Le Conseil de l’Arctique et nous

«Le Conseil est présidé depuis le 20 mai dernier par la Russie, qui est à la fois le pays le plus directement concerné par l’Arctique, le plus entreprenant dans son développement économique et le plus présent en Arctique des points de vue maritime et militaire», écrit l'auteur.
Photo: Alexander Zemlianichenko «Le Conseil est présidé depuis le 20 mai dernier par la Russie, qui est à la fois le pays le plus directement concerné par l’Arctique, le plus entreprenant dans son développement économique et le plus présent en Arctique des points de vue maritime et militaire», écrit l'auteur.

Les lecteurs du Devoir seront sans doute surpris d’apprendre que « Le Conseil de l’Arctique est le principal forum multilatéral par lequel le Canada fait avancer ses intérêts à l’échelle internationale » et pourtant cette phrase est tirée d’un document officiel mis en ligne par le gouvernement du Canada. Ce « principal forum multilatéral », ce n’est ni les Nations unies, ni l’UNESCO, ni le Commonwealth, ni la Francophonie, ni l’ALENA (ACEUM).

Il y a 53 ans, le 2 mars 1968, Le Devoir a publié mon tout premier texte intitulé « Pour une Confédération des peuples nordiques », où je suggérais qu’un rapprochement canado-scandinave était souhaitable des points de vue politique, économique et environnemental. À ce moment-là, René Lévesque venait de publier Option Québec, mais le Parti québécois n’avait pas encore été fondé. Il le sera sept mois plus tard, le 11 octobre 1968.

En 1977, j’ai publié mon tout premier ouvrage intitulé Le Québec, État nordique. J’ai été invité à traiter du rapprochement canado-scandinave au Danemark, en Norvège, en Suède, dans les universités et les médias du Québec, dans les médias de Toronto, sur France Inter et à l’Université Cornell.

En 1977, j’ai été mandaté par le gouvernement du Québec pour effectuer une étude des possibilités de rapprochement économique entre le Québec, le Canada et les pays scandinaves, alors que Rodrigue Tremblay se voyait confier un mandat semblable par rapport aux États-Unis et Kimon Valaskakis, par rapport à l’Europe.

Des trois avenues, celle d’un rapprochement nordique semblait alors indubitablement la plus idéaliste et la moins pragmatique, alors que, cinquante ans plus tard, elle est sans doute la plus porteuse de défis pressants compte tenu du réchauffement climatique, de la fonte accélérée du couvert de glace de l’Arctique, de la fonte du pergélisol et de ses conséquentes désastreuses sur les gaz à effet de serre, de l’augmentation du trafic maritime en région arctique et de la tentation de voir le développement économique détruire les écosystèmes fragiles de l’Arctique.

Ce qui m’inquiète, c’est de voir que nous, Québécois, qui avons lancé le débat sur ces convergences arctiques, en sommes, dans les faits, pratiquement exclus aujourd’hui.

Le Conseil de l’Arctique a été fondé le 19 septembre 1996, presque trente ans après mon article dans Le Devoir, à Ottawa lors de la ratification de la Déclaration d’Ottawa. Le Conseil de l’Arctique a réuni dès cette date les cinq pays nordiques européens (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède), le Canada, les États-Unis et la Russie. À ces huit membres fondateurs se sont joints depuis 13 pays observateurs (dont la Chine, l’Inde, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France), l’Union européenne, et de nombreuses associations internationales et autochtones.

Le Conseil est présidé depuis le 20 mai dernier par la Russie, qui est à la fois le pays le plus directement concerné par l’Arctique, le plus entreprenant dans son développement économique et le plus présent en Arctique des points de vue maritime et militaire.

Ce qui se discute actuellement entre les membres du Conseil de l’Arctique est de la plus haute importance pour le Québec, qui est la province canadienne dont le territoire s’étend le plus au nord et qui a autorité sur les ressources naturelles du Grand Nord québécois.

J’ose suggérer que cet État cherche à obtenir au Conseil de l’Arctique un statut similaire dans la délégation canadienne à celui qu’il a à l’UNESCO ou même un statut semblable à celui qu’il a au sein de la Francophonie. Cette question me semble revêtir une importance primordiale si nous aspirons à jouer un rôle utile au niveau international dans cette partie du monde qui est aussi la nôtre.

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