Ça suffit, réformons le mode de scrutin

«Dans notre système électoral actuel, un libéral à Matane et un péquiste à Saint-Laurent sentent que leur vote ne sert à rien. De même pour ceux qui votent pour de plus petits partis», soulignent les auteurs.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Dans notre système électoral actuel, un libéral à Matane et un péquiste à Saint-Laurent sentent que leur vote ne sert à rien. De même pour ceux qui votent pour de plus petits partis», soulignent les auteurs.

« Au-delà des petits gains qu’on peut faire à court terme […] , ce qui est important au Québec, c’est de retrouver la confiance, de retrouver la fierté, de recommencer à faire avancer le Québec », affirmait François Legault en 2018 lors d’une entente signée entre quatre partis pour s’engager à faire la réforme de mode de scrutin. Nous sommes parfaitement d’accord avec lui. Cependant, ces belles intentions sont sur le point d’être scandaleusement sacrifiées pour des gains politiques.

Comment ne pas être cynique quand cette réforme nous a été promise puis abandonnée au provincial en 1984, en 2004 ainsi qu’au fédéral en 2015 ? Est-ce que l’entente historique de 2018 débouchera également sur une promesse vide ?

Nous venons de subir deux volte-face. À son arrivée au pouvoir, plutôt que d’adopter la réforme, la CAQ a choisi de soumettre la question par référendum en… 2022. Et le 15 avril dernier, on apprenait que même cette option était menacée. C’est la faute de la pandémie, semble-t-il. Celle-ci n’a pourtant pas empêché le cheminement d’une foule d’autres projets. Pourquoi abandonner celui-ci ?

Près de 70 % des Québécois exigent une telle réforme, selon un récent article du Devoir. Elle est centrale pour renforcer notre démocratie.

Dans notre système électoral actuel, un libéral à Matane et un péquiste à Saint-Laurent sentent que leur vote ne sert à rien. De même pour ceux qui votent pour de plus petits partis. Ce modèle a aussi comme important défaut d’encourager le vote stratégique plutôt que le vote par convictions.

L’option qui rallie le plus au Québec est celle du modèle proportionnel mixte compensatoire. Legault disait justement d’un modèle mixte qu’il « aide à ce qu’on travaille davantage ensemble, pour qu’il n’y ait pas un gouvernement élu par une minorité qui prenne des décisions pour une majorité ». Voilà une des plus belles répercussions de cette réforme, dont on entend parler moins souvent.

En effet, puisque les gouvernements minoritaires y deviennent plus fréquents, cela oblige les partis à dialoguer, à s’entendre et même à faire des coalitions. On est ainsi moins dans une logique où le gouvernement décide et contrôle beaucoup trop tout, et les oppositions le confrontent. Ces discussions entre partis amènent aussi les citoyens à mieux comprendre les enjeux en cause. Un meilleur partage du pouvoir et l’apport constructif de différents points de vue, voilà d’énormes avantages dans l’intérêt du Québec. L’auriez-vous oublié, M. Legault ?

C’est sans compter tous les avantages concernant l’amélioration de la participation électorale ou la présence d’une députation plus diversifiée à l’Assemblée nationale. Bref, changer nos élections, c’est vraiment changer notre politique, à tous points de vue.

La CAQ a promis de changer le mode de scrutin en 2018 et ensuite de tenir un référendum lors de la prochaine élection. N’acceptons rien de moins que ce minimum ! Il faut absolument mettre la pression tout de suite. Par exemple, communiquer son désaccord à un élu de la CAQ.

Pour le bien de notre démocratie, n’attendons plus. Changeons notre système électoral.

5 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 23 avril 2021 05 h 05

    Modes de scrutin et intégrité du territoire

    Parmi les paramètres qui doivent orienter une réforme du mode de scrutin se trouve celui du maintien de l’unité de la Nation et de son territoire. Le mode de scrutin de type proportionnel est-il susceptible de faire obstacle ou, au contraire, de favoriser l’émergence de forces ou de partis politiques régionaux plutôt que nationaux, voire de partis religieux comme c’est actuellement le cas en Ontario?

    Il existe au Québec une nébuleuse de groupes ethniques, culturels, religieux, linguistiques, situés pour la plupart dans la partie ouest du territoire québécois. Cette région, très populeuse, jouxte une juridiction provinciale voisine, l’Ontario, où l’on trouve un univers culturel analogue susceptible d’exercer une force d’attraction culturelle, économique et politique déterminante en cas de changement fondamental du statut politique actuel du Québec.

    Qui plus est, l’immigration massive à Montréal et dans l’Outaouais aura comme résultat qu’en cas de référendum portant sur l’indépendance du Québec, une partie de la population de la région métropolitaine ainsi que de l’Outaouais fera connaître bruyamment sa ferme volonté de continuer à faire partie du Canada plutôt que de poursuivre dans un Québec indépendant. L’expérience du programme des commandites, qui n’était pourtant qu’un volet d’une stratégie beaucoup plus vaste, enseigne qu’Ottawa appuierait de toute sa force un tel courant sécessionniste.

    Une volonté de rattachement d’une région présentement québécoise au reste du Canada pourrait alors être exprimée vigoureusement, démocratiquement et internationalement par un parti politique à base régionale. Et on peut compter sur Ottawa pour s’assurer militairement de la stabilité des frontières d’une nouvelle et vibrante «Province of Montreal». D’où l’importance, pour un mode de scrutin, de ne pas ouvrir la porte ou favoriser l’émergence de quelque parti politique régional, ethnique ou religieux que ce soit dans l’avenir. Gouverner, c'est prévoir.

  • Cyril Dionne - Abonné 23 avril 2021 08 h 16

    Refaire la décoration intérieure électorale de la petite chaloupe québécoise

    Bon, il y en a qui veulent refaire la décoration intérieure électorale de la petite chaloupe québécoise. Oui, on doit se baser seulement sur un article du Devoir qui nous parle de 70 % de support pour une réforme électorale. On aurait pu au moins mentionner son titre afin de pouvoir le lire cet article. Nous, on aimerait beaucoup avoir un référendum sur la question parce que la plupart des gens n’en veulent pas de cette réforme. Ils ont essayé cela en Colombie-Britannique et plus de 61 % ont voté pour maintenir le statu quo. Au Québec, on risque d’obtenir bien plus que 61 % de la population contre cette réforme proposée.

    Bon, on nous sert la proportionnel mixte compensatoire où beaucoup de gens non élus nous représentent, vous savez, les indécrottables. Oui, c’est très démocratique. Misère. Coudonc, on pensait qu’on avait le Sénat pour remplir cette fonction.

    Bon, on nous dit sans rire que les gouvernements minoritaires deviennent plus fréquents et que cela oblige les partis à dialoguer, à s’entendre et même à faire des coalitions. OK. Mais dans le système proposé, on pourrait avoir une très petite minorité détenir la balance du pouvoir et qui nous dicterait la marche à suivre sinon tout serait paralysé au pays. C’est à frémir que de penser de voir un parti de l’extrême gauche comme de l’extrême droite ou bien une coalition religieuse qui impose l’agenda du jour au 95 % et plus de la population québécoise.

    Enfin, si on veut des vrais changements, il serait bon de se départir de ce système de monarchie constitutionnelle où le chef suprême, politique et religieux de l’État, vit sur un autre continent. C’est un système républicain avec de véritables contre-pouvoirs qui est la marche à suivre. Pour le reste, c’est de l’aménagement intérieur d’une petite chaloupe. Québec solidaire en parle à répétition.

    • Marc-André Ouellette - Abonné 23 avril 2021 12 h 09

      Vous amenez des préoccupations valables. D'autres pays se sont dotés de règles pour éviter que leur gouvernement soit composé de partis extrémistes avec un très faible taux de participation des citoyens. Ces mesures et bien d'autres doivent être intégrés dans la réflexion et que les bénéfices pour la province d'une telle réforme soit largement supérieur aux risques et inconvénients. Je vous invite à feuilleter notre essai ''Raviver la Démocratie'' car on creuse un peu plus la question sans se cacher des effets négatifs. On ne peut pas tout mettre dans une lettre ouverte... Vous avez raison d'amener l'idée d'un système républicain. Loin d'être évident, mais pertinent aussi.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 avril 2021 14 h 25

      M. Ouelette, je sais que les gens sont bien intentionnés dans cette lettre. Même s’ils sont passionnés, eh bien, ils ne convainquent pas beaucoup de monde et ils ne voient pas les pièges d’une telle proposition dans une monarchie constitutionnelle.

      Se doter de règles pour éviter que le gouvernement soit composé de petits partis, qu'ils soient extrémistes ou pas, est anti-démocratique.

      Dans le présent système, ces petits partis n’ont aucune incidence sur la bonne marche de la gouvernance d’un pays et sur la majorité de la population. On le voit au Québec avec Québec solidaire; ils sont insignifiants quant à formulation des lois en vigueur et la loi 21 qu’ils opposent tout en se disant pour la laïcité. Dans votre proposition, ce serait le cas contraire. Ce parti pourrait, avec une poignée de votes, prendre en otage toute la population du Québec si leurs conditions ne seraient pas rencontrées. Ici, on n’a pas parlé encore des « indécrottables », vous savez les gens non élus, qui pourraient nous représenter dans notre comté respectif.

      Vous viendrez nous parlez lorsque ce sera pour un système républicain hors des coffins d’une « canadian constitution » qui nous étouffe judiciairement, linguistiquement et économiquement. Là, je serai avec vous à 100 %.

      En passant, en 1933, nos joyeux lurons du Parti national-socialiste des travailleurs allemands avaient pris le pouvoir grâce justement à une proportionnelle mixte compensatoire. Le reste, eh bien, c’est l’histoire.

  • Gilles Théberge - Abonné 23 avril 2021 10 h 08

    Ça prendrait un certain courage et un esprit d'abnégation certain, pour mettre les intérêts collectifs du peuple Québécois au devant des intérêts individuels.

    Je ne crois pas que le premier ministre du Québec François Legault possède ces qualités autrement qu'à la marge.

    Quant on voit comment il défend notre langue, pensez-vous que cet homme défendra des intérêts supérieurs et pratiquement intangibles ? Surtout qu'ils lui demanderaient probablement de faire une croix sur une partie de son caucus... ?