Monsieur le Premier Ministre, faites quelque chose!

«L’avenir de BAnQ est réellement en danger, et son virage numérique, essentiel à la poursuite de son évolution, est profondément menacé par ses déficits accumulés», estime l'auteur.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir «L’avenir de BAnQ est réellement en danger, et son virage numérique, essentiel à la poursuite de son évolution, est profondément menacé par ses déficits accumulés», estime l'auteur.

La lecture de l’excellent article de Catherine Lalonde et d’Éric Desrosiers sous le titre : « Les déficits plombent le virage numérique de BAnQ » (Le Devoir, 2 juillet 2021) inquiète, c’est le moins qu’on puisse dire.

Monsieur le Premier Ministre, François Legault, tous nous savons l’immensité de la tâche accomplie par votre gouvernement pour faire face à la crise de la COVID-19. C’est un fait indiscutable qui est tout à l’honneur de votre gouvernement. Mais, attention ! D’autres dossiers méritent aussi considération.

Par les temps qui courent, on pourrait penser que les ministres de votre gouvernement refusent de faire face aux autres problèmes majeurs qui minent le Québec. Le racisme systémique : non, non, pas de cela ici, clame le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, pourtant bien apprécié et particulièrement allumé sur la question !

La crise du logement : non, non, pas au Québec, affirme la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest. Que dire aussi du ministre Éric Caire, qui lance naïvement le Québec dans les filets de l’infonuagique amazonienne.

Enfin, Le Devoir nous confirme que les déficits accumulés remettent en question le virage numérique dont dépend l’avenir à court, à moyen et à long terme de cette grande institution, ce grand « Espace bleu » qu’est BAnQ.

À ce propos, la réaction de votre ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, inquiète considérablement quand elle affirme que des efforts soutenus du gouvernement pour garantir le développement et l’évolution de la plus grande institution culturelle du Québec sont actuellement déployés.

Voyons, ce n’est pas sérieux ! Les montants que le MCC dit avoir ajoutés à la subvention 2020-2021 ne couvrent même pas l’inflation. On croirait là aussi à de l’aveuglement quand on lit les commentaires de l’ex-p.-d.g. de BAnQ et ex-dirigeant de Bibliothèque et Archives Canada Guy Berthiaume.

Consulté au sujet de rapport, il affirme que la subvention de fonctionnement n’a pas augmenté depuis 2009, qu’elle a même été réduite entre 2009 et 2019 et que, pendant la même période, les employés à temps complet sont passés de 757 à 582 personnes.

Le « diagnostic stratégique » de la très crédible firme comptable Raymond Chabot Grant Thornton qu’a obtenu Le Devoir est assez clair à cet égard. L’avenir de BAnQ est réellement en danger, et son virage numérique, essentiel à la poursuite de son évolution, est profondément menacé par ses déficits accumulés.

Aveuglement

Pourtant, comme d’autres ministres de votre gouvernement, la ministre Roy pratique une politique d’aveuglement qui devrait vous inquiéter, Monsieur le Premier Ministre. On vous sait pourtant très concerné par le patrimoine, vous qui lancez en grande pompe ces « Espaces bleus » que vous nous présentez comme des lieux hautement liés à la fierté nationale.

Difficile cependant de concilier cette volonté de créer de toutes pièces des lieux de mise en valeur de notre patrimoine quand, d’une même volée, l’encart qui termine le texte du Devoir nous laisse entrevoir la mise à mal d’espaces-bleus-déjà-existants et qui ont fait leurs preuves depuis longtemps.

Je pense ici aux Centres régionaux d’archives, auxquels on pourrait ajouter les 41 Services d’archives privées agréés présents sur tout le territoire du Québec sans compter les Sociétés historiques non agréées. Tous ces organismes ont déjà le mandat de mettre en valeur les documents des personnes et des organismes qui ont participé au développement de leur communauté respective et qui manquent cruellement de moyens.

Attention, régions ! On s’apprête peut-être à vous déposséder de vos centres régionaux d’archives au profit de la création des « Espaces bleus » qui laissent bien des experts sceptiques. Et tout cela sans mentionner ce qu’on laisse entendre dans le même encart concernant les services de bibliothèque publique qu’offre BAnQ.

Les bibliothèques publiques s’indigneront avec raison de voir ainsi possiblement réduit à peau de chagrin leur cher principe de gratuité pour lequel elles se sont toujours battues avec à-propos quand on sait l’appétit encore bien jeune des citoyens pour la lecture.

Monsieur le Premier Ministre, comme le martèlent les oppositions, faites quelque chose pour ramener la cohérence. Et faites en sorte que votre ministre de la Culture et des Communications gagne le respect des citoyens intéressés par l’avenir de la culture.

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