisins, nous étions pratiquement autosuffisants et plutôt bien portants ! Aujourd’hui, l’autosuffisance alimentaire serait de 35 %.

Les batailles contre le cancer et les pesticides sont interreliées. Le glyphosate est reconnu comme étant potentiellement cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Il est temps d’appliquer le principe de précaution. Ces batailles ne se gagneront pas de façon individuelle. C’est un combat collectif qui nécessite une nouvelle révolution ! Et pas nécessairement tranquille, mais plutôt radicale, car le temps presse, particulièrement pour ceux dont les jours sont comptés ou se compteront bientôt !

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