Qui dirige le réseau de la santé?

«Il y a au sein du réseau de la santé une loi de l’omerta. En tant qu’employé, moins tu parles et plus tu es apprécié. Bien faire ton boulot est secondaire. L’important, c’est de ne pas faire de vagues et surtout de ne pas dénoncer ce qui ne fonctionne pas», affirme l'auteur.
Photo: iStock «Il y a au sein du réseau de la santé une loi de l’omerta. En tant qu’employé, moins tu parles et plus tu es apprécié. Bien faire ton boulot est secondaire. L’important, c’est de ne pas faire de vagues et surtout de ne pas dénoncer ce qui ne fonctionne pas», affirme l'auteur.

Les directions des CIUSSS et des CISSS semblent être les seuls rois et maîtres du réseau de la santé québécois. Nous avons été témoins de leur omnipotence tout au long de cette longue année de pandémie. En mars 2020, alors que l’urgence sanitaire était déclarée, les soignantes et soignants étaient déplacés de zone froide à zone chaude. Les directions des CISSS et des CIUSSS, prétextant le manque de personnel, ont probablement contribué à propager le virus de la COVID-19 principalement dans les CHSLD en faisant travailler les soignants dans plusieurs sites. Ce manque de personnel existait bien avant le début de la pandémie. Tous les acteurs de la santé ne cessent de le répéter depuis des décennies. Les p.-d.g., le gouvernement, les syndicats et le personnel en parlent, mais personne n’agit de façon concrète afin d’embaucher, de valoriser et de retenir le personnel soignant.

Que dire aussi des nombreuses occasions durant la pandémie où le ministère de la Santé donnait des directives et les directions n’en faisaient qu’à leur tête. Après tout, les très nombreux cadres du réseau de la santé doivent impérativement tout faire pour protéger, justifier et valoriser leur poste. La priorité du gestionnaire de vouloir sauver la face à tout prix s’est accentuée depuis l’instauration de la réforme Barrette. La centralisation à outrance découlant de cette réforme fait en sorte que les p.-d.g. et leurs équipes sont responsables de 700 à 880 médecins, avec 15 000 à 16 000 employés desservant de 80 à 100 sites (hôpitaux, CLSC, CHSLD, RPA, RI et j’en passe).

La loi du silence

Il y a au sein du réseau de la santé une loi de l’omerta. Pour chaque p.-d.g. et roitelet du réseau, le silence est d’or. En tant qu’employé, moins tu parles et plus tu es apprécié. Bien faire ton boulot est secondaire. L’important, c’est de ne pas faire de vagues et surtout de ne pas dénoncer ce qui ne fonctionne pas. Démontrer que certaines tâches ou décisions ne sont pas adéquates met en danger les postes de dirigeants et chefs de service qui pourraient être jugés incompétents. L’employé se plaint à son chef de service si, par exemple, il juge que les soins et services dispensés ne sont pas adéquats. Il en parle encore et encore. Voyant que rien ne change et ayant comme principal motif le bien-être de son patient, il ose contacter un journaliste. Si par malheur son nom sort publiquement, le processus de la machine est enclenché. Le dénonciateur sera suspendu et très souvent congédié. Le motif évoqué est le sempiternel devoir de loyauté envers l’employeur. Et moi qui ai toujours cru qu’étant un employé du réseau de santé public, mon devoir de loyauté était envers mon patient, qui paie indirectement mon salaire. Il ne faut jamais sous-estimer les rois et roitelets qui, comme je l’ai déjà mentionné, feront tout en leur pouvoir pour sauver la face.

Dire que la précédente ministre de la Santé, madame Danielle McCann, affirmait que c’était la fin de l’omerta en santé. Combien de congédiements de loyaux et dévoués employés y a-t-il eu depuis ? L’actuel patron du réseau, Christian Dubé, affirme lui aussi que l’omerta n’existe plus. Il encourage le personnel à dénoncer les ratés du réseau. Si monsieur Dubé voulait faire preuve de bonne foi et démontrer qu’il a à cœur le bien-être des patients et de ses employés, il interdirait formellement aux directions des CIUSSS et des CISSS de sévir contre tout employé dénonciateur. Sans quoi, notre système de santé qui faisait jadis l’envie de plusieurs pays poursuivra sa lente mais assurée dégradation.

11 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2021 08 h 53

    Et c'est maintenant l'omerta dans la gestion de nos écoles chez les francophones

    Depuis février 2020, c'est sensiblement le mode de gestion des CISSS et des CIUSSS qui est appliqué chez les francophones. Les anglophones ont conservé la gestion de leurs écoles.Nous, les francophones, avons remis le totu entre les mains du ministre et des fonctionnaires.

    Maintenant, le/la DG du Centre de services scolaire est la seule personne autorisée à aller sur la place publique.Et le smembres figurants du CA, comme dans les CISSS et les CIUSSS, sont tenua à un devoir de *loyauté*!

    • Nadia Alexan - Abonnée 28 avril 2021 09 h 57

      C'est honteux de la part du gouvernement de faire taire toute critique de la gestion dans les hôpitaux. On a besoin d'une loi qui protège les lanceurs d'alerte.
      La raison pour laquelle nos services publics ne fonctionnent pas est simple, il faut que les employés partagent l'administration de chaque hôpital et de chaque service, comme le font d'ailleurs les pays scandinaves.
      Les travailleurs dans les pays scandinaves doivent faire partie de chaque conseil d'administration que ce soit public ou privé. Ça ne prend pas un génie en sciences pour comprendre que ce sont les travailleurs sur place qui connaissent les problèmes et leurs solutions. Écarter les employés du processus décisionnel relève d'une erreur monumentale.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2021 12 h 20

      Madame,

      Je diffère totalement d'opinion.Sur les CA de votre CISSS ou CIUSSS y siègent 5 personnes, soit 5 employés du réseau de la santé. Il y a eu, ces dernières années, 3 médecins au poste de ministre de la santé:Bolduc,Couiilard, Barrette. L'avant-derrnière, Mme McCann avait été recrutée par la CAQ comme gestionnaire en santé. M. Christian Dubé est en train de sauver la mise et ne venait pas du réseau de la santé.Pour gérer ces énormes boîtes, ça prend un gestionnaire bien entouré de gens du milieu, d'experts.

      Le DG de votre CISSS ou CIUSSS est entouré jusqu'au cou d'employés en santé. Comment il se fait que tous ces employés de la santé, ayant siégé sur ces organismes, n'ont pas vu à régler la question du manque de préposés, quand c'était le temps?

      Maintenant, chez les francophones, c'est le même mode de gestion avec les Centres de services scolaire: soit des boîtes où les gens qui y siègent font figure de * rubber stamps*.

      "Ca ne prend pas un génie" pour comprendre qu'on peut bien administer DES SERVICES PUBLICS avec des gens élus démocratiquement: MUNICIPALITÉ! Selon votre argumentation, il faudrait qu'il y ait des employés cols bleus, des cols blancs, des pompiers sur votre conseil municipal? Comme il y a des taxes municipales, ça prend des gens sans aucun lien comme employés pour y siéger; mais des gens qui s'entourent d'un bon DG, d'un bon chef des services publics.....etc. Et, SURTOUT, des gens qui ne sont pas liés par l'omerta comme en santé comme en éducation chez les francophones.

      Voyez notre ministre de l'Éducation, un prof. Le problème avec les CISSS, les CIUSSS et les Centres de servives scolaire:les gens qui y siègent font figure de figurants et n'ont pas le droit d'aller sur la place publique.

      J'ajoute que des employés, DANS DES SERVICES PUBLICS, qui siègent sur des CA peuvent se situer en situation d'apparence de conflits d'intérêts! Je m'ennuie de mon président de commission scolaire élu démocratiquement, comme mon maire; je m'ennuie de m

    • Nadia Alexan - Abonnée 28 avril 2021 13 h 37

      Vous vous contredisiez, monsieur Pierre Grandchamp. Même quand les administrateurs sont élus, ils essayent de cacher les réalités déplorables dans les CHSLD, les écoles et les hôpitaux pour blanchir les faits.
      Le fait qu'un administrateur soit élu ne change rien à sa volonté de cacher les bobos.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2021 14 h 26

      "ils essayent de cacher les réalités déplorables dans les CHSLD, les écoles et les hôpitaux pour blanchir les faits." PERSONNE N'EST ÉLU DÉMOCRATIQUEMENT dans ces boÎtes.Personne! ce qui est le contraire au municipal; ce qui était le contraire au scolaire, chez les francophones, avant la loi 40.

      Mme Alexan, comprenons-nous. Les gens qui siègent sur les CA des CISSS-CIUSSS, et maintenant les CSS(Centres Services scolaire) ne sont pas élus DÉMOCRATIQUEMENT, c'est-à-dire par la population. Ce sont des figurants nommés entre entre eux. Exemples: sur mon CISSS, il y a 2 médecins nommés par leurs pairs.

      Votre conseiller municipal et votre maire n'ont de comptes à rendre qu'à leurs électeurs.Et peuvent intervenir sur la place publique. Ce qui n'est pas le cas dans les boîtes contrôlées par les fonctionnaires que sont les CISSS, CIUSS et CSS.

      La seule personne autorisée à aller sur la place publique: le/la DG, soit un employé. COmment cette personne peut-elle aller sur la place publique contre sa propre gestion et contre son ministre.

      Exemple:au moment de la loi 21, la présidente de l'ex-commission scolaire de Montréal est intervenue sur la place publique pour manifester son désaccord. Ce fut très sain au plan démocratique; même si je n'étais pas d'accord.

      En ce qui concerne les écoles, nous payons des taxes scolaires: "no taxation without representation". En tout respect!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2021 17 h 03

      A Mme Alexan.

      Je ne me contredis pas. Je dis qu'il faut nuancer entre une organisation comme une municipalité ou une commission scolaire anglophone où les membres du CA sont élus par la population et où le porte parole est la personne occupant le poste de maire ou de président(commission scolaire). Dans ce cas, il est de beaucoup plus difficile de pratiquer l'omerta. A Montréal, par exemple, on voit régulièrement la mairesse sur la place publique, et non pas le/la DG. On voit, aussi, assez souvent, quelqu'un de l'opposition sur la place publique.é

      Alors que dans les CISSS, CIUSSS et CSS, personne n'est élu par la population et seule la personne occupant le poste de DG, personne employée et non élue, peut aller sur la place publique.Dans ces cas, les membres du CA sont coincés avec l'omerta.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2021 17 h 09

      "Écarter les employés du processus décisionnel relève d'une erreur monumentale.". Il vous faudrait dire cela à tous les conseils municipaux du Québec ainsi qu'aux anglophones avec leurs commissions scolaires. Je le répète: nous avons eu 4 ministres venant de la santé. Actuellement nous avons un prof à l'éducation.

      Nous avons encore des taxes scolaires! Quant à la santé, c'est différent! Mais, dans ces boîtes les dirigeants se noient d'employés autour d'eux.

  • Raynald Rouette - Abonné 28 avril 2021 09 h 10

    Nous ne faisons plus société!


    Voilà la principale raison du délabrement actuel de notre système de santé, de même que celui de l'éducation.

    Depuis plus de 25 ans, année après année, nous avons élus des gouvernements qui ont charcuté ces deux programmes issus de la social-démocratie et de belles années du PLQ et du PQ.

    Le PQ faisait le pont entre le capitalisme sauvage et le socialisme idéologique dans lesquels nous baignons aujourd'hui. Il ne faut pas se surprendre de l'ampleur du désastre accumulé depuis et assumer les conséquences de nos mauvais choix depuis 1995. Commen redresser la barre, si c'est encore possible...?

  • Marc Davignon - Abonné 28 avril 2021 10 h 05

    Que que fait la?

    Ce n'est qu'une manifestation de la <maladie> qui gruge le système de santé. Il faut chercher plus loin que l'observation des symptômes <superficiels>.

    Ce système (<ensemble des règles et des étapes à suivre dans le fonctionnement d’une entité abstraite> !!!) est aux prises avec les lacunes introduites par l'idéologie de la <nouvelle gestion publique>.

    On fait des écoles pour promouvoir avec ostentation, la gestion : les <hautes études commerciales> (HEC), <école des sciences de la gestion> (ESG).

    Vous pouvez ressentir la magnificence par l'utilisation du qualificatif <haute> associé au mot gestion, ou encore, comprendre qu'il y a là présence d'un ensemble cohérent de connaissances relatives à des faits ou des phénomènes obéissant à des lois et vérifiées par des méthodes expérimentales ... car la gestion est une science!

    Par cela, la gestion a préséance sur tout autre domaine de connaissance. Le gestionnaire sait ce qui doit être fait et comment le faire, ils sont transcendants et omniscients !

    Un symptôme de cela est la disparition du terme informatique et l'apparition de <technologie de l'information> (du papier et des crayons sont des technologies de l'information).

    Le domaine de l'informatique n'étant pas soumis à un regroupement <professionnel> (comme les médecins dans un hôpital puisque les médecins possèdent leurs propres groupes de gestion formés par leurs pairs).

    En informatique comme pour les autres services (buanderie, cafétéria, personnel soignant, <bio nettoyage>, etc.), les agences de placement n'attendent que cela : que le gestionnaire signe un contrat pour que la magie de l'opérationnalité puisse s'opérer. Vous êtes grand gestionnaire!

    N'oublions pas la pseudoscience qu'est le LEAN, l'AGILE (ou toute autre idéologie dominante ou à la mode). C'est ce qui fait <vibrer> le gestionnaire de la nouvelle gestion!

  • Christian Roy - Abonné 28 avril 2021 10 h 40

    Une fois que le feu est pris

    "Ce manque de personnel existait bien avant le début de la pandémie. Tous les acteurs de la santé ne cessent de le répéter depuis des décennies." - Jean Bottari

    Il en va du monde de la santé comme dans celui de la préservation de notre environnement naturel. Personne n'est prêt à gérer une catastrophe dont on dénie l'éventualité. Et une fois celle-ci arrivée, personne en autorité n'assume les conséquences des décisions prises dans l'urgence. Ainsi va la pensée magique de tout un peuple.

  • Marc Therrien - Abonné 28 avril 2021 18 h 32

    Qui dirige le réseau de la santé?

    Il se trouvera sûrement quelques gestionnaires qui vous répondront que ce sont les syndicats. Ça dépend du point de vue.

    Marc Therrien