Affaires et politique

L’ancien ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne L’ancien ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon

Ce n’était qu’une question de temps. La démission de Pierre Fitzgibbon comme ministre du gouvernement du Québec m’a étonné au seul titre que je croyais qu’elle arriverait bien avant ces derniers jours. Ce n’est surtout pas une question de compétence, mais une incompatibilité entre deux mondes. Rien de nouveau, la situation perdurera, car la solution est loin d’être trouvée.

Un retour historique aide à réfléchir au problème. Que ce soit l’équipe de gestionnaires de Robert Bourassa, qui recrutait en 1985 les Gobeil, MacDonald, Fortier, ou les autres qui sont passés rapidement après un seul mandat, les Campeau, Daoust, Paillé, Péladeau, Morneau, sans compter ceux qui ont « frôlé » le monde politique (Dutil, Garcia, Sirois), certains traits communs sont à tracer.

En provenance du milieu des affaires, l’entrepreneur est habitué à un mode décisionnel et d’imputabilité très éloignée du monde politique. Combien de fois ai-je eu à ne composer qu’avec le président de l’entreprise avant et pendant l’exécution d’une tâche (une acquisition, une vente, un état financier, une négociation, etc.), puis à rapporter le tout, une fois tous les trois mois à un conseil d’administration de 10 personnes et laisser mon président en informer les actionnaires une fois par an, au cours d’une assemblée d’une durée maximale de 90 minutes ? La réponse est simple : toujours. C’est la façon d’exercer son métier en affaire.

Alors, si du jour au lendemain on devient un élu, le monde change. On doit passer nos projets politiques par le filtre des conseils de nos chers collègues ministres chaque mercredi, puis devant ses 70 à 80 nouveaux amis députés du caucus hebdomadaire, ensuite se faire bombarder devant tous les députés de l’Assemblée nationale, pour atterrir en scrum avec des journalistes… Il y a de quoi disjoncter. Tout cela, en franchissant les détours via le Conseil du trésor, les commissions parlementaires, les congrès du parti, sans compter les sourires, écoutes et poignées de main à faire les lundis et fins de semaine dans son comté. Bref, le choc est brutal.

Univers distincts

En affaire, avoir des placements dans l’entreprise qui vous emploie fait partie de vos actifs. En politique votre portefeuille passe subitement dans la colonne des passifs. Vous en perdez littéralement vos principes généralement reconnus.

En affaire, la diplomatie n’est pas un critère d’emploi. En politique, cette qualité doit être innée. Au lieu d’inviter un interlocuteur têtu à refaire ses devoirs devant son incompréhension de vos réponses pourtant courtes, simples, précises et sans flafla, les exigences politiques vous invitent à laisser entendre que vous avez été mal interprété, que vous vous êtes peut-être mal exprimé et que vous devez plonger dans un nouveau dictionnaire des synonymes.

En affaire, les épanchements personnels ne sont pas monnaie courante. En politique il en va tout autrement. Si vous gardez votre sang-froid et une distance à toute épreuve de vos sentiments, on dira de vous, comme à mon départ que : « C’était du Daniel Paillé comme on ne l’a jamais vu… il affichait toujours ce sérieux… cette espèce d’intensité de jésuite qui le distingue… L’homme, qui peut paraître assez froid, détaché, sévère même, paraissait ému, vulnérable, vrai. » (Francine Pelletier, Le Devoir, décembre 2013).

Je reconnais que la journaliste avait raison. Mais en politique faut-il vraiment être ému pour être vrai ?

Je n’ai pas la réponse à la question concernant le coût de faire de la politique. Contribuer à la vie et au service public n’est pas une question d’argent, c’est une valeur à offrir sans compter. Il faut par ailleurs respecter les règles et les lois en place au moment où le devoir d’État appelle. En politique comme en affaire, cela n’est pas négociable.

À voir en vidéo