«Morituri te salutant»

«Sans mesures
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Sans mesures "costaudes" dont le prix politique est élevé, la langue française au Québec continuera son lent déclin, la culture francophone québécoise s’effritera et l’identité québécoise se dissoudra», écrit l'auteur.

De 2007 à 2012, j’ai été député de Borduas et porte-parole en matière de langue du Parti québécois. Durant ces quatre années, j’ai publié trois études avec les maigres ressources de mon budget de député : Le grand Montréal s’anglicise au printemps 2010, L’application de la loi 101 au collégial ; un prolongement nécessaire à l’hiver 2011 et L’effet anglicisant du déséquilibre du financement des universités en 2011.

En tant que député indépendant, j’ai écrit en partenariat avec Éric Bouchard La nouvelle Charte de la langue française.

Ce projet de loi (593) a été déposé à l’Assemblée nationale lors de la 2e session de la 39e législature en 2012.

Si le Parti québécois avait alors avancé le plan d’urgence qu’il vient de dévoiler, je n’aurais pas démissionné du parti. En voici des extraits :

  • diminuer les seuils d’immigration afin qu’ils correspondent aux capacités d’accueil et de francisation de la société québécoise ;
  • exiger la connaissance du français au point d’entrée pour tout immigrant économique ;
  • Interdire l’exigence de l’anglais à l’embauche ;
  • appliquer la Charte de la langue française au réseau collégial ;
  • rendre l’octroi des subventions et de tout autre avantage aux entreprises conditionnel au respect de la Charte.
 

Ce nouveau plan du PQ reflète l’esprit de La nouvelle Charte et en reprend certains articles. Cela contraste avec la tiédeur du PQ sur les questions linguistiques à mon époque. Malheureusement, le PQ se compromet alors qu’il est exsangue et loin du pouvoir.

Le projet de loi de l’actuel député de Borduas, M. Jolin-Barrette, est un ensemble de mesures valables qui touchent tous les aspects de la Charteen plus d’y ajouter une composante constitutionnelle marquante. Si ces mesures sont toutes appliquées avec vigueur et constance, elles auront un effet de ralentissement du déclin du français dans le grand Montréal. Mais elles ne réussiront pas à redonner au français un élan fort et assumé vers son statut de langue commune.

La langue au Québec est un combat. Une loi mesurée, raisonnable et consensuelle est une occasion ratée. Pourtant le CAQ bénéficie d’un appui massif des francophones et son chef règne.

Sans mesures « costaudes » dont le prix politique est élevé, la langue française au Québec continuera son lent déclin, la culture francophone québécoise s’effritera et l’identité québécoise se dissoudra. J’en fais un constat personnel sans amertume.

Comme toutes les décisions importantes, la fierté d’une langue est un choix collectif. Son objectif fondamental est une langue commune pour une société démocratique, vibrante et en paix.

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