Il faut sauver l’Université Laurentienne

<p>«Ce ne sont pas les responsables de la direction qui en paient le prix quand la comptabilité universitaire déraille, mais toujours le personnel administratif (en très grande majorité des femmes), le corps enseignant, le corps étudiant et la communauté où rayonne l’université», croient les auteurs.</p>
 
Photo: TDixon16 Wikipedia

«Ce ne sont pas les responsables de la direction qui en paient le prix quand la comptabilité universitaire déraille, mais toujours le personnel administratif (en très grande majorité des femmes), le corps enseignant, le corps étudiant et la communauté où rayonne l’université», croient les auteurs.

 

Lettre à Mélanie Joly, députée et ministre fédérale du Développement économique et des Langues officielles.

C’est à titre de professeures et professeurs du Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) que nous vous interpellons au sujet de la situation catastrophique qui frappe présentement l’Université Laurentienne, à Sudbury, en Ontario, où 69 programmes ont soudainement été abolis, dont 28 en français.

Au début de février, la direction a placé l’Université sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (loi sur la faillite). Cela suspend de fait les protections syndicales et a permis de licencier une centaine de nos collègues, dont la plupart avaient leur permanence, qui n’auront droit à aucune indemnité de départ. C’est cette manœuvre qui a permis la fermeture de départements et de programmes entiers, dont celui de science politique. Cette catastrophe affectera non seulement nos collègues, dont nous sommes solidaires, mais également, et peut-être même plus durement, des agentes administratives, des chargés de cours et des générations d’étudiants.

Même si l’éducation demeure une compétence provinciale, vous avez vous-même exprimé vos préoccupations envers les problèmes de l’Université Laurentienne. Vous serez d’accord avec nous sur l’importance de l’enseignement en français à tous les niveaux pour le maintien et la vitalité des communautés francophones minoritaires, dont les situations sociale, économique et culturelle sont souvent très fragiles. D’ailleurs, le gouvernement fédéral verse déjà des millions de dollars à l’Université Laurentienne pour l’enseignement en français.

Enseignant nous-mêmes dans un établissement universitaire dont la mission d’origine comprenait l’accessibilité aux études supérieures des classes populaires francophones, nous nous sentons d’autant plus solidaires de la communauté de l’Université Laurentienne présentement sous le choc. Enseignant nous-mêmes dans un établissement appartenant au réseau provincial des Universités du Québec, nous connaissons l’importance des universités dans le développement social, économique et culturel des communautés éloignées des grands centres urbains, et encore plus quand ces communautés sont minoritaires. Enseignant en sciences sociales, nous connaissons la soif d’apprendre de nos étudiantes et de nos étudiants, y compris dans des disciplines qui ne semblent peut-être pas si « rentables » du point de vue de la logique comptable qui privilégie le béton aux dépens des humains.

À l’Université Laurentienne, le recteur justifie son choix par sa volonté « d’harmoniser davantage ses ressources financières » déstabilisées par l’aventurisme immobilier de ses prédécesseurs. Or, ce ne sont pas les responsables de la direction qui en paient le prix quand la comptabilité universitaire déraille, mais toujours le personnel administratif (en très grande majorité des femmes), le corps enseignant, le corps étudiant et la communauté où rayonne l’université. Le cas de la Laurentienne est encore plus tragique, quand on sait son importance et son influence si positive pour la communauté francophone du nord de l’Ontario.

Nous savons que le gouvernement fédéral a la possibilité d’intervenir en situation d’urgence, si seulement il en a la volonté et le courage. C’est une responsabilité politique qui vous incombe, en tant que ministre fédérale du Développement économique et des Langues officielles. Il est temps de sauver l’Université Laurentienne.

*Signataires : Jean-Pierre Beaud, Maude Benoit, Carole Clavier, Anne-Marie D’Aoust, Charles-Philippe David, Christian Deblock, Francis Dupuis-Déri, Julian Durazo-Herrmann, Alain-G. Gagnon, Frédérick Gagnon, Anne-Marie Gingras, Isabelle Gusse, Allison Harell, Nicolas Houde, Maya Jegen, Xavier Lafrance, Romain Lecler, Ting-Sheng Lin, Issiaka Mandé, Justin Massie, Paul May, Nora Nagels, Dan O’Meara, Geneviève Pagé, Caroline Patsias, Jean-Guy Prévost, Michèle Rioux, Vincent Romani.

5 commentaires
  • Colette Bérubé - Abonné 21 avril 2021 05 h 46

    L'Université laurentienne en déroute

    J'appuie totalement les signataires de cette lettre à la ministre Joly, responsable des Langues officielles au Canada, pour rétablir les programmes et les postes abolis à l'Université laurentienne. Des services éducatifs en français, à tous les niveaux scolaires, sont essentiels pour la survie et l'épanouissenent de toutes les communautés francophones hors Québec.
    Une rencontre a eu lieu hier entre la ministre Joly et la ministre Caroline Mulnorey, responsable des Affaires francophones en Ontario. Il est à espérer que cette dernière mettra tout son poids politique, en alliance avec son homologue fédérale, afin de se montrer digne de son héritage québécois d'où émergent une part de ses racines.
    Sous forme de métaphore, sauver l'Université laurentienne revient "à sauver le soldat Ryan" dans cette guerre de tranchées qu'est devenue la sauvegarde pleine et entière des organisations francophones hors Québec qui luttent pour leur survie depuis trop longtemps.
    Cette saga me ramène aux luttes acadiennes des années '60 au N.-B auxquelles participaient au front une branche paternelle. Elles mènent aujourd'hui à reprendre le combat pour des services en éducation, santé et services sociaux en français. Désespérant!!

    Colette Bérubé, Ph. D. Socio-andragogie
    Professeure d'université à la retraite

  • Cyril Dionne - Abonné 21 avril 2021 07 h 38

    Pourquoi?

    Bon. Il faut sauver le soldat Laurentien. OK.

    Mais avant de déchirer sa chemise, il faudrait prendre compte des faits. Sur les 69 programmes qui ont été abolis, il y en avait 41 qui étaient anglophones. Or, pourquoi a-t-on aboli ces programmes anglophones? C’est parce qu’il n’y avait pas assez d’étudiants. La situation est encore plus dramatique pour les programmes francophones. Ils sont vides d'étudiants.

    SVP, lâchez-nous avec les revendications syndicales. Est-ce que les contribuables doivent payer pour maintenir des écoles vides et des professeurs à ne rien faire?

    Bon, on en vient à l’importance de l’enseignement en français au niveau postsecondaire. Si les principaux intéressés, les francophones hors Québec, ne sont pas intéressés à poursuivre leurs études en français, cette communauté se fragilise d’elle-même. Si l’intérêt pour la Laurentienne ne vient pas de la communauté française du nord de l’Ontario ou de l'Ontario tout court, d’où viendra-t-il?

    Curieusement, la plupart des professeurs des programmes francophones de l’Université Laurentienne qui vont être licenciés bientôt sont des Québécois pure laine. Est-ce que nos professeurs québécois redoutent cet influx de talents qui reviendra au Québec? La compétition pour les postes est déjà féroce partout. Tous les signataires de cette lettre sont des professeurs d’université.

    Ceci dit, le Canada néocolonialiste et mondialiste de Mme Joly ne parle pas français. La loi fédérale sur le bilinguisme a toujours été un leurre. Le Québec a manqué son rendez-vous historique pour devenir une nation en 1995 et maintenant on récolte ce que les francophones hors Québec ont semé, la louisination de leur culture et de leur langue dans ce beau Canada de lord Durham et de Justin Trudeau. C'est le même Canada qui a participé à des guerres d’empire comme en Afghanistan pour instaurer de force un système démocratique, « nation building » et qui vole présentement des vaccins aux pays du tiers monde.

  • Marc Bourdeau - Abonné 21 avril 2021 08 h 51

    L'université du Québec en Ontario/Sudbury

    On a le campus de Longueuil de l'Université de Sherbrooke, le campus de Lévis de l'Uqàr... Pourquoi pas le campus Laurentien de l'université du Québec. Gérée du Québec, pour le Québec. Financé par le réseau des Universités du Québec, ou même un consortium des universités québécoises.

    De l'audace que diable!

    • Marc Bourdeau - Abonné 21 avril 2021 09 h 31

      J'oubliais le plus important: campus unilingue!

    • Cyril Dionne - Abonné 21 avril 2021 09 h 40

      L'université du Québec en Ontario/Sudbury pour avoir des Québécois venir étudier en Ontario? Ce phénomène est déjà présent en Ontario puisqu'on y retrouve beaucoup d'étudiants québécois dans les universités ontariennes, notamment à l'Université d'Ottawa et quelques-uns à Sudbury. Aussi, la plupart des professeurs dans les universités bilingues ontariennes sont des Québécois. 25% de tous les enseignants au primaire et secondaires des écoles françaises en Ontario sont des Québécois. Idem pour les enseignants des écoles d'immersion. Même le président de l’Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) est un Québécois.

      Dans tout cela, où sont les Franco-Ontariens? Ils sont où?

      Réponse simple. Ils sont assimilés. La bataille linguistique est maintenant au Québec, loi 101, version 2.0 oblige.