Pour la littératie agricole dans nos écoles

«Mais comment susciter plus d’implication citoyenne alors qu’en général les gens connaissent si peu le secteur de l’agriculture?», se questionne l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Mais comment susciter plus d’implication citoyenne alors qu’en général les gens connaissent si peu le secteur de l’agriculture?», se questionne l'auteur.

Lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, l’agronome Louis Robert a dressé, avec nuance et bonne mesure, un portrait somme toute inquiétant de notre réalité agricole actuelle. On peut toutefois en tirer un constat positif : la présence d’un agronome dans une émission de variétés aussi populaire et influente témoigne de l’intérêt grandissant du public pour l’agriculture.

En entrevue, l’agronome vedette s’est d’ailleurs réjoui de cette prise de conscience collective et souhaite que la population s’implique davantage à l’avenir dans le milieu agricole, notamment en interpellant les élus sur les sujets agricoles d’actualité, tels que l’utilisation raisonnée des pesticides et des fertilisants.

Mais comment susciter plus d’implication citoyenne alors qu’en général les gens connaissent si peu le secteur de l’agriculture ? Une solution simple et porteuse pourrait être l’inclusion de la littératie agricole dans le cursus scolaire québécois.

Enseigner l’agriculture, c’est enseigner notre territoire, notre histoire, notre identité et notre culture. Ce que nous cultivons et mangeons est le reflet non seulement des contraintes climatiques et édaphiques de notre milieu géographique, mais également celui de l’évolution technologique et sociale qui a façonné notre province. L’histoire du Québec, sa division administrative et son contexte géographique font déjà partie du cursus d’enseignement ; des notions sur notre paysage agroalimentaire s’y intégreraient harmonieusement.

Saviez-vous, par exemple, que le Québec comporte à lui seul près de la moitié des vaches laitières au pays ? Que nous fournissons environ 70 % de la récolte mondiale en sirop d’érable ? Que nous sommes la principale province productrice de canneberges au Canada (et au 2e ou 3e rang mondial, selon les années) ? Ou encore que le Québec est au 2e rang à l’échelle mondiale quant aux volumes de bleuets sauvages récoltés ?

Mieux encore : on pourrait aussi initier les enfants aux concepts de base de l’agriculture. Que sont exactement les mauvaises herbes, et pourquoi chercher à les éradiquer ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’un pesticide — est-ce différent d’un herbicide, d’un nématicide, d’un insecticide ? Qu’est-ce que l’agriculture biologique, et quels sont les bienfaits théoriques ? Cela a-t-il un lien avec les OGM ? Et qu’en est-il de la permaculture et de l’agriculture de précision ? Pourquoi la majeure partie du « maïs » cultivé au Québec n’est-elle pas destinée aux humains ?

Inculquer ce savoir aux enfants et aux adolescents, c’est leur donner des outils pour faire des choix alimentaires mieux éclairés, avec des considérations qui dépassent les seuls concepts nutritionnels. On ferait même d’une pierre deux coups : plusieurs études indiquent un lien entre la compréhension de la production de nourriture et le respect de la nutrition, de l’agriculture dans la société, et de l’environnement.

Le succès de L’École-O-Champ (un organisme montréalais sans but lucratif inspiré du mouvement américain Farm-to-school), entre autres, est révélateur : les enfants et les adolescents adorent explorer, expérimenter et s’approprier l’une des plus vieilles pratiques de l’humanité. Étant donné que l’agriculture et l’agronomie profitent d’une attention médiatique exceptionnelle, l’occasion est belle d’inclure enfin ces disciplines en classe. Cela contribuerait à faire de notre relève de meilleurs citoyens plus aptes à se nourrir de façon saine, plus respectueuse de l’environnement, tout en stimulant l’économie québécoise : un pas de plus vers notre souveraineté alimentaire.

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9 commentaires
  • Réal Gingras - Inscrit 10 mai 2021 08 h 18

    Pour des agr”écoles”

    Tout à fait d'accord avec vous monsieur Tulk.

    Toutes les écoles du Québec doivent être en mesure d’offrir un espace de cultures maraîchères dans un coin de la cour. Nombre d’activités seraient alors possible. Pourquoi ne pas installer aussi des mini serres pour augmenter les jours de jardinages. Chaque classe se voit offrir un espace de quelques mètres carré et ainsi se voit initier à la semence, aux semis, aux variétés, etc.

    Tout cela est bien concret et ramène les élèves dans ce qu’il y a de plus important dans la vie: le travail de la terre.

    Chez les plus vieux , on peut expliquer les origines de la paysannerie et du développement de la modernisation agricole. Si vous êtes en vie , c’est parce quelqu’un quelque part à ensemencer la terre qui vous entoure… et cela depuis 12 000 ans. Allez hop! on sort , on lâche son écran et on va bêcher.

    Autrement dit, démontrer par cette pédagogie "agrécole" que vaut mieux faire les choses soi-même que de les faire faire par les autres, c'est-à-dire par les grands trust alimentaires mondiaux.

    Il faut créer des postes de conseillers pédagogiques à la mise en place et à la diffusion d’un programme agr”école”

  • Alain Roy - Abonné 10 mai 2021 09 h 05

    Bonne idée.

    Intéressant, bonne idée. "Enseigner l’agriculture, c’est enseigner notre territoire, notre histoire, notre identité et notre culture." Non seulement ça ferait prendre conscience de l'importance du monde agricole, mais ça pourrait sûrement éveiller des ambitions chez nombre de futurs citoyens en agronomie et en sciences connexes ou en innovations. Bravo.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 10 mai 2021 09 h 33

    Labourage et pâturage ont été longtemps les deux mamelles sur le Vieux Continent!

    Comme tous les enfants de la Deuxième Guerre mondiale, j'ai appris l'importance de l'agriculture! Au diable cette période de vaches maigres qu'il est difficile d'oublier et les tickets de rationnement! Plus tard, le pays libéré, c'était la joie d'aller voir de la famille dans les fermes, près ou éloignées des villes. L'odeur du tas de fumier était forte mais combien moins nocive que celle des pesticides! « Immigrant reçu », les plaisirs d'autrefois ont fait place ici au régime économique du temps! Les fermes elles-mêmes sont au prise avec la rentabilité à tout prix et bien sûr l'utilisation de produits chimiques dont il est question ici.
    J'ajouterais au texte de monsieur Tulk que la connaissance de la forêt québécoise serait aussi un atout précieux pour l'environnement et pour l'architecture en paysage! En Gaspésie, donc en zone nordique, depuis une quinzaine d'années, j'ai transplanté une grande variété de chênes et d'autres arbres introduits sur un terrain laissé en friche. Mêmes des cabanes d'insectes assez grandes ont été faites et installées dans des plates-bandes où poussent des variétés de fleurs pour favoriser et la pollinisation et la vie de bons insectes ravageurs qui éliminent par exemple les pucerons. Ce projet expérimental n'est qu'un de ceux qui peuvent apporter un support à l'Environnement et à la vue des touristes dans la Baie-des-Chaleurs.
    Un cours d'instruction civique et un cours d'instruction morale permettraient aux futurs citoyens québécois de faire des choix éclairés et profitables pour leur avenir. Le Québec mérite mieux que d'avoir le sol et les plantes empoisonnés, sans oublier le roseau commun qui envahit le bord des routes!.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 10 mai 2021 10 h 02

    Les Travaux et les Jours d'Hésiode ...


    « Les sages du temps supposeront toujours qu'ils vivent en pleine églogue, et qu'avec un air de flûte ils vont ramener dans la bergerie la meute hurlante des colères bestiales et des appétits déchaînés.» (Taine, -Les Origines de la France contemporaine-, p. 56.)

  • Marc Davignon - Abonné 10 mai 2021 10 h 23

    Un instant ....

    Il fut, il y a de cela un temps peu lointain, l'urgente obligation de faire apprendre aux enfants l'importance de la finance dans leurs vies (comment instruire son enfant dans la finance, L'actualité, janvier 2017).

    Maintenant, il faut les instruire à l'agronomie.

    Il y a aussi la justice, la médecine, l'informatique, la physique, la chimie (mais pas la philosophie, ni la littérature, rien de ce qui est inutile!).

    Allez, on va paqueter ça bien serré à l'élémentaire et au secondaire (après, on se demande pourquoi il y a des enfants qui disjonctent!).

    Le monde est rendu <tellement> complexe maintenant, il faut qu'il (les enfants) soit près pour ce monde-là.

    Pas pour rien que l'on mousse la <formation> (on n'instruit plus, on forme, tout simplement) dès l'âge de trois ans (L'école à 3 ans, Radio-Canada, septembre 2009).

    Il n'y a plus de temps à perdre! Pourrait-on l'être encore plus tôt?

    • Bernard LEIFFET - Abonné 10 mai 2021 13 h 09

      Oui monsieur Davignon, l'apprentissage sur un horizon aussi large a des limites. La formation sur mesure est dans la bouche de tous les employeurs et du gouvernement de la CAQ! Le monde complexe dont vous parlez est bien là, mais c'est aux citoyens de mettre un frein à la destruction de l'humanité! La Covid a frappé dur sur l'intellect des jeunes et le gouvernement, tout comme les employeurs peuvent chaque jour constaté l'ampleur du phénomème! La vie avant tout, dans le respect de chacun! Il y a des décennies, l'implantation seule des robots devaient subvenir à la production! Or qu'en-est-il sérieusement, c'est la déconfiture généralisée! Et ce n'est pas l'Immigration qui comblera les besoins! La modération en tout devra prendre sa place et les politiciens devront contrôler leurs promeses qui ne tiennent pas débout!