Le cas des serres Demers n’est pas unique

«Les groupes de défense des droits des travailleurs et des travailleuses ont sonné l’alarme il y a plusieurs années, car ce n’est pas un cas isolé que celui des Serres Demers», écrit l'autrice.
Photo: Getty Images «Les groupes de défense des droits des travailleurs et des travailleuses ont sonné l’alarme il y a plusieurs années, car ce n’est pas un cas isolé que celui des Serres Demers», écrit l'autrice.

Le récent reportage d’une journaliste de Radio-Canada concernant les conditions d’insalubrité, de promiscuité et de délabrement dans les lieux d’hébergement de travailleurs temporaires guatémaltèques a permis de mettre en lumière une situation déplorable. Les groupes de défense des droits des travailleurs et des travailleuses ont sonné l’alarme il y a plusieurs années, car ce n’est pas un cas isolé que celui des Serres Demers.

Le monde politique a réagi, des citoyens et des citoyennes ont pris la parole pour s’indigner et c’est tant mieux, mais il n’y a rien dans ce reportage qui n’a pas déjà été rapporté aux instances concernées. Les cas d’abus, les mauvais traitements, le manque de soutien et d’aide, la violence physique et psychologique, la piètre qualité de l’hébergement, les permis fermés, le lien de dépendance, la peur de l’expulsion, la barrière des langues en font des personnes fragilisées et vulnérables aux abus et aux mauvaises conditions de travail et de vie.

Notre organisme, comme bien d’autres, sonne l’alarme depuis très longtemps. Nous avons été membre pendant plusieurs années du comité de travail du Front de défense des non-syndiqués sur le travail migrant. Nous avons écrit des avis et des mémoires, mené plusieurs campagnes dont une en 2011-2012 « L’amélioration des conditions de travail et de vie des travailleuses et des travailleurs migrants : une question de dignité ! » avec 18 recommandations importantes pour améliorer la qualité de vie et d’emploi des personnes migrantes venant travailler au Québec dans le cadre de programme spécifique de travail temporaire. On parlait d’esclavagisme moderne…

Notre campagne avait fait l’objet d’une tournée de députés du Québec pour les sensibiliser aux nombreuses situations déplorables et inadmissibles vécues par des personnes venant travailler ici. Nous souhaitions que le milieu politique s’indigne et réagisse par l’application de lois du travail par des normes plus strictes, par des inspections spontanées (sans aviser les employeurs), un meilleur encadrement lors de l’arrivée de ces personnes pour leur permettre de connaître leurs droits, l’accès à des interprètes, la non-confiscation des passeports, etc. Bref, une série de mesures, dont des logements salubres avec des chambres (pas des dortoirs surpeuplés) des espaces de repos (un salon digne de ce nom), de l’eau chaude et cela date de 2012.

Le cas d’hébergement des travailleurs agricoles n’est pas unique, il y a eu des cas où des aides domestiques résidant chez leur employeur dormaient dans la buanderie ou dans un espace de rangement… Dans nos revendications concernant l’hébergement afin d’éviter des abus de la part des employeurs et pour garantir de meilleures conditions de travail et de vie aux travailleuses et aux travailleurs étrangers temporaires, nous demandions que les personnes puissent avoir le choix de leur lieu de résidence. Dans le cas de résidence chez l’employeur, que le MICC s’assure que des inspections sont faites pour vérifier la qualité du logement et les conditions de respect de la vie privé.

Il est faux de prétendre que tous les employeurs agissent de la sorte, mais on ne peut prétendre que le cas rapporté dans cette enquête soit un cas unique, malheureusement !

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