Une autre session à distance au collégial

Le confinement à temps plein derrière un écran se poursuivra, de même que les désastres humain et pédagogique qui s’ensuivent, déplore l'autrice.
 
Photo: JENS SCHLUETER / Agence France-Presse Le confinement à temps plein derrière un écran se poursuivra, de même que les désastres humain et pédagogique qui s’ensuivent, déplore l'autrice.
 

Alors que certains cégeps planifient un retour en présentiel pour plusieurs cours disciplinaires en sciences humaines à la session prochaine, d’autres ne prévoient rien de tel. Et ce, malgré les nouvelles directives de la santé publique. Pourquoi ? Parce que certains cégeps ont profité du format virtuel pour remplir à ras bord les groupes-classes. Et maintenant, ils arguent que c’est trop compliqué et trop cher de diminuer le nombre d’étudiants par classe pour respecter les consignes de distanciation. Le confinement à temps plein derrière un écran se poursuivra, donc, de même que les désastres humain et pédagogique qui s’ensuivent.

Désastre humain parce que la santé physique et mentale des étudiants, déjà détériorée, déclinera encore jusqu’à rendre un grand nombre d’entre eux dysfonctionnels dans plusieurs sphères de leur vie. Et sans surprise, les records de dépression et d’idées suicidaires, de troubles anxieux et alimentaires seront fracassés…

Désastre humain, parce que du tissu social déjà désagrégé par plus d’un an de solitude il ne restera qu’un lambeau trop mince pour protéger les jeunes adultes des plus grandes détresses. Par exemple, faut-il préciser que la violence conjugale ne frappe pas que les trentenaires sur le marché du travail ? Pour plusieurs, l’établissement scolaire est un rempart extra-muros nécessaire. Point.

Désastre pédagogique aussi parce que déjà vidé de sa substance relationnelle, l’apprentissage risque de perdre définitivement tout attrait. D’ailleurs, si l’on se fie aux expériences relatées par nombre d’enseignants et à un sondage effectué auprès d’étudiants de cinq groupes-classes en sciences humaines, la dépréciation est déjà bien installée.

La motivation à poursuivre les études en ligne reçoit à peine la note de passage de 60 %, alors qu’elle grimpe à 80 % si les cours de la prochaine session reviennent en présentiel. Avec raison, puisque pour la majorité le format virtuel les fatigue (54 %) et diminue leur concentration (84 %). Dans ces conditions, il n’est pas surprenant qu’une grande proportion d’étudiants négligent la prise de notes (70 %) et l’étude de la matière (58 %) lorsque les cours sont à distance. Mais alors, comment arrivent-ils à obtenir la note de passage ? Simple : ils trichent. Ce sont 39 % d’entre eux qui en ont fait l’aveu. Et il y a fort à parier qu’il faille doubler ce pourcentage pour dresser un portrait réaliste de la problématique puisque ces 39 % ne représentent que les tricheurs honnêtes…

Après un an à ne pas avoir pu offrir les conditions nécessaires à la réussite éducative, c’est-à-dire à l’apprentissage optimal et au bien-être de l’étudiant, il est grand temps que les décideurs de tous les cégeps remettent cette mission, qui est la leur, au cœur de leurs actions. Et ce ne sont pas les montants impressionnants alloués à la création de capsules web ou d’ateliers virtuels qui diminueront la détresse ou augmenteront la motivation des étudiants ! Non. Pour assurer la réussite éducative de tous, il est primordial que tous les cégeps offrent un pourcentage de cours en présence à tous leurs étudiants. Sans quoi le réseau collégial public fonctionnera à deux vitesses.

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