L’insoutenable lourdeur du marketing

«Comme si ça ne suffisait pas, la LNH est, paraît-il, à étudier la possibilité d’utiliser les chandails des joueurs comme espaces publicitaires», écrit l'autrice.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Comme si ça ne suffisait pas, la LNH est, paraît-il, à étudier la possibilité d’utiliser les chandails des joueurs comme espaces publicitaires», écrit l'autrice.

Le marketing et ses stratégies tentaculaires greffés à Internet ressemblent dorénavant à une hydre dont il est inutile de couper les têtes, car elles repoussent aussitôt. L’omniprésence de la publicité est telle que nous avons tous été peu à peu transformés en véritables hommes, femmes et enfants « sandwichs », transportant chacun nos placards pour des entreprises, sans rémunération, dans une promesse de réciprocité factice.

Le harcèlement quotidien composé de courriels, formulaires, sondages à remplir et participations à des concours, programmes de fidélisation (requérant la divulgation de nos données personnelles), codes QR à numériser et applis à télécharger, pubs et slogans est absolument étourdissant.

La Soirée du hockey, pour ne donner qu’un exemple, s’est transformée en kaléidoscope de réclames multiples : les écrans divisés, les bandeaux, les slogans et jingles se succèdent, reléguant les athlètes et leurs prouesses à l’arrière-plan comme de vulgaires figurants ; même les commentateurs en sont réduits à réciter des slogans à brûle-pourpoint tout au long de la partie. Comme si ça ne suffisait pas, la LNH est, paraît-il, à étudier la possibilité d’utiliser les chandails des joueurs comme espaces publicitaires.

De plus, inspirées par les Oprah et Kardashian de ce monde, nombre de personnalités publiques se sont également lancées dans de lassantes initiatives de branding. Un humoriste lance une gamme d’aliments, une chanteuse vend ses vernis à ongles, une animatrice commercialise sa progéniture, une actrice vend ses produits de beauté, les réels talents et compétences n’ayant plus aucune importance ici, usurpés par la visibilité à tout prix.

Plus triste aussi, le marketing des « nobles » causes, lesquelles sont désormais toutes liées à une forme de consommation : marchandises diverses, événements, etc. Je ne doute pas que certaines actions et personnes impliquées ont un réel effet positif, mais il reste qu’au bout du compte, c’est bien plus de marketing qu’il s’agit. À force de répétitions, le marketing a la fâcheuse habitude de vider tous les enjeux sociaux, toutes les idées et causes de leur substance, d’en faire d’ennuyeux clichés et, pire, de les détourner vers une invitation à consommer quelque chose, voire à s’afficher soi-même en tant que produit de consommation vertueux.

De plus, les entreprises, alléchées par du capital publicitaire facile, n’hésitent plus à mettre à contribution leurs employés en les faisant participer à des activités qu’on pourrait qualifier de « pantomimes » caritatives. Vêtement et petits rubans de satin d’une certaine couleur, seau d’eau glacée, course à pied, tel ou tel jour de l’année, et j’en passe, le tout avec force selfies où figurent les logos de l’entreprise et de la cause. Encore la précieuse visibilité.

L’entreprise et le consommateur-participant seront tous deux confortés ; ce dernier jamais ralenti ni détourné de ses activités de consommation. Mais est-ce là une véritable mobilisation ? Un réel engagement ? Des publicités d’État contre la violence conjugale ont-elles l’effet désiré ? À force de répéter les mots « maladie mentale », assistons-nous à une sorte de promotion de cette dernière ou du fournisseur de services de télécommunications ? Qui en profite réellement ? Les vedettes porte-parole qui enrichissent leur capital marketing ou les personnes ciblées par l’initiative de bienfaisance ?

Il n’y a pas si longtemps, la publicité était une chose dont il fallait se méfier à tout prix ; elle était abêtissante, retorse ; en gober les messages était un signe de grande naïveté. Plus que naïfs, nous sommes maintenant collectivement anesthésiés et forcés à jouer dans une pub apparemment sans fin.

7 commentaires
  • Max-Raymond Jr Thalès - Abonné 29 avril 2021 04 h 07

    Vous avez raison.

    Le but de cette pub sans fin étant de nous faire acheter et consommer toutes sortes de services et babioles qui, ultimement, ne combleront jamais le vide intérieur de la plupart d'entre nous. Avec la pandémie, nul ne semble se poser la question visant à savoir si un tel système peut continuer à survivre au détriment de la santé de la planète.

  • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2021 07 h 49

    Panis et ludos

    Que dire du marketing incessant sur Internet? Il est toujours omniprésent et avec certains algorithmes d’une intelligence artificielle qui épie tous nos gestes, eh bien, elle façonne notre subconscient pour nous vendre des produits ou bien de nous construire une opinion en prêt-à-porter qui est souvent contraire à nos valeurs sans s’en rendre compte.

    Mais dans le cas contraire de publicités omniprésentes, nous devrions payer pour tous les services qu’on prend pour acquis. Là, les mêmes qui s’objectent à ce marketing contagieux et envahissant, chialeraient pour avoir des services gratuits. Évidemment, ce sont les autres qui devraient s’acquitter de la note.

    Mais on garde toujours une liberté de choisir et ne pas interagir avec ces médiums. C’est nous, qui à la fin de l’exercice faisons le choix conscient d’y participer. Alors, du pain et des jeux.

  • François Beaulé - Inscrit 29 avril 2021 08 h 25

    Interdire le financement des médias par la publicité

    C'est la seule façon de faire cesser ce matraquage publicitaire tout en préservant pleinement la liberté d'expression. Les médias devraient être financés par des abonnements et par des subventions. Alors qu'actuellement, les médias sont détournés de leur mission d'information et de culture. La principale influence des médias est d'inciter les gens à consommer le plus possible.

    J'ai déjà expliqué et justifié ma proposition il y a quelques années mais Le Devoir a refusé de publier mon texte.

  • Luc Le Blanc - Abonné 29 avril 2021 09 h 07

    Une science délétère

    Ne dit-on pas "À bon vin, point d'enseigne"? Il semble hélas qu'il y ait aussi pas mal de piquette à écouler, alors on a inventé le marketing, pour nous vendre ce que nous ne devrions pas acheter. En ces temps de changements climatiques, le marketing rame à contre-courant pour maintenir notre consommation de chars, de pétrole, de plastique jetable et de tout ce qui nous perdra.

  • Pierre Boucher - Inscrit 29 avril 2021 10 h 39

    Imperméable

    Voilà longtemps, très longtemps je me suis auto-inoculé contre la pub.
    Je me suis auto-endoctriné contre la pub. La pub, c'est du bobard, de la frime, de la nouvelle bidon.
    La pub la plus débile et insignifiante, c'est la pub sur les automobiles.