Soignants non vaccinés dans les unités d’oncologie

«La vaccination contre la COVID-19 devrait être obligatoire pour tout le personnel des établissements de santé ayant des contacts avec les patients, y compris le personnel d’entretien, notamment dans les départements d’oncologie», écrit l'autrice.
Photo: Georges Gobet Agence France-Presse «La vaccination contre la COVID-19 devrait être obligatoire pour tout le personnel des établissements de santé ayant des contacts avec les patients, y compris le personnel d’entretien, notamment dans les départements d’oncologie», écrit l'autrice.

L’article du 9 juin dernier rapportant les décès de patients en oncologie à la suite de leur contamination nosocomiale, c’est-à-dire à l’hôpital, par le coronavirus m’interpelle à plusieurs titres (« Impatience pour l’implantation de la preuve vaccinale », Le Devoir, 9 juin 2021). Je remercie d’ailleurs les médecins du CHUS qui ont eu le courage d’alerter la population sur cette question sociétale.

Tout d’abord, je voudrais souligner combien, dans l’ensemble, le personnel qui travaille dans les hôpitaux est dévoué, compatissant et d’une grande générosité, voire abnégation, d’autant plus que les horaires sont souvent difficiles et que les salaires sont rarement proportionnels aux services rendus. C’est ce que j’ai pu constater pendant les 40 années où j’ai travaillé dans les hôpitaux, surtout en tant que médecin, mais aussi dans d’autres fonctions, et quand moi-même j’ai été hospitalisée.

Voir souffrir, faire face quotidiennement à la maladie et à la mort n’est jamais facile. Il y a onze ans cependant, au début de mon exercice dans le service de médecine du personnel dans un grand hôpital européen, j’ai découvert l’ampleur d’une incohérence : le service d’hygiène et de prévention des infections de l’hôpital m’informa du décès par grippe nosocomiale, quelques mois plus tôt, de trois jeunes adultes leucémiques recevant des traitements immunosuppresseurs et placés dans des tentes stériles, avec interdiction de visites, parce qu’ils étaient en attente d’une greffe.

Notre service offrait pourtant à tout le personnel de l’hôpital la vaccination contre la grippe gratuitement pendant les heures rémunérées. Les statistiques consultées étaient claires : médecins et étudiants en médecine se faisaient tous vacciner. Quant aux autres catégories de personnel, les taux de vaccination étaient grosso modo inversement proportionnels à la durée de la scolarité, seulement 50 % chez les infirmières et nettement en dessous de 10 % chez les aides-soignants et le personnel d’entretien.

Or, quand un patient est immunodéprimé, que ce soit à cause de son très jeune âge (moins de deux ans), de sa maladie ou du traitement nécessaire pour le sauver, il suffit que la personne faisant le ménage ou que celle qui apporte le repas lui dise bonjour alors que son masque est mal ajusté pour qu’une gouttelette ou un aérosol infecté contamine le patient. Et tous les efforts du personnel pour guérir celui-ci sont alors anéantis ; les souffrances physiques et psychiques du malade immunosupprimé isolé n’ont servi à rien, et l’État qui paie ses frais d’hospitalisation a jeté son argent par la fenêtre !

Mission hospitalière

Depuis, de nombreuses publications scientifiques ont rapporté des situations semblables dans beaucoup de pays développés. Je n’énumérerai pas tous les efforts pédagogiques que j’ai effectués lors de rencontres individuelles ou en groupe avec le personnel, en particulier celui du service d’oncologie-hématologie, et pendant les quatre campagnes de vaccination auxquelles j’ai participé dans cet hôpital universitaire. Quoique très importants, les succès obtenus sont restés bien en deçà de mes souhaits.

L’hôpital n’est pas n’importe quel milieu de travail. Sa raison d’être est de soigner des êtres humains. La survenue d’infections nosocomiales, que ce soit chez les patients ou chez le personnel, est un accident fondamentalement contraire à sa mission (et qui engage sa responsabilité judiciaire). L’employeur a l’obligation morale de protéger ses employés contre les infections des patients en offrant dès qu’elle est disponible une vaccination appropriée, facile d’accès (gratuite, pendant les heures rémunérées) et complète, et en fournissant en quantité suffisante un équipement de protection individuel (EPI) ajusté et adapté à un personnel à qui on a appris à l’utiliser.

Parallèlement, l’employé a le devoir moral de recevoir cette vaccination dans les meilleurs délais pour se protéger et pour protéger les patients, et d’utiliser systématiquement les EPI selon les recommandations. C’est un contrat moral entre employeurs et employés qui devrait être inscrit dans les contrats d’embauche des hôpitaux pour tout le personnel en contact avec les malades, quel que soit son niveau de scolarité.

Et si un employé ne se présente pas à la vaccination qui lui est offerte sur son lieu de travail parce qu’il « ne se sent pas prêt » à cela, comme je l’ai entendu dire par quelqu’un il y a peu à Montréal, il est logique que cette personne en subisse les conséquences, c’est-à-dire une interdiction de travailler à l’hôpital tant qu’elle n’est pas vaccinée (et une suspension de salaire), afin de ne pas risquer d’infecter les patients, par nature vulnérables, surtout en oncologie !

En période de pandémie, des tests de dépistage du SRAS-CoV-2 trois fois par semaine sont-ils une solution de rechange à la vaccination ? Le virus peut être contracté et se transmettre à l’hôpital à n’importe quelle heure du jour et n’importe quel jour de la semaine, et une personne contaminée peut être complètement asymptomatique et pourtant contagieuse. Il y a donc un risque élevé que le virus échappe au dépistage trois fois par semaine, qui par ailleurs n’est pas sans coûts, alors qu’on néglige bien d’autres mesures de prévention ou d’incitation à la prévention à cause de leur coût.

En conséquence, à l’instar de la vaccination contre l’hépatite B obligatoire pour le personnel de santé dans de très nombreux pays, et puisque nous avons maintenant des vaccins anti-COVID-19 dont l’efficacité et la sécurité ont été démontrées depuis décembre, la vaccination contre la COVID-19 devrait être obligatoire pour tout le personnel des établissements de santé ayant des contacts avec les patients, y compris le personnel d’entretien, notamment dans les départements d’oncologie.

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