De la Grande Prairie à l’entrepôt de marchandises

Des citoyens d'Hochelaga-Maisonneuve tiennent une manifestation pour exprimer leur opposition à  un projet de transbordement de marchandises dans le secteur Assomption Sud, le 8 mai dernier.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Des citoyens d'Hochelaga-Maisonneuve tiennent une manifestation pour exprimer leur opposition à  un projet de transbordement de marchandises dans le secteur Assomption Sud, le 8 mai dernier.

À la suite du départ de la fonderie Canadian Steel au début des années 2000, une grande partie du secteur Assomption Sud, à Montréal, a été laissée à l’abandon. Au cours des décennies suivantes, dans l’oubli le plus total, ces terrains se sont lentement revégétalisés. Aujourd’hui, certains d’entre eux sont reconnus comme des boisés et nommés comme tels : boisés Steinberg, Vimont et Grace Dart. Ils sont devenus pour la population la possibilité et le symbole d’un développement différent.

Pour tenter de marier l’essor économique du secteur et les préoccupations citoyennes, la Ville de Montréal a mis de l’avant un projet d’écoparc industriel, celui de La Grande Prairie. Malheureusement, l’arrivée d’un centre de transbordement de conteneurs laisse penser que les jours des espaces naturels de l’hypothétique Grande Prairie sont comptés. De même que le désir fortement exprimé par la population d’un développement autre que le seul transport des marchandises.

L’entreprise Ray-Mont Logistiques invoque le lien entre ses activités et celles du Port de Montréal pour justifier sa volonté de s’installer dans le secteur Assomption Sud. Mais plus que l’approfondissement d’une « synergie industrielle », l’arrivée de l’entreprise constitue en réalité un agrandissement en bonne et due forme de l’emprise portuaire. Et ce, au-delà de la rue Notre-Dame qui en marquait jusqu’à présent la frontière historique. Cela signifie que l’industrie de la logistique continuera de modeler à sa guise les quartiers que nous habitons : plus de conteneurs, plus de camions, plus de routes.

En fait, l’arrivée de Ray-Mont Logistiques soulève la question de la pertinence du concept d’écoparc industriel mis de l’avant par la Ville de Montréal pour humaniser ledéveloppement économique du secteur. Comment une telle entreprise, dans le cadre d’un écoparc industriel, répétons-le, peut-elle s’installer, avec ses 15 000 conteneurs, entre deux quartiers fortement peuplés comme ceux de Viauville et de Guybourg ? Comment pouvons-nous espérer réduire les nuisances déjà présentes en grand nombre dans nos quartiers en y ajoutant le passage de milliers de camions supplémentaires sur la rue Notre-Dame ? Et si la préservation des espaces naturels est une priorité — et elle devrait l’être dans le cadre d’un écoparc —, pourrons-nous seulement encore les fréquenter après l’installation de l’entreprise ? Que restera-t-il de la quiétude des lieux avec le va-et-vient quotidien d’une centaine de wagons de marchandises ? Qu’adviendra-t-il des boisés eux-mêmes ? Au fond, c’est l’espoir d’un développement vivable, dans le cadre d’une communauté, que la venue de ce centre de transbordement de conteneurs va mettre à mal. C’est quand même quelque chose.

Ray-Mont Logistiques n’est pas le seul acteur économique présent dans le secteur Assomption Sud. Mais avec un terrain de 2,5 millions depieds carrés, il en déterminera l’orientation et l’aménagement. Si on poursuit l’aménagement du secteur exclusivement en fonction de l’industrie de la logistique, il ne faudrait pas s’étonner d’en voir s’étendre un peu plus le désert de béton et d’asphalte. De La Grande prairie à l’entrepôt de marchandises : l’avenir est tout tracé.

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