Église et sexualité

«Mais rien ne sera jamais réglé tant que l’Église n’ira pas au fond des choses pour remettre en question sa vision tordue de la sexualité avec ses principes et ses interdits tellement irréalistes qu’elle ouvre, paradoxalement, la porte à toutes les dérives», estime l'auteur.
Photo: iStock «Mais rien ne sera jamais réglé tant que l’Église n’ira pas au fond des choses pour remettre en question sa vision tordue de la sexualité avec ses principes et ses interdits tellement irréalistes qu’elle ouvre, paradoxalement, la porte à toutes les dérives», estime l'auteur.

Le Devoir du 19 juin 2021 nous apprend que près de 10 000 personnes disent avoir été agressées par quelque 800 individus ayant évolué au sein de l’Église catholique. Compte tenu de la douleur et de la honte que ressentent les victimes, on peut d’ailleurs penser que ces chiffres sont largement sous-estimés par rapport à la réalité. La contrition et les réparations tardent à venir de la part de l’institution. Mais rien ne sera jamais réglé tant que l’Église n’ira pas au fond des choses pour remettre en question sa vision tordue de la sexualité avec ses principes et ses interdits tellement irréalistes qu’elle ouvre, paradoxalement, la porte à toutes les dérives.

La sexualité, de tout temps et partout, fascine et enchante autant qu’elle peut troubler et terrifier. Il semble que toutes les sociétés et religions ont développé des pratiques et des règles pour domestiquer ce cheval sauvage, généralement en faisant plus de tort que de bien. En Occident, et chez nous en particulier, la vision de l’Église a pesé lourdement sur la vie intime de toute une population et les scandales de pédophilie et d’agressions ne sont que la pointe la plus cruelle d’un immense iceberg.

Il faudrait d’abord demander ce que la religion a à faire en matière de sexualité. Au XIXe siècle, le mathématicien et cosmologue J. B. Laplace avait répondu ceci à une question de Napoléon : « Dieu ? C’est une hypothèse dont je n’ai pas besoin. » En ce qui a trait aux règles de vie (autrement dit, à la morale), il faut dire que Dieu est une hypothèse aussi peu nécessaire qu’en cosmologie. Cette hypothèse est même nuisible dans la mesure où le « peuple de Dieu » est appelé à abdiquer sa raison, son jugement, ce qui fonde notre commune humanité, pour obéir à des règles supposément venues de l’au-delà. Quel intérêt aurait d’ailleurs un hypothétique et extraterrestre personnage à régenter la vie sexuelle des humains, plutôt que celle des fourmis, des ornithorynques ou d’autres créatures, par exemple ? Et, curieusement, ses injonctions en matière de sexualité (pas de sexe hors du mariage, pas de contraception, pas d’homosexualité, etc.) nous sont toujours transmises par des humains comme nous (généralement de « race masculine » (pour parler comme un personnage d’À la semaine prochaine) qui, eux, y voient peut-être un moyen efficace de contrôler leur troupeau.

Certes, tous les curés ne sont pas des abuseurs et plusieurs ont renoncé à la sexualité et respecté scrupuleusement l’obligation de célibat. Quelle tristesse de les voir, au bout de leur âge, desséchés du corps et de l’âme, s’apercevant qu’ils ont soumis leur vie à des règles stupides et contre nature. On peut aussi comprendre, sans pour autant en cautionner l’hypocrisie, ni surtout les déviances criminelles, ceux qui, en catimini, n’ont pu résister à leurs pulsions et qui ont dérogé à la règle.

Heureusement, au Québec à tout le moins, les discours creux et la pseudomorale des autorités religieuses n’ont plus d’impact sur la vie des gens. La position du Vatican en matière de sexualité deviendra peu à peu une question archéologique.

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