Pour un nouveau contrat avec les églises

«Conclure un nouveau contrat avec les paroisses, c’est se retricoter un Québec sur le parvis de l’église: rêvé à l’image de là où l’on va, en cohérence avec d’où l’on vient», écrit l'autrice.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Conclure un nouveau contrat avec les paroisses, c’est se retricoter un Québec sur le parvis de l’église: rêvé à l’image de là où l’on va, en cohérence avec d’où l’on vient», écrit l'autrice.

Il y a celles qui tombent en ruine, celles qu’on vend au plus offrant, ces quelques-unes qui accueillent encore leurs fidèles, puis celles qui brûlent ces temps-ci. Pour chaque église qui se réinvente, une dizaine sont démolies. Pourtant, en plus d’être une pièce importante de notre patrimoine, nos églises sont surtout un vaste réseau d’infrastructures au service de leurs communautés, situées au cœur de chaque village québécois. Et si, pour remailler le Québec, on en faisait un moteur de développement économique et social de nos communautés ?

Le dernier inventaire du Conseil du patrimoine religieux du Québec date de 2003 : nous comptions alors 2751 églises dispersées à travers le territoire. C’est sans compter les couvents, presbytères et autres bâtiments religieux. Les bâtiments seront très souvent vendus par les paroisses ou les communautés religieuses lorsqu’elles seront arrivées au bout de leurs capacités financières et humaines, livrés dans un état incertain et dans un climat d’urgence — une bien mauvaise façon de prendre des décisions. Le risque de gaspiller ces lieux emblématiques est énorme, la plupart étant localisés en plein milieu des cœurs villageois ou au centre d’artères commerciales — du prime real estate comme on n’en fait plus.

De ces 2751 lieux, il faut retenir deux choses. D’abord, nous ne les sauverons pas toutes. L’effort serait colossal. Avec des moyens limités, nos efforts se doivent d’être stratégiques et alignés sur nos priorités collectives. Ensuite, le potentiel est énorme. Pour en capter pleinement les effets bénéfiques, l’intervention d’un acteur centralisé est essentielle. L’État doit s’en mêler.

Il doit s’en mêler, d’une part, en favorisant la prise en charge des communautés locales et en soutenant l’émergence de projets concertés. D’autre part, en offrant aux propriétaires le soutien technique et juridique nécessaire pour planifier le transfert des immeubles dans le respect de leurs missions sociales et de leurs particularités patrimoniales. Finalement, en mobilisant des programmes de soutien aux infrastructures déjà existants afin de créer un effet de levier et de multiplier les retombées de chaque dollar investi.

Mais ce « plan église » ne sera possible que si l’autre principal acteur est aussi invité à la table : les communautés religieuses. Pour être viables, les projets doivent imaginer des façons non pas uniquement de laïciser nos bâtiments religieux, mais aussi de cohabiter avec elles. Pourquoi ne pas se permettre d’imaginer un lieu partagé entre activités de culte, logement abordable, CPE et épicerie de quartier ? Conclure un nouveau contrat avec les paroisses, c’est se retricoter un Québec sur le parvis de l’église : rêvé à l’image de là où l’on va, en cohérence avec d’où l’on vient.

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