Les débuts de la vaccination et l’éradication de la variole

Huile sur toile d’Ernest Board, représentant le docteur Edward Jenner effectuant sa première vaccination sur un enfant de 8 ans, en 1796.
Photo: Wellcome Collection Creative Commons Huile sur toile d’Ernest Board, représentant le docteur Edward Jenner effectuant sa première vaccination sur un enfant de 8 ans, en 1796.

Alors que les grandes campagnes de vaccination sont en cours et que cette mesure préventive suscite chez certains des craintes et des oppositions, il est utile de rappeler ses bienfaits historiques.

Les premières pratiques de vaccination remontent à la fin du XVIIIe siècle grâce notamment au Britannique Edward Jenner. Ce médecin de campagne, préoccupé par les nombreux cas de variole qui affectent ses patients, observe chez certains d’entre eux une forme moins sévère de cette maladie. Ils ont un point commun : ils pratiquent la traite des vaches, présentent des pustules sur les mains et semblent immunisés contre la variole humaine. Il comprend dès lors que cette immunité est issue de la variole des vaches qu’ils ont contractée, maladie bénigne chez l’homme. En 1796, il prélève du pus sur les mains d’une fermière, Sarah Nelmes, atteinte de la variole de la vache, et l’introduit dans les bras d’un petit garçon de 8 ans, James Phillipps. Il constate alors que l’enfant mis en contact avec la variole ne développe pas la maladie. Si Jenner n’est pas le premier à utiliser ce procédé, il demeure celui qui l’a popularisé grâce à ses publications. En effet, deux ans plus tard, il publie le résultat de ses observations et fait état de l’usage d’un « vaccin », issu du mot latin vacca (vache). C’est alors le début d’une nouvelle pratique préventive qui sera largement diffusée dans les décennies suivantes.

Cependant, le vaccin antivariolique, le seul du genre pendant plus de 80 ans, ne fait pas l’unanimité et suscite bien des résistances, tant auprès de la population que des médecins et des pouvoirs publics. Pis encore, les décrets qui rendent cette pratique obligatoire suscitent de mémorables émeutes, comme ce sera le cas au Québec en 1875 et en 1885 ou à Rio de Janeiro quelques années plus tard. On peut comprendre la crainte suscitée par une pratique préventive nouvelle, peu connue de la population, en une période où la production des vaccins antivarioliques n’est pas toujours faite dans les meilleures conditions sanitaires. Des infections croisées se produisent à l’occasion, ce qui n’améliore pas sa popularité. Du reste, l’information sur cette pratique préventive demeure lacunaire jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Les résistances sont donc variées, tant en Europe qu’en Amérique, illustrées entre autres par de nombreuses caricatures ou par des publications contre la vaccination telles que L’antivaccinateur canadien-français, publié en 1885 par le Dr Joseph Emery-Coderre, membre de l’élite médicale. Mais elles s’estompent peu à peu grâce à de grandes campagnes d’information et au développement de la bactériologie, particulièrement des pratiques de stérilisation, qui réduisent les risques de contamination. La population ne tarde pas à comprendre que les bénéfices de la vaccination l’emportent sur ces derniers.

Durant les deux premières décennies du XXe siècle, diverses mesures législatives rendent obligatoire la vaccination des nouveau-nés ainsi que des enfants d’âge scolaire et ordonnent la délivrance de certificats de vaccination. C’est ce que fait notamment l’État québécois, qui délègue ces pouvoirs aux municipalités. Se mettent donc en place, au fil des ans, des politiques de vaccination qui deviennent plus efficaces et protègent les enfants et les adultes de la variole. Dans les années 1930, on se rend compte que l’immunité de groupe défavorise la propagation du virus variolique.

À l’échelle internationale, les autorités sanitaires renforcent les campagnes de vaccination. En effet, la variole disparaît en Amérique du Nord en 1952 et en Europe, l’année suivante. Mais de nombreux pays demeurent affectés par cette terrible maladie. Aussi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui mise sur l’information et la distribution des vaccins, coordonne à partir de 1967 une immense entreprise, échelonnée sur plus d’une décennie, qui permet la première éradication d’une maladie infectieuse à l’échelle planétaire. En effet, le 8 mai 1980, l’Assemblée mondiale de la santé, qui est l’organe décisionnel de l’OMS, annonce que la variole est désormais disparue. Il s’agit là d’une des plus grandes réalisations en matière de santé publique. L’histoire va-t-elle se répéter ?

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