Pandémie et disparition progressive de la courtoisie

«Tous ces gestes, basés sur la nécessaire solidarité entre les membres des différents groupes sociaux, s’ils n’ont plus cours, peuvent modifier profondément les relations au sein de chacune des communautés, voire les effriter», souligne l'autrice.
Photo: LM Otero Associated Press «Tous ces gestes, basés sur la nécessaire solidarité entre les membres des différents groupes sociaux, s’ils n’ont plus cours, peuvent modifier profondément les relations au sein de chacune des communautés, voire les effriter», souligne l'autrice.

À mes yeux, la courtoisie, c’est la politesse et l’amabilité envers les personnes que l’on rencontre. J’ai déjà expliqué à mon neveu l’importance de la politesse dans les rapports sociaux en utilisant une métaphore qu’il a immédiatement comprise, lui qui est fortement intéressé par la mécanique, soit la politesse, c’est un peu comme l’huile qui fait qu’une machine peut fonctionner adéquatement.

La pandémie et la peur d’attraper le virus de la COVID-19 en s’approchant de nos concitoyens ont provoqué un effet majeur sur les relations entre concitoyens. D’autant que les règles sanitaires mises en place depuis mars 2020 imposent une distance de 2 mètres entre les personnes. Il est maintenant interdit de s’approcher plus près que cela des gens avec qui on ne cohabite pas — conjoint, enfants — de même que de les toucher ; les poignées de mains ou les accolades sont chose du passé, de la période prépandémie. Il est aussi interdit de toucher aux choses des autres. Pendant une bonne période, il était présumé que le virus pouvait se propager en touchant des livres ou des revues, d’où la fermeture des bibliothèques par exemple ou la disparition des magazines dans les supermarchés.

Ces règles ont sans doute eu un effet également sur les relations entre des citoyens en empêchant des petits gestes courtois susceptibles d’améliorer la qualité de vie dans un quartier. À titre d’exemple, résidant dans un secteur où bien des gens âgés vivent, je croisais fréquemment des personnes ayant besoin d’un déambulateur. Plusieurs de ces personnes pouvant éprouver des difficultés avec les bordures de trottoir, je soulevais alors leur « marchette » pour les aider dans leur promenade. Mais ça, c’était avant mars 2020. Il n’est plus possible maintenant de faire ce simple geste. Il doit en être ainsi d’autres gestes comme, par exemple, tenir une porte pour permettre à ces personnes ou à de jeunes parents accompagnés d’enfants d’entrer dans un commerce.

La disparition de ces petits gestes représentant une certaine forme de courtoisie entre concitoyens qui peuvent être de générations différentes, est pour moi un signe de diminution de la qualité de vie d’un quartier.

Si ces petits gestes de courtoisie qui concrétisent une certaine solidarité à l’égard d’inconnus ont eu tendance à disparaître, il en est vraisemblablement de même au sein même des familles. Concrétiser une certaine forme d’entraide semble, pour certains, s’avérer un défi presque insurmontable, comme si, à chaque occasion, leur vie était en danger. Il en résulte que les liens familiaux se distendent et, après 14 mois de mesures sanitaires, on peut s’interroger sur ce qu’il en reste.

Tous ces gestes, basés sur la nécessaire solidarité entre les membres des différents groupes sociaux, s’ils n’ont plus cours, peuvent modifier profondément les relations au sein de chacune des communautés, voire les effriter.

Cette situation n’explique-t-elle pas, en partie à tout le moins, l’exacerbation des tensions observées dans tous les groupes d’âge et toutes les classes sociales ?

À mes yeux, la qualité des relations entre les citoyens d’une communauté est l’élément essentiel d’une société en santé. C’est ce qui fait que, comme le disait récemment Marie-France Bazzo, on fait société.

Verrons-nous, à l’avenir, une société où les liens de courtoisie et de solidarité entre citoyens seront pleinement valorisés ? Je l’espère pour la génération qui nous suit ; ce serait une société plus humaine, une société où les citoyens seront davantage que des travailleurs et des consommateurs, mais également des membres actifs d’une communauté, qui participent ensemble à l’évolution de leur municipalité et de l’État.

À voir en vidéo