Est-ce aux propriétaires de garantir le logement abordable ?

«La sécurité et le bien-être des personnes vulnérables ou à faible revenu sont une responsabilité de société. Il en va de même du devoir d’assurer que tous puissent se loger à la mesure de leurs moyens. Une réglementation empêchant les propriétaires d’obtenir un loyer correspondant à la valeur de leur propriété revient à leur faire porter seuls ce fardeau collectif», juge l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «La sécurité et le bien-être des personnes vulnérables ou à faible revenu sont une responsabilité de société. Il en va de même du devoir d’assurer que tous puissent se loger à la mesure de leurs moyens. Une réglementation empêchant les propriétaires d’obtenir un loyer correspondant à la valeur de leur propriété revient à leur faire porter seuls ce fardeau collectif», juge l'auteur.

Les propriétaires sont souvent montrés du doigt comme étant responsables du manque de logements abordables. Le sont-ils vraiment ? On évoque la possibilité d’un contrôle plus serré des prix des loyers. Est-ce là une solution viable ?

On le sait, le prix des propriétés a connu une croissance phénoménale au cours des dernières années. Un nombre croissant de jeunes acheteurs considèrent l’option de propriétaire-occupant pour accéder à la propriété. Aujourd’hui, un jeune couple qui achète son premier duplex pourraitpayer, par exemple, 750 000 $ à Ahuntsic. Il occuperait le rez-de-chaussée et gagnerait un revenu de plus ou moins 1000 $ par mois de locataires installés à l’étage. Rien pour faire fortune ! Et il n’est pas rare qu’un locataire installé depuis plusieurs années bénéficie même d’un loyer beaucoup plus bas. Considérant les responsabilités, les risques et parfois les désagréments à titre de propriétaire occupant, il est compréhensible que ce jeune couple cherche à augmenter le revenu du loyer, particulièrement s’il est faible.

Prenons maintenant le cas d’un couple qui a acheté un immeuble il y a plusieurs années. Il a vu son investissement prendre de la valeur. Il obtiendra un gain en capital substantiel au moment de vendre l’immeuble certes, mais inférieur à ce qu’il aurait obtenu en investissant en Bourse au cours des vingt dernières années. D’éventuels acheteurs seront réticents à acheter si les revenus ne sont pas proportionnels au prix de l’immeuble. Peut-on leur reprocher de vouloir faire un investissement rentable ? Peut-on reprocher au propriétaire-vendeur de s’attendre à ce que l’immeuble qu’il a payé et entretenu depuis vingt ou trente ans, possiblement pour sa retraite, ne reflète pas sa valeur marchande à cause d’un loyer trop bas ?

Les mécanismes de fixation des prix des loyers au Québec permettent de protéger les locataires d’augmentations abusives. Mais ils ont également engendré un écart entre la valeur des propriétés et les loyers. À défaut d’obtenir un rendement intéressant dans un immeuble à revenus, les investisseurs se tourneront vers d’autres options : « rénoviction », conversion en copropriété, en local commercial, unifamiliale, etc. Ne nous surprenons donc pas que le nombre de logements abordables disponibles ne suffise plus à la demande.

Il s’agit là d’une perspective mercantile de la situation, mais rares sont les personnes qui investissent dans un immeuble locatif par pur plaisir ou par altruisme.

La sécurité et le bien-être des personnes vulnérables ou à faible revenu sont une responsabilité de société. Il en va de même du devoir d’assurer que tous puissent se loger à la mesure de leurs moyens. Une réglementation empêchant les propriétaires d’obtenir un loyer correspondant à la valeur de leur propriété revient à leur faire porter seuls ce fardeau collectif. Il ne nous viendrait jamais à l’esprit de forcer les épiciers à réduire le prix des fruits et légumes pour pallier le coût élevé d’une saine alimentation. Empêcher les propriétaires d’obtenir un revenu proportionnel à la valeur de leur immeuble accélérera la réduction du nombre de logements abordables et aggravera la crise.

Il y a d’autres pistes de solutions équitables qui doivent être explorées, comme des incitatifs fiscaux et des subventions aux propriétaires pour maintenir des loyers abordables ou, encore, de l’aide aux ménages à faible revenu. C’est dans cette direction qu’il faut explorer pour résorber la situation.

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