Je suis inquiète pour mes patients

«Je m’inquiète pour mes patients qui travaillent dans nos écoles, nos bureaux et nos usines, car le Québec n’impose pas les normes de ventilation reconnues contre la COVID-19», écrit l'autrice.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Je m’inquiète pour mes patients qui travaillent dans nos écoles, nos bureaux et nos usines, car le Québec n’impose pas les normes de ventilation reconnues contre la COVID-19», écrit l'autrice.

Je ne suis qu’un médecin de famille, pas une experte. Mais je suis suffisamment inquiète de la COVID-19 pour prendre la parole au nom de mes patients. Je lis depuis des mois les avis unanimes d’experts sur l’importance de la ventilation dans les espaces fermés (lieux de travail, loisirs, scolaires) : la ventilation est la mesure principale, celle qui rend les autres mesures efficaces (masques, distanciation). Sans elle, la COVID-19 flotte dans l’air de la pièce et circule même par les conduits de ventilation. Elle a contaminé plusieurs de mes patients. Je suis très inquiète pour eux.

Personne ne leur dit d’ouvrir leurs fenêtres lorsqu’ils doivent recevoir quelqu’un (le plombier, l’intervenant social, la gardienne, le proche aidant). Personne ne leur dit d’éviter de manger et de boire en présence de visiteurs, pour garder le masque en tout temps. Personne ne leur dit de se raser de près, que certains masques seraient plus confortables pour eux et que des masques filtrent mieux (KN 95), faciles à acheter en ligne. Personne ne leur dit de trouver « son masque », celui qui s’ajuste à notre visage comme un vêtement, sans glisser ni faire mal. Personne ne les conseille sur la buée dans leurs lunettes, qui les force à abaisser le masque au travail et à s’exposer. On ne leur dit même pas que ce virus se transmet 20 fois moins dehors, comparé à l’intérieur.

Je m’inquiète pour mes patients qui travaillent dans nos écoles, nos bureaux et nos usines, car le Québec n’impose pas les normes de ventilation reconnues contre la COVID-19 (6 à 8 changements d’air/heure, filtres « HEPA »). On n’exige pas des propriétaires et des entrepreneurs québécois qu’ils installent des capteurs de CO2 dans toutes les vitrines de leurs commerces et espaces de travail, capteurs qui aviseraient mes patients lorsque le seuil dangereux de 800-1000 ppm serait dépassé. Je suis inquiète pour mes patients qui consultent en clinique, en CLSC ou en hôpital, car je ne sais pas si la ventilation y est sécuritaire.

Mon patient Robert, enseignant, cache son infection par peur d’être blâmé puisque le discours public actuel critique les victimes, alors que 80 % des contaminations québécoises surviennent dans des milieux scolaires et des milieux de travail majoritairement mal ventilés. Marie, mère de famille de 41 ans, fut contaminée par son fils possiblement par l’école : elle fait partie des statistiques gouvernementales de contamination non scolaire (son fils n’a jamais été symptomatique). Elle fait surtout partie du groupe statistique des personnes « guéries », alors que, depuis 11 mois, elle est trop épuisée pour travailler. Un autre de mes patients, Georges, 52 ans, joueur de hockey en forme, adorait son travail en comptabilité (dans un édifice scellé, sans fenêtres qui ouvrent) : depuis 8 mois, il s’essouffle à marcher dans sa cuisine.

Les variants de la COVID-19 sont de toute évidence plus contagieux par voie aérienne. Plus agressifs, ils s’attaquent à de jeunes adultes qui risquent d’y laisser leur santé : il y a urgence d’ordonner la ventilation de tous nos édifices. Sinon, je serai encore inquiète pour mes patients, même vaccinés.

12 commentaires
  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 27 avril 2021 07 h 40

    Elle n'est pas une experte

    Comme elle dit. Une inquiète. Cela ne l'empêche pas de passer de cette inquiétude bien légitime à l'affirmation péremptoire de « l'évidence » concernant les modes de transmission et pis encore eu égard à la salubrité des lieux où elle présume que « ses » patients ont été contaminés. On a beau dire que la médecine est un art, cela ne lui confère pas d'emblée un sceau de fiabilité que la science ne revendique toujours pas.

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 27 avril 2021 08 h 29

      C'est le genre de situations - menace importante - où le "gut feeling" (l'intelligence des tripes!) mérite, et pleinement, d'être entendu!

      Déjà entendu parler des "trois cerveaux"? Même les plus incrédules, aujourd'hui, doivent reconnaître le phénomène.
      (Autrement, ça sert à quoi, dites-moi, de continuer d'investiguer et d'apprendre?)

      Bonne journée!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 27 avril 2021 12 h 03

      Votre réplique comme bien d'autres commentaires nous confinent à une fausse alternative qui n'est pas du tout forcée. Le discernement, vous savez...

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 27 avril 2021 08 h 10

    Il était temps!

    Merci pour ce témoin rouge qui clignote! Ça manquait; et tellement! Il était temps que quelqu'un (de pleinement crédible) le fasse! Il en faudrait des dizaines de semblables bons gros coups de gueule et de poing sur la table!

    On nous serine ad nauseam de tout laver - y inclus les fruits et légumes ramenés de l'épicerie - alors qu'il est maintenant clairement établi qu'il ne marche, ne court ni ne rampe, ce virus: IL PLANE!

    Mes hommages!

    https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2021/04/end-hygiene-theater/618576/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=atlantic-daily-newsletter&utm_content=20210416&silverid=%25%25RECIPIENT_ID%25%25&utm_term=The%20Atlantic%20Daily&fbclid=IwAR3XmrN-FM_jUEXDL7ML22CCIsu-DXGlnHHMyrPjtWmKYXn3U1PDpexY1gI


    https://www.thelancet.com/journals/laninf/article/PIIS1473-3099(20)30561-2/fulltext?fbclid=IwAR2YpfejGBQqyGXTfEGi7Vaiu1t36lBMrNHZmG4d_GHgQwXGQeMAfJySEKg

  • Bernard LEIFFET - Abonné 27 avril 2021 08 h 45

    Bravo madame Dechêne d'exprimer tout haut votre inquiétude face à vos patients!

    Pendant qu'on nous abreuve des mêmes consignes depuis des mois à la TV, le gouvernement fait la sourde oreille à ceux et à celes qui dénoncent les situations anormales à l'intérieur des bâtiments. La salubrité est pourtant l'enjeu qu'il faut mettre de l'avant! Plus je lis de tels propos, sans oublier tout ce qui se trame en arrière-plan, dans les coulisses de ce gouvernement qui tente de bailonner tout employé d'un ministère, plus je me demande quelles sont les visées de François Legault qui apparaît de plus en plus retranché dans sa bulle avec tous les événements tant internes qu'externes qui défilent au sein de son cabinet de ministres!
    À la force de tirer l'élastique et dechanger d'humeur trop promptement, le pragmatisme d'hier n'a plus sa place puisque le rationnel devient irrationnel peu temps après. Bref, c'est le doute, celui que connaît tout être humain qui ne veut pas se laisser conduire comme un enfant! Évidemment, quand on assiste à des scènes aussi dramatiques qu'en Inde, on ne peut que partager ici la crainte de tout médecin pour ses patients, en sachant que de nombreux locaux, comme les salles de classe, sont mal aérés, comme d'habitude pour sauver de la piastre en chauffage! Cependant, dans les bureaux des administrations, l'ouverture des fenêtres ne pose pas de problèmes, bref, nous vivons dans une société inégalitaire tout azimut, celle du monde des affares!

  • Benoit Gaboury - Abonné 27 avril 2021 09 h 17

    Excellent article, Madame. Votre témoignage en recoupe plusieurs autres qui vont dans le même sens, celui de la prudence.

  • Pierre Viens - Inscrit 27 avril 2021 09 h 32

    Science vs gros bon sens

    Elle parle sûrement le gros bon sens qui devrait inspirer aussi la Santé publique. Imaginez une pièce enfumée: est-ce que ça prend la Science pour ouvrir les fenêtres? Essayez ça, c'est très efficace... avec des parfums de printemps en plus pour le même prix.

    Pierre Viens MD
    Médecin de famille,
    Ex-scientifique