Le français, langue commune pour les grandes villes du Québec

«Lorsqu’il n’y a qu’une langue commune dans l’espace public, ce sont tous les éléments de l’écosystème qui affirment que cette langue est prestigieuse et qu’elle est celle de l’enrichissement et de l’avenir», affirme l'autrice.
Photo: Jason Paris Creative Commons «Lorsqu’il n’y a qu’une langue commune dans l’espace public, ce sont tous les éléments de l’écosystème qui affirment que cette langue est prestigieuse et qu’elle est celle de l’enrichissement et de l’avenir», affirme l'autrice.

Le déclin de la langue française au Québec est un phénomène documenté et démontré depuis fort longtemps. Pourtant, des élus de Longueuil et d’autres grandes villes du Québec semblent vouloir ignorer cette situation alarmante. Afin d’inverser cette tendance qui s’accélère, il est impératif d’agir sur tous les éléments de l’écosystème linguistique pour que le français retrouve sa vitalité d’autrefois. La version originale de la loi 101 imposait l’unilinguisme français en matière d’affichage et de justice, obligeait les enfants d’immigrants et les francophones à fréquenter les institutions primaires et secondaires de langue française, agissait sur la langue du travail et des affaires et dictait la langue qui devait être utilisée par le gouvernement du Québec et par les municipalités. En agissant sur tous les fronts, la Charte de la langue française devait faire en sorte que le français devienne et demeure la langue commune dans l’espace public, tout comme l’anglais est la langue commune à Toronto, Calgary, Edmonton ou Vancouver.

Lorsqu’il n’y a qu’une langue commune dans l’espace public, ce sont tous les éléments de l’écosystème qui affirment que cette langue est prestigieuse et qu’elle est celle de l’enrichissement et de l’avenir. Dès lors, les locuteurs dont la langue maternelle est autre que la langue commune de l’espace public en viennent à utiliser cette langue à la maison. Au moment où un individu agit de la sorte, il fait ce qu’appellent les démographes un transfert linguistique. En d’autres termes, il s’assimile. Au Canada anglais, 99 % des allophones qui font un transfert linguistique le font vers l’anglais. Au Québec, seulement 55 % des allophones qui font un transfert linguistique le font vers le français. Comme il y a neuf francophones pour un anglophone au Québec, il faudrait, pour maintenir le poids relatif du français, que 90 % des transferts linguistiques se fassent vers le français. Nous sommes bien loin du compte !

La ministre Mélanie Joly a promis que le gouvernement Trudeau agirait afin d’inverser l’anglicisation actuelle du Québec. Le ministre Simon Jolin-Barrette, quant à lui, affirme depuis plusieurs mois que des mesures costaudes seront adoptées par le gouvernement du Québec et que la Charte de la langue française sera complètement révisée et adaptée à la réalité actuelle. L’un des éléments phares de la nouvelle mouture de la loi 101 devrait être, à mon avis, l’exemplarité de l’État en matière linguistique. L’exemplarité linguistique pour un gouvernement se décline par l’entremise de la langue utilisée par les employés de l’État lors des interactions directes à l’oral et à l’écrit avec les citoyens ou encore par la langue des communications numériques utilisée pour transmettre de l’information. Si tous les échanges entre l’État et ses citoyens se font en français, alors sa position ne suppose aucune ambiguïté pour les nouveaux arrivants : la langue commune de l’espace public est le français.

Malheureusement, à Longueuil, comme dans d’autres municipalités de langue française, certains élus sont en faveur d’assouplissements linguistiques. Les principaux arguments de cette position sont l’ouverture sur le monde et l’accessibilité universelle à l’information diffusée par une ville pour ses citoyens. Conséquemment, les villes qui reçoivent année après année un nombre grandissant de nouveaux arrivants se voient contraintes de ne pas imposer le français comme langue commune. À titre d’exemple, des partis politiques municipaux vont même jusqu’à publier une version anglaise de tous leurs communiqués. Ce que ces élus disent tout haut à ceux qui n’ont pas le français comme langue d’usage : « There is no need to learn French ! Keep using English ! »

À titre de mairesse de Longueuil, j’affirme haut et fort que notre ville doit désormais être exemplaire en matière de langue si l’on veut participer, avec les gouvernements du Québec et du Canada, au grand effort collectif afin de faire du français la seule véritable langue commune de l’espace public et d’endiguer l’anglicisation en cours. J’interpelle mes collègues des grandes villes du Québec, à savoir Montréal, Québec, Laval, Gatineau, Trois-Rivières et Sherbrooke à faire de leur ville une ville exemplaire en se positionnant fièrement et de manière intransigeante en faveur de la protection de la langue française.

6 commentaires
  • Hélène Dumais - Abonnée 22 avril 2021 09 h 22

    une opinion courageuse

    Mme Parent dénonce ici l'importance démesurée de l'anglais dans des communautés francophones où vivent une minorité anglophone, et la difficulté d'y maintenir le français dans les communications de ces municipalités dont la Ville de Longueuil, où, par exemple, un président d'Arrondissement s'acharne à traduire systématiquement en anglais tous ses propos exprimés dans notre langue lors des séances du Conseil de Ville de Longueuil, au mépris de la très forte majorité francophone habitant cette ville. L'Arrondissement de 17,000 personnes q jouit encore d'un statut bilingue, alors que sa population anglophone ne représente plus que 30% , alors que cette dernère devrait composer 50% de la population totale pour avoir droit au statut bilingue. Malgré les protestations d'une poignée de citoyens et d'élus, la situation perdure, la plupart des élus et citoyens se réfugiant dans un silence gêné.

  • Monique Bisson - Abonné 22 avril 2021 11 h 06

    Bravo et merci Madame Parent!

    Votre texte est d'une justesse incontournable. Puissiez-vous être comprises par vos collègues.

    Je vous reviens un peu plus tard pour commenter davantage votre nécessaire position.

    Monique Bisson, Gatineau

  • André Gignac - Abonné 22 avril 2021 12 h 43

    Une seule langue au Québec...

    Le français devrait être la seule langue officielle ou commune au Québec mais ça prend un pays et malheureusement, nous ne l'avons pas encore. Tant que nous continuerons à vivre au Canada, le multiculturalisme s'imposera et nous disparaîtrons à petit feu. Tout ce que Legault peut faire, c'est du maquillage et du colmatage en attendant que la cour suprême intervienne pour protéger la minorité du West Island. Indépendance ou assimilation!
    André Gignac 22/4/21

  • Jean-François Vallée - Abonné 22 avril 2021 13 h 32

    Merci de lancer l'alerte !

    Merci madame Parent: votre texte est clair et éloquent. Si j'habitais Longueuil, je voterais pour vous ! :-)

  • Monique Bisson - Abonné 22 avril 2021 16 h 04

    L’exemplarité de l’État!

    Madame la Mairesse,

    Votre exposé est on ne peut plus limpide quant au rôle que doivent jouer les grandes villes du Québec pour l'avenir du français sur tout le territoire du Québec. En fait, vous fournissez au ministre Jolin-Barrette une des clés essentiels pour conserver un Québec français, soit l'exemplarité de l'État sur le plan linguistique. Et pour ce faire, les villes d'aujourd'hui et de demain ont un rôle primordial à jouer notamment parce que ce sont des institutions publiques de proximité.

    J'ose espérer, Madame Parent, que vous présenterez un mémoire lors des consultations publiques du ministre sur le projet de loi devant renforcer la Charte de la langue française. Vous avez beaucoup à dire et le gouvernement se doit de vous écouter. Puissent vos collègues se ranger derrière vous. Du moins, je suis convaincue que vous pourrez compter sur l'appui du maire de Gatineau, Maxime Pedneault-Jobin. Dans son livre, Passer de la ville à la cité, tous les ingrédients sont réunis pour « Faire place à la participation citoyenne », dynamique essentielle également en matière linguistique.

    Enfin, dans la nouvelle mouture de la Charte de la langue française le gouvernement ne pourra pas faire l'économie de la correction d'une réelle anomalie en retirant le statut de « ville bilingue » à des municipalités où 80, 87, ou pire encore, 93 % de la population francophone subit au quotidien les assauts de l'anglicisation sous le couvert des exceptions de la Charte.

    Au plaisir de vous lire,

    Monique Bisson, Gatineau