Les ruelles, trésors cachés de la ville

«À Montréal, à partir des années 1840-1870 jusqu’aux années 1940-1950, les ensembles d’habitations qui étaient construits comportaient des ruelles pour faciliter l’accès à l’arrière des logements», rappelle l'autrice.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «À Montréal, à partir des années 1840-1870 jusqu’aux années 1940-1950, les ensembles d’habitations qui étaient construits comportaient des ruelles pour faciliter l’accès à l’arrière des logements», rappelle l'autrice.

Le printemps est arrivé — nous avons le goût et le besoin de sortir. La neige a maintenant fondu dans toutes nos voies publiques, y compris les ruelles. Les parcs publics sont pris d’assaut, alors que les ruelles, curieusement, restent encore sous-visitées. Seraient-elles victimes de leur réputation d’espaces sales, délabrés, pleins de saletés ? À l’occasion d’un récent projet de maîtrise, je me suis penchée sur ces lieux pour mieux comprendre ce qu’elles ont à nous offrir.

À Montréal, à partir des années 1840-1870 jusqu’aux années 1940-1950, les ensembles d’habitations qui étaient construits comportaient des ruelles pour faciliter l’accès à l’arrière des logements. On les utilisait aussi pour laisser les déchets et autres restants de la vie quotidienne. Autour des années 1980-1990, la collecte des déchets s’est déplacée dans les rues et, depuis, des projets d’embellissement des ruelles se sont succédé pour les rendre accueillantes.

Depuis très longtemps j’aime m’y promener, d’abord pour la grande tranquillité qu’elles nous offrent. Contrairement aux parcs, on y croise peu d’êtres vivants, la plupart du temps plus des êtres ailés et bondissants que de bipèdes. Lorsqu’on croise des humains en promenade, on se croirait dans un sentier de randonnée, presque obligés de se saluer tant l’occasion est rare. Les véhicules occasionnels s’y déplacent lentement, cèdent le passage… On y trouve un civisme qu’on pensait perdu à jamais.

Le fond sonore, si on le compare à celui de n’importe quelle rue, est considérablement plus calme. Le contraste est encore plus remarquable avec les artères : les ruelles qui les longent nous transportent dans un paysage sonore presque hors du temps. On entend le vent dans les branches : les oiseaux le dominent la plupart du temps ; à moins que ce ne soient les cris des enfants qui y jouent parfois.

Les aménagements, moins officiels que ceux des rues, ont un petit côté anarchique et hétéroclite qui crée une atmosphère de liberté. Bien que les Montréalais soignent de plus en plus leurs arrière-cours, la détente est généralement la priorité ; parfois les usages priment (cordes à linge, bricolage, jardinage), en toute simplicité ; c’est souvent le royaume d’aménagements pour les enfants, les plantes… Le tout dans une atmosphère de quasi-campagne, où la nature est souvent moins contrôlée et prend parfois le dessus : arbres et arbustes « mangent » des clôtures laissées sans surveillance ; les plantes généreuses débordent des clôtures et des lignes de terrain. En été, la lumière et l’ombre alternent, et la fraîcheur y est bien souvent présente.

C’est aussi le terrain d’échanges détendus entre enfants et voisins. Et les piétons, lorsqu’ils marchent, peuvent se déplacer à plusieurs de front, non contraints par la largeur des trottoirs et le passage d’autres groupes de marcheurs.

La saleté ? Chaque année, de mars à novembre, de plus en plus de riverains (délicieuse expression désignant les gens dont les maisons bordent une voie) organisent le nettoyage de leurs ruelles. « En 2019, 788 corvées ont rassemblé près de 34 500 participants de tous âges. » De plus en plus de gens le font. Certains vont même plus loin avec les projets de « ruelle verte », créant des espaces vivants et accueillants. Mais même lorsqu’elles ne sont pas décorées, les ruelles ont plein de petites découvertes à proposer, sans prétention.

Nous avons ainsi accès à des parcs linéaires faciles d’accès, parsemés dans plusieurs quartiers. Plusieurs ruelles, plus étroites, font penser à des petites villes européennes. En y marchant, on découvre une autre facette urbaine, comme si nous étions des touristes dans notre propre ville. En y pédalant, on n’a pas à se préoccuper de sa sécurité, seulement un peu de vigilance à l’égard des rares piétons ou chats qu’on croise. En les utilisant, on allège la densité des parcs et rues, très sollicités en ces temps de pandémie, alors que la promenade est si essentielle à notre équilibre…

Pourquoi ne pas en profiter ?

4 commentaires
  • Pierre Boucher - Inscrit 12 avril 2021 03 h 57

    À préserver

    Le concept de ruelle viendrait des Britanniques pour faciliter des services publiques.
    J'ai grandi et joué dans les ruelles de Villeray.
    De petits trésors que ces ruelles, surtout pour les enfants.
    On y trouve même des soirées voisinage.
    La ruelle ressemble à un micro village.

  • Jacques Talbot - Abonné 12 avril 2021 10 h 28

    Les ruelles.

    Mme Lebeuf,merci pour ce petit rappel. J'ai bien hâte que l'après COVID nous permette d'aller s'y promener. J. Talbot.

    • Claude Lebeuf - Abonnée 12 avril 2021 13 h 59

      Vous avez bien raison, monsieur Boucher.
      Ainsi la plupart des lieux où sont passés les Britanniques ont hérité de ces «back alleys» qui prolongent nos cours arrière...

    • Claude Lebeuf - Abonnée 12 avril 2021 14 h 01

      La beauté de la chose est qu'elles sont déjà disponibles, même en temps de pandémie.
      Le fait qu'il y ait si peu de gens les rend presque plus sécuritaires que les parcs...