La perte de la foi envers le CH

Je n’avais pas compris que le hockey constituait une religion pour les Québécois, estime l'auteur.
Photo: La Presse canadienne Je n’avais pas compris que le hockey constituait une religion pour les Québécois, estime l'auteur.

Longtemps, j’ai haï le Canadien de Montréal. Je prenais pour les méchants Bruins de Boston, les éternels rivaux de nos Glorieux. C’était par pur défi du conformisme des partisans de la Sainte-Flanelle.

Il était de bon ton, dans certains milieux, de se montrer rebelle en s’identifiant aux négligés, à ceux que tout le monde déteste. Bref, c’était paradoxalement par pur suivisme que je criais hourra chaque fois que les insupportables Bruins gagnaient contre le club montréalais.

Je n’avais pas compris que le hockey constituait une religion pour les Québécois. C’est un expatrié qui m’a fait réaliser l’ampleur de ma mécréance.

Cet ami avait vécu toute sa jeunesse en Californie et en Suisse. Pourtant, il était plus nationaliste que moi qui avais grandi tout près de Montréal.

 

Pour lui, le Canadien de Montréal représentait l’identité des Québécois, c’est-à-dire des résilients francophones dans un univers anglophone. Il faut dire que ce club de hockey a été fondé pour que des Canadiens français puissent jouer dans la Ligue nationale de hockey au début du XXe siècle.

Que cette équipe constituée principalement de Canadiens français ait pu remporter autant de Coupe Stanley (24) au nez des autres équipes dans une ligue essentiellement anglophone constituait aux yeux de mon ami une source de fierté incommensurable.

 

L’identité des Québécois s’est forgée à la sueur des Glorieux de la Sainte-Flanelle. Les bras meurtris qui tendent le flambeau sont principalement ceux de Québécois francophones. Même s’il y a eu de nombreux joueurs anglophones vedettes au sein du club, les noms les plus connus restent ceux de Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur et Patrick Roy.

L’esprit des « Habs » continue d’habiter l’imaginaire des Québécois. L’émeute à la suite de l’expulsion des séries de Maurice Richard en 1955 fut un événement historique indéniable qui marque le début de la fierté d’être un battant francophone affrontant l’adversité et l’injustice.

Pourtant, aujourd’hui, le Canadien de Montréal est devenu une entreprise comme une autre qui mise sur la rentabilité dans un marché capitaliste compétitif sans âme et sans passion autre que celle de l’argent. Pour gagner, on a sacrifié le CH tatoué sur le cœur des joueurs de l’équipe.

La folie des séries créée artificiellement en ce moment par le bureau du marketing de Molson n’est qu’un succédané de la véritable passion qui a animé des générations d’amateurs qui se reconnaissaient dans les Glorieux. Mais la foi n’y est plus.

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