Élections de façade en Iran

«Bien que certains aient décrit les élections récentes comme une compétition entre conservateurs et réformistes, la réalité est tout autre», souligne l'auteur.
Photo: Handout Iranian Presidency Agence France-Presse «Bien que certains aient décrit les élections récentes comme une compétition entre conservateurs et réformistes, la réalité est tout autre», souligne l'auteur.

Comment une civilisation aussi sophistiquée que l’Iran peut-elle endurer le clergé moyenâgeux qui prétend agir en son nom ? La fenêtre d’opportunité permettant aux Iraniens de renouer avec l’Occident est claquée par un clergé arrogant qui prône la martyrologie au détriment du bien-être de ses citoyens.

Bien que certains aient décrit les élections récentes comme une compétition entre conservateurs et réformistes, la réalité est tout autre. Le système politique iranien est un système totalitaire assujetti à l’autorité apodictique du leader suprême, Ali Khamenei. Ce dernier a le titre de Walayat al-Faqih, qui confère au religieux la primauté absolue sur le pouvoir politique.

Selon la constitution islamique, il incombe au Conseil des Gardiens de la révolution de filtrer les candidats éligibles. Ce conseil comprend 12 membres, dont 6 juristes islamiques nommés par le Guide suprême et 6 autres nommés par le parlement sur recommandation du chef de la justice, qui est choisi par le guide suprême. En 2021, 585 des 600 candidats ont été rejetés.

Le régime a insisté pour une participation électorale accrue qui confirmerait sa légitimité. Elle fut de 48 % et seulement de 30 % dans les grandes villes.

Poupée russe des exclusions

Qui peut être candidat à la présidence ? Pas une femme, pas un non-musulman, seul un musulman chiite adepte de l’imam duodécimain. Les soufis et membres d’autres autres mouvances islamiques sont exclus.

De plus, il faut croire au bien-fondé des imams et faire allégeance au pouvoir suprême du guide suprême et s’engager à protéger les institutions de la République islamique. S’y ajoutent des critères subjectifs : professer la croyance absolue en la nécessité de la religion, l’hostilité envers l’Occident et l’opposition à la sédition émanant des opposants à la révolution iranienne. Finalement, le guide suprême a droit de veto sur le choix des candidats.

Ainsi, le terrain a été bien déblayé pour faire place au nouveau président iranien, Ebrahim Raïssi, connu pour avoir été impliqué dans l’exécution sommaire de milliers de prisonniers politiques iraniens en 1988.

Les dirigeants iraniens et leur entourage évoluent dans un autre siècle, lorsque la population voyait dans les hommes de religion qui brandissent des slogans nationalistes et religieux des saints hommes.

Le chef des Gardiens de la Révolution, Aziz-Jaafari, avait déclaré commander 200 000 hommes en Irak et en Syrie, se vantant de la présence iranienne inégalée en Orient « depuis le VIIe siècle. » […].

Le guide suprême a déclaré ne pas faire confiance aux vaccins de la COVID-19 développés en Angleterre et aux États-Unis, et en a banni l’importation. Le militant politique Kanaani prétend qu’un système GPS est implanté dans les corps au moyen du vaccin et le parlementaire Anabestani avance que ces vaccins sont cancérigènes et causent la stérilité.

Amère réalité en Iran

Les années de présidence de Rouhani n’ont pas apporté d’amélioration à la condition des Iraniens. L’inflation est de l’ordre de 50 %, le chômage gravite autour de 25 % et 40 % des Iraniens vivraient sous le seuil de la pauvreté. De plus, la sécheresse a causé de graves dommages à l’agriculture.

Le président Obama a tendu une perche à l’Iran : espérant la déradicalisation, il a libéré des dizaines de milliards qui ont servi à renflouer les ambitions militaires hégémoniques de l’Iran. Bien que le président Biden ait déclaré que les Houtis du Yémen ne constituaient pas une entité terroriste, leurs attaques contre l’Arabie
saoudite ont repris de plus belle.

Dito pour les milices chiites en Irak — contrôlées par les Iraniens —, qui ont augmenté leurs attaques contre les cibles américaines et contre les Irakiens opposés à leur activisme. Le journaliste libanais Lokman Slim, critique du Hezbollah, a été également assassiné en 2021.

Des attaques terroristes iraniennes ont été perpétrées ou déjouées en Europe même : des critiques du régime ont été assassinés en Hollande en 2017 et un attentat à la bombe contre des opposants iraniens a été déjoué à Paris l’année suivante.

Le ministre de la Justice, l’ayatollah Larijani, a menacé de mort des commerçants qui participeraient à des manifestations. Le corps des Gardiens de la Révolution qui est chargé de la répression n’a pas hésité à réprimer dans le sang les manifestations populaires de 2009 et de 2019.

Les élections de façade du 28 juin 2021 ne font que confirmer l’adage selon lequel pour les islamistes qui arrivent au pouvoir, la démocratie signifie : une personne, un vote… une fois !

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