Du tutorat pour… et par les élèves

Le tutorat possède ses avantages à certaines conditions, lesquelles semblent difficiles à respecter à partir des modalités du plan de relance annoncé, explique l'autrice. 

 
Photo: iStock Le tutorat possède ses avantages à certaines conditions, lesquelles semblent difficiles à respecter à partir des modalités du plan de relance annoncé, explique l'autrice. 

 

Le ministre Roberge a lancé récemment son plan de relance pour la réussite scolaire. La mesure au cœur du plan accapare plus de 50 % du budget promis. En dépit de bonnes intentions, le programme de tutorat, tel qu’il est annoncé, risque de manquer sa cible. Voici pourquoi, ainsi qu’une proposition complémentaire.

D’abord, même si le budget annoncé de 110 millions consacre 60 millions au programme national de tutorat, cette somme est insuffisante vu qu’elle représente à peine 200 dollars par élève, en admettant qu’il y ait de 25 à 30 % d’élèves en difficulté. À coup sûr, des parents vont se tourner vers le privé, ce qui créera plus d’inégalités et d’iniquités pour tous les autres. Par ailleurs, la situation de pénurie perdurant, les étudiants en enseignement les moindrement avancés dans leurs études continueront d’être sollicités pour de la suppléance, leur laissant ainsi peu de temps pour du tutorat.

Il existe une solution complémentaire de proximité. Pourquoi ne pas faire appel aux élèves qui se sont déjà approprié un contenu pour en aider d’autres qui ont besoin d’apprendre ce même contenu ? Cette solution requiert de s’assurer d’une compréhension commune afin d’éviter les dérives, soit de bien définir le tutorat et ses déclinaisons, car le tutorat par les pairs se distingue assurément de celui effectué par un enseignant, et ce n’est surtout pas de l’aide aux devoirs. Dans le même esprit, des balises à respecter devront aussi être élaborées, notamment concernant la collaboration des enseignants, pour bien cibler les élèves « tutorés » et les élèves qui agiront à titre de tuteurs. Enfin, les milieux devront aussi pouvoir compter sur des modalités de mise en œuvre simples et claires.

Cette solution de complémentarité doit aussi inclure les organismes communautaires, partie intégrante du trio école-famille-communauté en matière de persévérance et de réussite scolaires. Ceux qui sont membres de notre Réseau ont de longues années d’expérience et des liens de confiance établis avec de nombreuses écoles, des milliers d’enfants, des jeunes en difficulté, des familles plus éloignées de l’école. Certains ont développé une expertise en matière de tutorat qui va au-delà de la dimension scolaire. C’est grâce à des relations école-famille-communauté solides que peuvent être lancées des actions coopératives sur le temps de classe et après la classe, sur place et à distance, à l’été, à l’automne et à l’hiver, au Québec et ailleurs dans la Francophonie.

Le tutorat par les pairs n’est pas nouveau. En France, dès le début du XIXe siècle, de jeunes moniteurs enseignaient à d’autres élèves, sous la guidance d’un intervenant adulte. Au Québec, la coopération fait partie de nos valeurs. En milieu scolaire, l’apprentissage coopératif se pratique dans nombre de classes, et des organismes communautaires offrent des activités de cette nature après l’école, voire durant le temps de classe. En outre, les usages du numérique axés sur la collaboration ont montré leur valeur ajoutée. Ce dont on manque, ce n’est pas de résultats de recherche pour soutenir une telle proposition, mais principalement de souplesse en matière de règles budgétaires. Le ministère de l’Éducation statuera incessamment sur ces mesures pour la prochaine année. Il est encore temps d’agir. Une fois les mesures adoptées, les centres de services scolaires et les écoles devront s’y conformer. Or, pour le moment, rien ne permet de croire que des sommes pourront être attribuées au tutorat par les pairs. Pourtant, une ouverture en ce sens aiderait les milieux scolaires à offrir des occasions d’apprentissage tout en respectant leurs circonstances propres.

Bref, le tutorat possède ses avantages à certaines conditions, lesquelles semblent difficiles à respecter à partir des modalités du plan de relance annoncé. Pourquoi ne pas nous permettre alors d’envisager une forme de tutorat complémentaire ?

Le réseau PÉRISCOPE (Plateforme échange recherche intervention sur la scolarité : persévérance et réussite), qui est financé par les Fonds de recherche du Québec, y voit là une occasion pertinente pour agir collectivement au service des élèves du secondaire et de leurs enseignants avec ses partenaires de terrain.

*Avec la collaboration de Stéphane Allaire et Michel Lacasse.

À voir en vidéo

1 commentaire
  • Christian Roy - Abonné 14 mai 2021 16 h 54

    Bonne chance Mme Thérèse Laferrière

    Bonne chance dans vos démarches. Je souhaite que l'entourage du ministre - et pourquoi pas le minsitre lui-même ?- aura pris bonne note de votre publication.

    Ce que j'aime de votre projet c'est qu'il favorise la complémentarité du trio école-famille-communauté en matière de persévérance et de réussite scolaires.

    L'école, d'après moi, ne devrait pas être considérée comme une PME (ce qu'elle est sans contredit devenue) mais comme le coeur d'une communauté apprenante.