Les cibles de réduction de GES et la jeunesse méprisée par Ottawa

«En fixant la première cible à 2030, le gouvernement canadien envoie comme message au reste du monde qu’il n’est pas prêt à agir dès maintenant, ce qui est pourtant crucial pour ralentir le réchauffement», écrivent les auteurs.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «En fixant la première cible à 2030, le gouvernement canadien envoie comme message au reste du monde qu’il n’est pas prêt à agir dès maintenant, ce qui est pourtant crucial pour ralentir le réchauffement», écrivent les auteurs.

Nous signons aujourd’hui cette tribune pour dénoncer la menace immense et directe à la sécurité de toute la population canadienne que constitue la récente soumission des cibles officielles de réduction de gaz à effet de serre (GES) du Canada aux Nations unies.

Les semaines dernières au pays ne furent qu’un échantillon de l’enfer qui nous attend si le gouvernement continue à refuser d’agir. L’ouest du pays a traversé une canicule sans précédent, des feux de forêt d’une extrême violence brûlent la Colombie-Britannique, et le Québec a commencé l’été avec une sécheresse inédite, pour ne mentionner que certains des événements récents liés aux changements climatiques. Nous avons beau faire partie des puissances industrielles disposant de ressources colossales pour s’adapter, nous ne sommes pas pour autant à l’abri des ravages. Et que ce soit au pays ou à l’international, la question climatique est intrinsèquement un enjeu de justice sociale — pensons seulement à l’accès inégal à la climatisation ici ou à la famine due aux sécheresses à Madagascar.

Le Canada, en particulier, prévoit une hausse des températures deux fois plus rapide que la moyenne mondiale, pouvant dépasser 6,3 °C de réchauffement d’ici la fin du siècle. Et les vagues de chaleur mortelles comme celle que l’on vient de traverser, causant plus de 700 décès au pays, ne reflètent que 1,1 °C de réchauffement global. Nous ne pouvons donc pas garder le silence devant la dangereuse insuffisance des objectifs de réduction de GES faibles et lointains que le gouvernement Trudeau vient de déposer aux Nations unies.

Tout d’abord, la science exige une réduction draconienne et immédiate des émissions de GES pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, le seuil permettant d’éviter un dérèglement climatique total. En fixant la première cible à 2030, le gouvernement canadien envoie comme message au reste du monde qu’il n’est pas prêt à agir dès maintenant, ce qui est pourtant crucial pour ralentir le réchauffement. Plus on attend, plus les réductions devront être colossales.

Deuxièmement, les objectifs du gouvernement pour 2030 et 2050 correspondent aux scénarios économiques produits par le GIEC, qui reposent sur le fantasme d’un déploiement massif de technologies d’absorption des GES ainsi que sur des hypothèses dangereusement optimistes de plantation d’arbres sur des terres où il n’y en a historiquement pas. D’ailleurs, le GIEC avertit que ce scénario ne laisse que 50 % de chances de succès pour limiter à 1,5 °C le réchauffement planétaire. C’est comme tirer à pile ou face sur l’effondrement climatique global, et ce, sans mentionner l’absence de définition de ce qu’est la neutralité carbone.

Finalement, les cibles du GIEC pour 2030 et 2050 s’appliquent à l’ensemble de la planète et il est absurde d’exiger que les pays du Sud diminuent leurs émissions dans les mêmes proportions que le Canada, dont la capacité de réduction et la responsabilité sont beaucoup plus importantes.

Pour nous les jeunes, qui nous projetons dans les décennies qui viennent, ces cibles du Canada sont non seulement une démonstration supplémentaire du mépris du gouvernement envers la jeunesse, mais aussi une annonce dangereuse si l’on considère qu’elles peuvent devenir un instrument de relations publiques, permettant au gouvernement Trudeau de se dépeindre en leader climatique durant cette période préélectorale, alors même qu’il continue à appuyer ouvertement la construction de nouveaux pipelines sur des territoires autochtones non cédés et à accorder d’immenses subventions publiques aux énergies fossiles.

Il n’y a plus une seconde à perdre pour adopter les mesures draconiennes rendues nécessaires par des décennies de tergiversation. Ensemble, talonnons nos gouvernements afin qu’ils privilégient notre bien-être collectif face à des impératifs économiques déconnectés de la réalité.

* Cette lettre est cosignée par :

-Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES)

-Fridays for Future Toronto

-Manitoba Youth for Climate Action

-Saskatoon Youth Climate Committee

-Pour le futur Montréal

- Climate Strike Halifax

-Dawson Green Earth Club

-Divest McGill

-Fridays For Future Quinte

-Organisation militante populaire environnementale d’urgence (OMPEU)

-La planète s’invite à l’Université Laval


Appuyée par :

-Mères au front de Rouyn-Noranda et leurs allié.e.s

-Mères au front Nord du Lac-St_Jean

-Groupe mères au front de St-Jean-sur-Richelieu

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