Combattre l’islamophobie sans l’alimenter

«La loi 21 n’exclut les femmes musulmanes d’aucun emploi, et il est faux de le prétendre», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «La loi 21 n’exclut les femmes musulmanes d’aucun emploi, et il est faux de le prétendre», écrit l'auteur.

Le Conseil national des musulmans canadiens s’oppose fermement à la loi 21 du Québec. C’est son droit le plus strict. Cependant, pour s’y opposer, il n’a pas le droit de travestir la vérité pour semer la haine du Québec et de son gouvernement.

Cela s’applique aussi à Naheed Nenshi, le maire de Calgary, qui a déclaré : « Nous vivons dans un pays où, dans une province, il y a une loi qui dit aux femmes musulmanes qu’elles ne sont pas admissibles à certains emplois. »

Ce qu’il dit, le maire de Calgary sait que c’est faux. Il n’y a aucune loi du Québec ou d’une autre province « qui dit aux femmes musulmanes qu’elles ne sont pas admissibles à certains emplois ». La loi 21 n’exclut les femmes musulmanes d’aucun emploi, et il est faux de le prétendre.

Elle dit seulement à toute personne pratiquant une religion que, pendant les heures de travail, quand elles exercent des fonctions d’autorité en qualité d’employées de l’État laïque du Québec, elles doivent se conformer à un code vestimentaire qui exclut le port de signes religieux ostentatoires. Cela vaut pour tous les sexes, toutes les religions, et uniquement pour les heures de travail.

La question est de savoir si l’État peut se doter d’un code vestimentaire différent de celui de tels ou tels religion, groupe ou club privé et si le code vestimentaire de telle ou telle religion doit avoir préséance sur le code vestimentaire de l’État au cours des heures où une personne exerce une fonction d’autorité en qualité d’employée de cet État.

À cette question, le Québec, la France, la Norvège, le Danemark, la Bulgarie, la Belgique, l’Autriche, six Länder allemands et la Suisse répondent que l’État a le droit d’adopter son propre code vestimentaire et que tout État laïque ou neutre peut légitimement exiger de son personnel qu’il respecte ce code pendant les heures de travail. La Cour européenne des droits de l’homme avalise tout à fait cette position.

Historiquement, les États racistes, loin de bannir le port de signes religieux ou ethniques ostentatoires, ont exigé des membres de leurs minorités discriminées qu’ils affichent, en tout temps et en tout lieu, leur appartenance à leur groupe. C’est ce que fit l’Allemagne hitlérienne en imposant aux Juifs le port de l’étoile jaune dans tous les pays occupés par l’armée nazie.

Ce sont les États antiracistes qui, au contraire, ont banni le port de signes religieux ou ethniques ostentatoires par leurs fonctionnaires remplissant certaines fonctions officielles au nom de l’État, cela précisément pour manifester la laïcité ou la neutralité de leur État.

Dans la tradition impériale britannique qui a donné naissance à l’apartheid, aux réserves et aux pensionnats autochtones (les pensionnats autochtones au Canada sont une invention de l’Église anglicane, dont le chef, la reine d’Angleterre, ne s’est jamais excusé), l’affichage de signes religieux ou ethniques a été toléré et même encouragé afin de consolider un colonialisme basé sur le désir de « diviser pour régner » en établissant un système colonial de castes, de groupes supérieurs et inférieurs dominés par les WASP et la langue anglaise.

Victime de cet impérialisme, le Québec dit non à cette approche, alors que le Conseil national des musulmans canadiens et Naheed Nenshi disent oui. Libre à eux, mais nous exigeons qu’ils le fassent en respectant l’esprit et la lettre des lois du Québec. En les travestissant, ils alimentent le Quebec bashing au Canada anglais et l’islamophobie au Québec.

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