Tuer le colon dans le coeur du colonisateur

«Il ne faut pas oublier les traumatismes intergénérationnels et les souffrances vécues par les survivants des pensionnats et de leurs familles», écrit l'auteur.
Photo: Geoff Robins Agence France-Presse «Il ne faut pas oublier les traumatismes intergénérationnels et les souffrances vécues par les survivants des pensionnats et de leurs familles», écrit l'auteur.

De nombreuses personnes ont pris conscience de la sombre histoire coloniale et génocidaire du Canada dans les dernières semaines. Pour les allochtones, la découverte des corps non identifiés de centaines d’enfants sur les terrains de trois pensionnats rappelle douloureusement que ces établissements avaient pour mission de « tuer l’Indien dans le cœur de l’enfant ». Ces découvertes engendrent chez plusieurs un mélange de colère, de tristesse et de culpabilité.

Il importe toutefois de rappeler que l’histoire coloniale canadienne n’est pas uniquement chose du passé. Encore aujourd’hui, les gouvernements cherchent à légitimer politiquement leur occupation de territoires non cédés dans le but de les exploiter à des fins économiques. Bien que l’Église ne soit plus le principal bras exécutant des politiques colonialistes de l’État, les différents gouvernements appliquent toujours des mécanismes colonisateurs.

Par exemple, la Loi sur les Indiens, toujours en vigueur aujourd’hui, confère à l’État canadien un contrôle sur le territoire, la structure politique et le statut des membres des « réserves » autochtones. Les Premiers Peuples se voient ainsi dépossédés de leurs terres ancestrales afin que le pays et l’ensemble des provinces puissent y exploiter les ressources naturelles telles que le pétrole, les minerais, les rivières et les forêts.

Les conséquences des politiques coloniales passées et actuelles se manifestent notamment par une surreprésentation des Autochtones dans les taux d’incarcération, les taux de suicide, dans la population itinérante, etc.

Soulignons aussi les conditions d’existence difficiles dans certaines communautés qui n’ont toujours pas accès à de l’eau potable, à l’électricité, ou font face à une pénurie de logements. Surtout, il ne faut pas oublier les traumatismes intergénérationnels et les souffrances vécues par les survivants des pensionnats et de leurs familles. Souffrances ravivées par les macabres événements des dernières semaines.

Je suis d’avis qu’il faut tuer le colon dans le cœur du colonisateur, et ce, de manière systémique si nous souhaitons davantage de justice. Les allochtones doivent d’abord reconnaître les torts causés aux communautés autochtones, être humbles devant leur ignorance et être proactifs dans les difficiles et complexes changements sociétaux qui s’imposent.

Sur une base individuelle, nous devons prendre le temps de décoloniser notre esprit et apprendre à apprivoiser notre inconfort. Sur une base collective, nous devons décoloniser nos organisations et nos institutions. Nos schèmes allochtones nous amènent souvent à mettre en place des mesures et des plans d’action rapidement.

Or, avant de nous concentrer sur notre savoir-faire, nous devons prendre le temps de redéfinir et d’incarner de manière authentique un savoir-être décolonisé. Nous devons mettre en avant des valeurs telles que la réciprocité, le respect mutuel, l’écoute, l’humilité et l’égalité avec les Premiers Peuples. En d’autres termes, en plus des mesures, il faut opérer un changement de posture, de culture.

C’est en tuant le colon dans le cœur du colonisateur que nous pourrons remettre en question les politiques actuelles ainsi que les manières d’occuper et d’exploiter le territoire. Ainsi, les différentes nations autochtones seront en mesure de s’autodéterminer. Elles pourront reprendre le pouvoir sur leurs territoires non cédés, leurs structures politiques et leurs pratiques culturelles.

Les Premiers Peuples résistent aux violences coloniales depuis 529 ans, il est grand temps d’établir un dialogue de nation à nation et de mettre fin à ce régime de dépossession.

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