Pourquoi pas deux catégories de propriétaires ?

«Les propriétaires occupants accordent généralement beaucoup plus d’importance aux locataires, puisqu’ils sont également voisins», fait valoir l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Les propriétaires occupants accordent généralement beaucoup plus d’importance aux locataires, puisqu’ils sont également voisins», fait valoir l'auteur.

Le véritable débat ne devrait pas opposer les propriétaires et les locataires, mais un front commun composé de propriétaires occupants et de locataires faisant face aux investisseurs immobiliers. Ces investisseurs coupent également l’herbe sous le pied des petits propriétaires à la recherche d’un plex pour leur famille en créant de la surenchère et en déposant de l’argent « cash » sans inspection de l’immeuble.

Les propriétaires occupants accordent généralement beaucoup plus d’importance aux locataires, puisqu’ils sont également voisins. Ils développent une certaine relation avec leurs locataires et sont plus sensibles à leur réalité. À l’opposé, ils sont beaucoup plus influencés par les conflits et les relations néfastes, puisque ceux-ci font partie de leur quotidien, contrairement aux investisseurs pour lesquels il est beaucoup plus facile de s’en détacher.

Il devrait y avoir deux classes de propriétaires à la Régie du logement : le propriétaire occupant et l’investisseur immobilier. Les propriétaires occupants, qui doivent souvent mettre une partie de leurs économies, pour ne pas dire toutes leurs économies, afin de trouver un nid à leur famille devraient avoir plus de droits que les investisseurs par rapport aux locataires. Un durcissement des lois pour les investisseurs jumelé à un assouplissement pour les propriétaires occupants permettrait un rééquilibrage dans le marché. Par exemple, des lois plus sévères en ce qui concerne les augmentations de loyer et les évictions pour les investisseurs, avec une plus grande liberté pour les propriétaires occupants, favoriseraient ces derniers lors d’offres d’achat puisqu’ils auraient plus de liberté par la suite.

De plus, il est déraisonnable de demander à un propriétaire occupant qui a payé jusqu’à 1 million de dollars, voire plus, pour acheter son plex de maintenir des loyers à 600 $ par mois alors que son hypothèque mensuelle s’élève à plusieurs milliers de dollars. Ça revient à lui demander de subventionner le logement abordable. Le prix des loyers doit suivre la valeur de l’immeuble pour les propriétaires occupants, sans que cette option soit disponible aux investisseurs qui cherchent uniquement à tirer un profit d’un immeuble.

Les rénovictions ne sont pas apparues pour rien. Elles sont devenues le dernier recours des propriétaires occupants devant des loyers ridiculement bas qui sont complètement déconnectés de la réalité actuelle. Les locataires auraient parfois avantage à accepter une certaine augmentation réservée aux propriétaires occupants afin de limiter ce phénomène. Je crois que les locataires bénéficieraient également d’un plus grand pourcentage du parc immobilier détenu par des propriétaires occupants, plutôt que par des collectionneurs de portes.

La relation propriétaire–locataire est beaucoup plus importante pour un propriétaire occupant et le locataire bénéficie normalement d’un immeuble mieux entretenu. Ce propriétaire occupant, bien qu’il se réjouisse de la plus-value de son immeuble, n’en fait pas son objectif à tout prix. Il souhaite avant tout une qualité de vie, avec un bon voisinage. Lui faciliter l’accès à la propriété par rapport aux investisseurs ralentirait la flambée des prix et, par le fait même, la nécessité d’augmenter les loyers.

Le problème n’est pas les propriétaires, mais certaines compagnies qui voient les humains comme des actifs interchangeables. Cela étant dit, je crois tout de même que la majorité des propriétaires et la majorité des locataires sont de bonne foi. Dans les deux cas, il existe malheureusement une minorité très dommageable et c’est évidemment d’elle qu’on entend parler.

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