Que fait le ministre de la Santé pour les infirmières et les infirmiers?

«Nous l’avons répété, des infirmières au Québec, il y en a à la tonne. Le problème, c’est qu’elles ne peuvent plus, ni ne veulent, travailler», écrit l'autrice.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Nous l’avons répété, des infirmières au Québec, il y en a à la tonne. Le problème, c’est qu’elles ne peuvent plus, ni ne veulent, travailler», écrit l'autrice.

Si depuis 10 ans les hôpitaux étaient débordés, si depuis deux ans, avec la pandémie, ils étaient en état d’urgence, ils sont maintenant rendus au point de rupture final.

Soit le ministre fait du déni, ou du camouflage, soit il fait preuve d’une incompétence sévère. Oui, une incompétence sévère. Serait-ce à cause des vacances estivales que cette situation semble passer inaperçue, même aux yeux des autres partis de l’opposition ?

Ce ne sont pas les vacances estivales ni la pandémie, les responsables. Le responsable, en ce moment, est le gouvernement actuel, pas celui d’il y a 10 ans, ni M. Barrette.

Je ne sais pas qui sont ces gens qui semblent donner un vote de popularité si élevé au gouvernement Legault, mais je vous le dis : réveillez-vous !

C’est la catastrophe dans vos hôpitaux et les centres de santé connexes. Et c’est cet automne, quand le beau temps sera terminé et que les virus et autres petits bobos saisonniers reprendront, que vous constaterez qu’il est trop tard.

Les infirmiers et les infirmières vous le diront tous : nous sommes en état de crise et la situation est des plus graves, pire qu’elle ne l’a jamais été.

Nous quittons la profession l’une après l’autre. Les hôpitaux subissent des ruptures de services les uns après les autres. Quand ce ne sont pas les démissions, ce sont les congés pour épuisement professionnel qui viennent à bout de nos collègues.

Une profession pour soigner les autres où on laisse maintenant sa peau.

Qu’il s’agisse des arrêtés ministériels concernant le travail en agences et en CIUSSS qui aggravent le problème ou des négociations ridicules avec la FIQ, rien en ce moment n’est fait pour régler le problème, mais tout pour l’aggraver.

Nous l’avons répété, des infirmières au Québec, il y en a à la tonne. Le problème, c’est qu’elles ne peuvent plus, ni ne veulent, travailler.

Ce n’est pas le maigre 6 % d’augmentation de salaire offert au syndicat de la FIQ ni les primes potentielles pour celles qui effectueront du temps plein qui attireront les infirmières. Elles ne peuvent pas travailler à temps plein, pas dans un système où l’on est quatre sur un plancher d’hôpital comptant 60 patients. On veut même, dans le cas de celles qui sont à temps partiel, convertir leur poste en des quarts plus élevés.

Encore une fois, personne n’écoute les infirmières. On veut tout simplement les forcer encore et encore à faire des journées de 16 heures sans se plaindre.

« Les pauvres petites infirmières sont fatiguées », disait le ministre.

On ne cesse, entre collègues, de rire de cette petite phrase paternaliste infantilisante du gouvernement envers ses « anges gardiens ».

Je ne peux dire le nombre de collègues que j’ai perdus dans les derniers mois. Démissions, congés de maladie. Pour le petit Grand Nord, où je suis, dix sont parties dans les trois derniers mois. C’est une catastrophe. Il n’y a plus qu’une seule infirmière pour tenir un dispensaire en région éloignée, de garde 24 heures sur 24. Nos gestionnaires ont même dû mettre l’uniforme pour se joindre à la tâche. Maintenant, c’est même eux que je crains de voir partir.

Depuis des jours, je regarde sur les médias sociaux et dans le journal à la recherche des actions du gouvernement pour gérer la crise. Je me dis : « Mais il doit faire des annonces, Monsieur le Ministre. Bien voyons… il est où ? »

Non, rien. Je ne trouve rien. Est-il en vacances pendant que l’on se demande quand l’armée va venir nous aider ?

Dans quelques jours, les infirmières et les infirmiers de la FIQ auront à voter pour leur nouvelle convention. Ce que j’espère, comme plusieurs de mes collègues, c’est que nous enverrons un message fort et uni contre ces offres qui ne règlent en rien les problèmes actuels.

Et j’espère que, d’ici les prochaines élections, mes patients et patientes du système de santé enverront aussi le même message.

Bonnes vacances, Monsieur le Ministre. Vous en aurez besoin.

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