Antonov au Québec, un atterrissage délicat

«Les risques que l’atterrissage d’Antonov au Québec se transforme en écrasement sont réels et importants», écrit l'auteur.
Photo: Creative Commons Dmitry A. Mottl «Les risques que l’atterrissage d’Antonov au Québec se transforme en écrasement sont réels et importants», écrit l'auteur.

La nouvelle selon laquelle la compagnie ukrainienne Antonov chercherait à atterrir au Québec dans le but de moderniser, d’assembler et de commercialiser son avion de transport léger AN-74 est à la fois surprenante et, par certains aspects, inquiétante.

Il ne fait aucun doute que l’avionneur de Kiev possède une expérience considérable dans le développement d’avions de transport. Toutefois, cette entreprise, propriété de l’État ukrainien, semble connaître des difficultés financières importantes. Selon le bureau de recherches d’informations financières Dun & Bradstreet, Antonov compterait 9408 employés, mais ses revenus ne se chiffreraient qu’à 264,8 millions de dollars américains. Une grande prudence de la part du Québec est donc de mise.

On devrait, premièrement, se demander quels marchés peut espérer atteindre le AN-74. Selon les informations fournies par le site Internet de la compagnie, cet appareil a effectué son premier vol en 1979, et 62 avions ont été fabriqués entre 1985 et 2004. Sa configuration particulière, avec des moteurs placés en haut des ailes, en a fait un excellent avion de transport militaire. Il peut se poser sur des pistes rudimentaires très courtes.

Deux gros concurrents du AN-74 d’Antonov se partagent le marché, plutôt limité, pour ce type d’avions militaires : le Lockheed C-130 et l’Airbus A-400M. Au cours des dernières années, Embraer a tenté de commercialiser son KC-390 avec un succès mitigé. Depuis plusieurs années, le Canada a pour sa part été un bon client de Lockheed pour ce type d’appareil.

Le marché du transport commercial est aussi assez limité. Il est vrai que le transport des marchandises connaît une croissance importante selon l’IATA. Toutefois, il s’agit surtout du transport intercontinental entre les grands pôles asiatiques, européens et américains. L’AN-74 ne possède pas le rayon d’action nécessaire pour desservir ces routes.

La deuxième question à se poser est : qui va payer quoi ? Les coûts qu’implique ce projet de rajeunissement sont considérables. Il faut d’abord remplacer les réacteurs russes Progress D-36 par des moteurs modernes fabriqués par une compagnie comme Pratt & Whitney ou GE Aviation. Ce changement de moteurs peut entraîner des modifications au fuselage et aux ailes de l’avion. Il faudra ensuite remplacer notamment toute l’avionique et les ordinateurs de vol. Finalement la certification de l’avion par transport Canada entraînera des coûts importants.

Ce travail de modernisation demandera de trois à cinq ans et il coûtera quelques milliards de dollars. En construction aéronautique, malheureusement, dès qu’on fait plus que repeindre l’avion, tout se calcule en milliards. Donc, d’où viendra l’argent ? Les rumeurs parlent d’investisseurs saoudiens, mais il ne fait aucun doute que les gouvernements québécois et canadiens seront également sollicités.

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Les risques que l’atterrissage d’Antonov au Québec se transforme en écrasement sont réels et importants.

À voir en vidéo