La préservation de la langue française au Québec est un enjeu collectif

«L’enjeu de la préservation de la langue française au Québec ne se résume pas à la possibilité qu’ont certains individus de choisir la langue d’éducation de leur choix, mais constitue bel et bien un enjeu collectif qui demande une perspective beaucoup plus large qu’un individualisme linguistique complètement démodé», estime l'auteur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «L’enjeu de la préservation de la langue française au Québec ne se résume pas à la possibilité qu’ont certains individus de choisir la langue d’éducation de leur choix, mais constitue bel et bien un enjeu collectif qui demande une perspective beaucoup plus large qu’un individualisme linguistique complètement démodé», estime l'auteur.

Le 30 mars 2021, Le Devoir diffusait une vidéo intitulée « La loi 101 est-elle injuste ? », dans laquelle un étudiant du collège Champlain de Saint-Lambert, Jérémy Girard, trouve « injustes pour les étudiants francophones qui veulent étudier en anglais » les dispositions de la loi 101 qui obligent ces étudiants à fréquenter les cégeps en français. Il est important de rappeler que la question de la langue est un enjeu collectif.

Même si, à lui seul, Jérémy Girard ne représente pas l’ensemble des jeunes sur la question de la langue, le discours véhiculé par l’étudiant est appuyé par une proportion de plus en plus grande de jeunes francophones voulant suivre leurs études postsecondaires en anglais. Il me semble inconcevable, à la suite de différentes publications récentes sur la langue française et la loi 101, que ce soit Frédéric Lacroix (Pourquoi la loi 101 est un échec), Charles Castonguay (Le français en chute libre : la nouvelle dynamique des langues) ou l’OQLF, de voir ce type de discours sur l’avenir de l’éducation et de la langue française. Le recul du français ne fait plus de doute depuis la dernière année, mais le débat sur la vilaine loi 101, qui empêche certains étudiants de poursuivre des études postsecondaires en anglais, se poursuit.

Pour Jérémy Girard, la loi 101 serait « injuste » pour les étudiants francophones qui ont « envie d’apprendre à parler anglais ». À cela s’ajoute le commentaire selon lequel « ce n’est pas parce qu’on veut apprendre l’anglais qu’on [ne] veut plus apprendre le français ». En plus de réduire le débat sur les études postsecondaires aux envies des francophones d’apprendre l’anglais, la deuxième affirmation témoigne d’un argumentaire simpliste. Aucun défenseur de la langue française n’argumente avec un tel discours, tandis que, dans les faits, les données statistiques réaffirment le penchant des diplômés des cégeps anglophones à travailler et à vivre en anglais. Selon l’analyse de l’IRFA (2010), « les francophones du cégep anglais sont nettement moins nombreux à parler le plus souvent français avec leurs amis (51,7 %) qu’à la maison (72,9 %) ». La même tendance s’observe dans l’utilisation du français comme langue de travail.

J’aimerais rappeler que l’enjeu de la préservation de la langue française au Québec ne se résume pas à la possibilité qu’ont certains individus de choisir la langue d’éducation de leur choix, mais constitue bel et bien un enjeu collectif qui demande une perspective beaucoup plus large qu’un individualisme linguistique complètement démodé. Lorsque les gouvernements et les institutions agissent pour la protection d’une langue, ils ne le font pas pour un agrégat d’individus plus ou moins concernés, mais bien pour la protection d’un bien collectif, d’une langue commune.

Jérémy Girard propose même une formule 70 %-30 % (français-anglais) dans nos écoles primaires et secondaires dans l’apprentissage des matières au programme. Comment ne pas voir, avec le statut minoritaire du Québec, que cette proportion d’aujourd’hui sera reconduite à des demandes de parité 50 %-50 % dans les revendications de demain ? Plus tard, 30 %-70 % resteront aux quelques francophones qui resteront attachés au système d’éducation francophone et pour ainsi vivre notre américanité dans la seule langue légitime : l’anglais.

Si les propos de Jérémy Girard me semblent complètement déconnectés de la situation actuelle du français et de l’éducation au Québec, je suis obligé de lui donner raison sur le manque de visibilité des jeunes dans le débat sur la langue française et sur la loi 101. Néanmoins, les porteurs de ce discours devront constater que les jeunes (moi compris) qui s’investiront dans le débat ne vont pas nécessairement applaudir à la bilinguisation de notre système d’éducation, mais plutôt se lever pour lutter contre le déclin de plus en plus flagrant du français au Québec.

 

5 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 6 avril 2021 09 h 39

    Tant que l'anglais sera "winner"...

    Le français sera encore et toujours perdant. C'est pourtant simple à comprendre. Nous sommes paresseux, jaloux et envieux. Le moindre effort pour le plus de bruit. Il y a un demi siècle déjà, on s'inquiétait dans la chanson "Mommy" de Richer et Gélinas, de la vague "anglofun" qui déferlait sur nous: "Please tell me how in french my friends used to call me. Paule, Lise, Pierre, Jacques ou Louise, Groulx, Papineau, Gauthier, Fortin, Robicheau, Charbonneau. Mommy, how come it's not the same? Mommy what happen to my name?" Avant qu'il ne soit "too late" pour Jérémy Girard. "PLEASE", Jérémy...peux-tu comprendre?? Le français n'est pas seulement un moyen de communication. Le français c'est ce qui nous identifie, nous démarque et fait ce que nous sommes. Soyons fiers plutôt qu'envieux. Forts plutôt que paresseux. Faisons du français notre sève et notre matière première. Ainsi, en étant maître de celle-ci, il est beaucoup plus facile d'en apprendre une seconde et une troisième. Il faut aimer et chérir notre langue!! Sinon...il ne reste que la disparition.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 6 avril 2021 09 h 53

    Comme le bilinguisme canadien

    "Parler en anglais et se taire en français..."

  • François Beaulé - Inscrit 6 avril 2021 11 h 11

    La langue ne suffit pas à définir un idéal et un projet collectif

    L'auteur parle d'un « individualisme linguistique ». Cela n'existe pas. Le problème est l'individualisme tout court. Et il faut plus qu'une langue pour donner un sens à une collectivité. Il faut aussi un idéal et des projets communs. Il n'est pas utile de réprimer par une loi l'individu qui choisit d'utiliser la langue anglaise pour communiquer ou pour étudier, particulièrement quand il est adulte.

    Si nous, les Québécois francophones, voulont survivre comme société distincte du reste de l'Amérique du Nord, il nous faut cultiver un idéal et nous donner un projet politique autre que le libéralisme. Puisque celui-ci est antisocial. Cela ne peut pas reposer sur l'imposition de la langue française par une loi répressive. Toute répression de la liberté d'expression dans la langue de son choix est à proscrire.

    Rappelons que René Lévesque s'est absenté de l'Assemblée nationale lors du vote sur la loi 101. Il n'a donc jamais voté en faveur de cette loi.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 6 avril 2021 14 h 31

      "Cela ne peut pas reposer sur l'imposition de la langue française par une loi répressive." Bien sûr que non M. Beaulé!! De toute façon, comment pouvons-nous imposer quelque chose que nous nous efforçons d'oublier en disant tout bêtement: "Je me souviens "?? Avant d'imposer quelque chose, encore faut-il POSSÉDER cette chose. La langue française est en danger, particulièrement en Amérique. Il n'en tient qu'à nous de la sauver et de lui redonner vie...ou d'être complices de son oubli et de sa mort.

  • Claude Froment - Abonné 6 avril 2021 15 h 00

    peuple sans échine ?

    Les Québécois serait-ils un peuple sans échine ? Si tu n'as pas la fierté de ta langue, tu es sans échine.
    Si tu n'est pas capable de te respecter toi même, comment penses-tu que tu seras respecté par les autres.
    La culture Québécoise et la langue nous viennent de nos ancêtres, qui se sont battu pour la conserver, malgré toute les manoeuvre des envahisseurs anglais. Notre culture est façonnée sur la diversité de nos ancêtres venus de France, même notre langue l'est par les divers jargons de ceux-ci. De nos jours c'est l'ensemble de nos voisins qui font oeuvre pour nous assimiler. Nous nous devons à nous même
    de résister aux fausses promesses et de nous lever pour protéger notre peuple. Si nous nous complaisons dans l'idée d'être bi-culturel, bilingue et autres chimères notre déclin sera pour nous et nos descendants sans solutions