La vraie coupable des difficultés en français écrit

Ce dont nous avons besoin, en ce XXIe siècle, c’est d’un système d’écriture cohérent, efficace, aussi complexe qu’il le faut, mais pas plus.
Photo: iStock Ce dont nous avons besoin, en ce XXIe siècle, c’est d’un système d’écriture cohérent, efficace, aussi complexe qu’il le faut, mais pas plus.

On peut blâmer l’école, les enseignants, les apprenants, les méthodes d’enseignement tant qu’on voudra, il reste que l’une des raisons, sinon la raison principale, des difficultés des francophones en français écrit réside d’abord et avant tout dans l’incroyable complexité, le plus souvent totalement injustifiée, de l’orthographe grammaticale française.

On a bien apporté, récemment, quelques timides simplifications à l’orthographe lexicale (concernant, par exemple, l’accent circonflexe), mais le nœud du problème reste le même : notre orthographe grammaticale (celle touchant en grande partie les suffixes exprimant les accords, les personnes, temps et modes verbaux…) est désuète, inefficace, déconnectée du français parlé et des préoccupations des usagers qui n’ont que faire de ses caprices en cette époque où la communication écrite redevient à la mode grâce aux réseaux sociaux.

À l’aide de la mémoire photographique, on arrive à se souvenir de la graphie des mots « œil, oiseau, écureuil », et ce, même si leur prononciation est loin de leur graphie, mais pour savoir si le seul son « é » s’écrit « é, ée, és, ées, er, ez, ai », il faut bien connaître les multiples règles grammaticales (et leurs exceptions) qui gouvernent chaque cas, ce qui n’est pas à la portée de toutes les écoles, considérant les contraintes, de temps en particulier, qui leur sont imposées.

Si les anglophones ne passent pas leur temps à déchirer leur chemise devant les difficultés en orthographe grammaticale de leurs (futurs) enseignants, c’est que leurs suffixes grammaticaux, moins intrinsèquement nombreux qu’en français il est vrai, se prononcent toujours : le « -s » de « he walks » est aussi inutile que les « -s » de « tu vas » ou « je comprends », mais au moins il se prononce, ce qui fait qu’il cause beaucoup moins d’erreurs en anglais écrit. Et puis si l’anglais ne connaît pas l’accord du participe passé, source de tant de fautes, il ne faut pas oublier que le français non plus ne le fait pas dans la grande majorité des cas en langue parlée. Par exemple dans « les pommes que j’ai mangées ; des pommes, j’en ai mangé ; les violonistes que j’ai entendus jouer ; la peur que j’ai pu avoir, elle s’est blessée à la main », la langue parlée ne fait aucun accord, et la clarté du message ne s’en porte pas plus mal.

L’écriture étant, contrairement à la langue parlée, une pure invention, nous avons hérité, au cours des siècles, d’un fouillis de règles et d’exceptions, souvent tout à fait artificielles, qui ne servent absolument à rien sur le plan communicatif et il faut des années d’études afin d’en maîtriser tous les traquenards. Ce dont nous avons besoin, en ce XXIe siècle, c’est d’un système d’écriture cohérent, efficace, aussi complexe qu’il le faut, mais pas plus. On veut protéger le français, y attirer des adeptes, des immigrants ; rendons-le plus accessible dans sa forme écrite. On pourra alors mettre plus d’énergie dans ce qui compte vraiment : enseigner à communiquer efficacement à l’aide d’un outil moins inutilement complexe que celui que même les francophones eux-mêmes, y compris les futurs enseignants, n’arrivent pas à maîtriser dans un temps raisonnable.

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