N’encouragez pas ce genre de manifestation

«S’il vous plaît, je vous le demande, soyez responsable des informations que vous partagez sur les réseaux sociaux qui peuvent décourager les gens des mesures en place», plaide l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «S’il vous plaît, je vous le demande, soyez responsable des informations que vous partagez sur les réseaux sociaux qui peuvent décourager les gens des mesures en place», plaide l'auteur.

Samedi a eu lieu une manifestation monstre (30 000 personnes) contre les mesures sanitaires. On n’y voyait que (très) peu de masques et on y scandait que les droits et libertés des Québécois ne sont pas respectés.

Il me semble que la propagation du virus est inévitable dans ce genre de rassemblement. Peut-être que je me trompe. La majorité des participants ne doit pas être vaccinée encore (ou par choix), les gens sont physiquement proches les uns des autres et ne portent majoritairement pas de masque.

Ce genre de rassemblement brime mes droits et libertés, ceux de tous les autres Québécois et Québécoises, mais surtout les droits de tous les gens qui sont présentement en attente d’une chirurgie au Québec. À cause du délestage. Vous connaissez ?

Chaque cas supplémentaire de COVID-19 qui aurait pu être évité vous éloigne de votre remplacement de genou, de votre traitement de cette hernie qui fait si mal, de votre fermeture d’iléostomie, de l’opération de votre hernie discale qui vous empêche de dormir et de travailler. Chaque cas supplémentaire de COVID-19 qui aurait pu être évité vous éloigne de votre guérison. En vérité, c’est vrai pour chaque patient pour qui l’hospitalisation pourrait être évitée.

Le Québec vit présentement une pénurie grave d’infirmières. La pandémie n’est pas la seule coupable, mais c’est la goutte qui fait déborder le vase. Le vase va finir par s’écrouler à cause du manque de prudence.

Nos blocs opératoires sont en train de se faire dépouiller d’infirmières indispensables pour faire avancer la fameuse « liste d’attente ».

J’ai des collègues orthopédistes qui opèrent une fois par mois. Un bloc opératoire dans ma région a été forcé de fermer ses chirurgies non urgentes pour quatre semaines. Dans mon bloc opératoire, nos infirmières iront travailler de soir ou de nuit aux urgences et aux soins intensifs, délestant ainsi les chirurgies de jour. Bien d’autres vivent du délestage ou sont en menace de compression de personnel imminente.

Je parle en mon nom, mais je ne suis pas le seul médecin chirurgien inquiet. Très inquiet de cette situation.

Comme citoyen, il y a peu à faire malheureusement, sauf de bien respecter les règles en place. Chaque fois que quelques patients COVID-19 entrent dans un hôpital qui dépasse ses capacités, une infirmière quelque part devra aller donner un coup de main dans une unité autre que la sienne… et la chaîne déboule. Et ça déboule jusqu’au bloc opératoire.

S’il vous plaît, je vous le demande, soyez responsable des informations que vous partagez sur les réseaux sociaux qui peuvent décourager les gens des mesures en place. Surtout, n’encouragez pas ce genre de manifestation.

Merci de tout cœur.

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