Voir la vie en orange

«Il est temps que Montréal cesse d’être infernale», écrit Carol Patch-Neveu.
Photo: Dan Moore Getty Images «Il est temps que Montréal cesse d’être infernale», écrit Carol Patch-Neveu.

Enfin il n’y a plus de zones rouges au Québec sur le plan épidémiologique. Montréal devient une région orange. Mais voilà, l’orange, aux yeux des Montréalais, est plutôt associé aux sempiternels artefacts propres aux chantiers. Les maudits cônes orange et panneaux de signalisation aussi nombreux qu’illogiques, voire inutiles.

En mai, on lance la première Charte des chantiers, cuvée montréalaise. Il vaut la peine de la lire attentivement, car a priori il s’agit d’un condensé exhaustif (est-ce un pléonasme ?) de ce qui a pu nous irriter, nous, les propriétaires, locataires, commerçants, restaurateurs, automobilistes, régulièrement et profondément. Or, là se fige mon constat : on tient compte de nos plaintes et complaintes. Mais encore ?

L’engagement de la Ville est-il authentique, sera-t-il pérenne ? À quelques jours de virer en zone orange sur le plan épidémiologique, j’ai eu droit à l’insipide orange, aussi fluorescent soit-il, et à un début de réponse. Au beau milieu de la nuit, pendant deux nuits consécutives, un tandem tonitruant ravi de réveiller un bout de quartier installe et, le lendemain, enlève des panneaux de signalisation. Pourquoi ? Pour un chantier sur un petit tronçon de rue non concrétisé ! Persiste le même mépris envers le citoyen.

J’avoue qu’au lendemain du premier tintamarre nocturne, je sirotais mon café en fixant le panneau flanqué comme un doigt d’honneur devant notre façade, l’écriteau tourné vers nous plutôt que vers les automobilistes. « Détour », affichait-il. La scène est loufoque, caricaturale et caractéristique, et il vaut mieux en rire. Je pensais à la nouvelle charte, si noble en intentions, en me demandant : quoi de neuf ?

Des chantiers pénibles, nous en avons enduré au-delà de notre seuil de tolérance. Nous comprenons qu’il faille effectuer des travaux urgents, des réfections des infrastructures souterraines dangereusement vétustes. Je n’arrive pas encore à croire qu’on saisisse bien, à la grandeur de l’île de Montréal, l’importance de faire rimer urgence avec compétence. Je doute qu’on en vienne, même en cette année électorale, à inaugurer une façon plus saine de planifier et de coordonner des travaux publics en tout respect, justement, du citoyen, de son droit à une information claire, précise et à jour, sans oublier de toujours minimiser l’impact sur la vie urbaine, économique et culturelle. Il est temps que Montréal cesse d’être infernale.

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1 commentaire
  • Jean Lacoursière - Abonné 10 juin 2021 08 h 27

    Le comble du pénible :

    Les « champions » qui planifient sans raison des travaux la nuit, aussi petits soient-ils, là où des gens dorment.

    Le monde est fou.