Rien ne va plus en éducation

«Ce qu’il faut comprendre, c’est que le bien-être des élèves est tributaire d’une bonne santé mentale chez les enseignants et les intervenants scolaires», écrit l'autrice.
Photo: Jean-Francois Badias Associated Press «Ce qu’il faut comprendre, c’est que le bien-être des élèves est tributaire d’une bonne santé mentale chez les enseignants et les intervenants scolaires», écrit l'autrice.

Le Rendez-vous de la réussite éducative organisé par le ministère de l’Éducation n’a pas créé l’engouement attendu. Il a même été qualifié, par certains groupes, de mascarade pour tenter de hausser la popularité du ministre qui défaille. Bref, il semble que la confiance soit grandement ébranlée.

On se demande s’il y aura une réelle écoute des intervenants invités à ces tables où l’on a abordé des thèmes cruciaux, entre autres la santé mentale et le bien-être à l’école. La décision de tenir ces consultations à huis clos est fort étonnante d’ailleurs, les débats d’idées publics constituant un moyen sain d’entendre une diversité de points de vue sur un sujet aussi important que la réussite éducative. Ce qui est tout aussi surprenant, c’est que, parmi une multitude d’associations invitées, il semble que peu de chercheurs en sciences de l’éducation aient été présents. S’ils y étaient, ils ont été très discrets. L’objectif consistait à s’entendre sur une vision commune pour assurer la persévérance et la réussite des élèves afin d’élaborer un plan d’action. Leur participation n’aurait-elle pas enrichi davantage les réflexions ?

Je ne suis pas pessimiste de nature mais, malheureusement, les constats sont faits et rien ne va plus en éducation. La pandémie actuelle n’a fait qu’exacerber les maux d’un système qui était placé sous un respirateur artificiel depuis des décennies à la suite d’une maltraitance constante de la part de la classe politique. Les conséquences de cette gestion entrepreneuriale à coups de coupes budgétaires n’ont fait qu’aggraver graduellement la souffrance des élèves, des enseignants et des intervenants scolaires tout en dégradant les conditions d’exercice des professions en éducation. L’école est devenue un bien de consommation, au grand détriment de la collectivité.

Rien ne va plus en éducation parce qu’à force de focaliser uniquement sur les besoins des élèves, on met une pression constante sur les acteurs du système. Les décisions s’appuient souvent sur leur capacité d’adaptation et de faire tout avec rien dans un contexte de ressources déficientes qui contribue à leur épuisement psychologique.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le bien-être des élèves est tributaire d’une bonne santé mentale chez les enseignants et les intervenants scolaires. Pour tenter d’exercer un contrepoids à cette situation alarmante, on croit qu’intégrer le concept de bien-être dans les politiques éducatives pourrait être la panacée. C’est un leurre. Actuellement, on compte sur les doigts d’une main les chercheurs québécois comme moi qui se penchent spécifiquement sur le phénomène du bien-être en éducation.

Mettre en place un plan d’action pour favoriser le bien-être à l’école ne se règle pas seulement à l’aide d’une démarche par problème de laquelle ressortent des solutions alimentées par l’expérience du terrain. Les données scientifiques sont essentielles pour bien comprendre la complexité de ce concept afin d’entreprendre des interventions efficaces dans les écoles auprès du personnel et des élèves. Il faut amorcer un changement de culture institutionnelle axé sur une vision plus humaniste par l’entremise d’une réelle volonté de concertation dans les milieux où le bien-être est une préoccupation constante et quotidienne. Mais pour y arriver, il faut avant tout que nous valorisions et reconnaissions l’apport indispensable des professions de l’éducation dans notre société. Les valoriser et les reconnaître, c’est, entre autres, mettre en place les conditions de travail qui protègent leur santé mentale et leur bien-être afin qu’ils puissent exercer leur expertise. C’est rendre ces professions attrayantes pour la relève. C’est s’engager socialement dans une démarche où l’éducation est notre réelle priorité.

7 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 3 avril 2021 08 h 05

    La place d'un discours indépendant n'existe plus. Modèle de gestion en santé appliqué au scolaire, chez les francophones

    Le Devoir publiait, récemment, une lettre, signée notamment par un ancien président du Conseil supérieur de l’Éducation. « Un an après la fin des commissions scolaires, des constats s’imposent » https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/594722/libre-opinion-un-an-apres-la-fin-des-commissions-scolaires-des-constats-s-imposent

    "Le leurre del’autonomie en aura séduit plus d’un, mais la réalité se veut tout autre : les centres de services dépendent du ministre. On a hâte de connaître SA décision ; on craint SON changement de cap. On aimerait pouvoir installer des purificateurs d’air, mais on espère SA permission pour le faire. Faute d’autonomiedécisionnelle, nous avons eu droit à une organisation nationale uniforme. Les Îles-de-la-Madeleine et Parc-Extension dans le même bateau ! (...)

    "la disparition des comités exécutifs, la forte réduction du nombre de réunions des C.A. auront vite réduit au rang de murmure l’influence des conseils d’administration sur la réussite des élèves(….) C’est une chose d’abolir les élections scolaires telles qu’on les a connues pendant plus d’un siècle et demi, c’en est une autre de créer des CA muets et sans pouvoir."

    La seule personne du Centre de services scolaire autorisée à aller sur la place publique: la personne occupant le poste de DG, soit un(e) employé(e). Comment cette personne peut-elle aller sur la place publique à l'encontre de son ministre?

  • Cyril Dionne - Abonné 3 avril 2021 10 h 30

    « Réussite : accession au dernier poste, c’est-à-dire au niveau d’incompétence » André Malraux

    Si rien ne va plus en éducation, alors pourquoi donc parler de grève? La solution ne se trouve certainement pas dans les antres des tours d’ivoire des sciences de l’éducation ou sur les terrains de piquetage. Pardieu, nous sommes encore en pleine pandémie et malgré cela, beaucoup d’élèves québécois ont pu aller à l’école. Ailleurs comme aux États-Unis, ce n’est certainement pas le cas. Mais on occulte ce fait pour parler du bien-être des élèves qui commence certainement à la maison. Les visions humanistes à l’école riment toujours avec le socioconstructivisme, cet apprentissage qui conjugue au dilemme cornélien du clair-obscur et est contradictoire dans son essence.

    On peut avoir tous les objectifs les plus nobles de la planète aujourd’hui en éducation, mais ceci n’effacera pas le fait que les élèves ont perdu en moyenne une année scolaire. Désolé, mais le rattrapage ce fera que si on entretient la possibilité que les apprenants devront faire une année d’extra pour remplir les exigences conformes à leur diplôme. Il n’y pas de recette magique en éducation et aucun plan d’action à court, moyen et long terme ne pourra remédier à cette situation à moins d’y consacrer le temps nécessaire.

    Enfin, est-ce qu’on peut arrêter de faire de la politique sur le dos des enfants en éducation? Tout le monde essaie de tirer la couverture de son côté et de garder leur empire intact en faisant fi de leur mission première qui sont les apprenants. En passant, toute réussite est relative et à géométrie variable dépendant du point de comparaison qu’on utilise. Comme le disait notre grand démocrate, Vladimir Poutine, « personne ne devrait épingler son espoir sur un miracle ».

    • Christian Roy - Abonné 3 avril 2021 18 h 56

      @ M. Dionne,

      Vous écrivez: "Les visions humanistes à l’école riment toujours avec le socioconstructivisme, cet apprentissage qui conjugue au dilemme cornélien du clair-obscur et est contradictoire dans son essence."

      Avec une telle définition, ne parlez-vous pas plutôt de sociodéconstructivisme ? Une question comme ça !

  • Patrick Dolmaire - Abonné 3 avril 2021 13 h 15

    L'éducation comme la santé ...

    Rien ne va plus en éducation ... publique et ce n'est pas seulement au Québec.
    L'école privée va beaucoup mieux grace entre autre aux subventions du public, même et surtout pendant la crise. La privatisation de l’éducation constitue une manne exceptionnelle pour combler l'avidité du capitalisme. C'est de plus l'école des riches. L'école publique par définition c'est l'école des pauvres, l'école des inégalités. Des ventilations adéquates, ça coute trop cher pour nos enfants. C'est exactement la même chose pour le système de santé. Les riches ou biens nantis n'ont aucun problème pour accéder rapidement à des soins de santé au Québec, à condition de payer. Ce ne sont pas nos affairistes du Gv, qui n'ont aucun problème pour mettre leurs enfants à l'école privée et à se faire soigner dans le privé, qui vont changer les choses. Au contraire, pour eux l'éducation et la santé ne sont que des dépenses qu'il faut compresser pour faire de la place au privé, car le besoin lui ne peut disparaître.
    N'est-ce pas cette chambre de commerce aux allures de gouvernement qui est prête à tout pour créer des jobs payantes à 100 000$ ... avec l'argent de nos impôts. Enrichir certains en déplaçant des jobs des missions essentielles de l'état vers le privé, ce n'est pas faire preuve d'imagination et de créativité pour augmenter le PIB. C'est la méthode des paresseux et des prêts à tout pour faire plaisir aux amis et se conformer aux doctrines du néolibéralisme.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 avril 2021 18 h 01

      Je suis de ceux qui pensent que la CAQ, en éducation, a répété la même erreur que le PLQ en santé: en jouant dans les structures pour faire disparaitre les commissaires d'écoles élus DÉMOCRATIQUEMENT. Chapeau aux anglophones qui se sont battus pour conserver le contrôle de leurs écoles.Le faux débat des commissions scolaires!

      « Tout ça parce qu’aucun gouvernement n’a osé s’attaquer à l’incongruité des écoles privées subventionnées. Celles-ci ont fini par cannibaliser l’école publique, la forçant à développer des programmes contingentés, voire même payants. Une vaste roue qui tourne, qui accentue les inégalités et qu’on préfère ignorer. Mais un tel débat mettrait fin à la lune de miel de n’importe quel gouvernement. Alors on parle structures. » https://www.journaldemontreal.com/2019/11/17/le-faux-debat-des-commissions-scolaires

  • Christian Roy - Abonné 3 avril 2021 19 h 26

    Re-confessionnalisation réalisée sous les yeux de tous

    "Il faut amorcer un changement de culture institutionnelle axé sur une vision plus humaniste par l’entremise d’une réelle volonté de concertation dans les milieux où le bien-être est une préoccupation constante et quotidienne." - Nancy Goyette

    Sommes-nous allé trop loin avec le modèle Toyota - modèle de gestion, j'entends ?
    Considérer l'école comme une chaîne de montage ou une entreprise de petits pois où chaque élève se voit classé par catégorie.

    Le tournant s'est fait autour de 1990 me semble-t-il au même moment où triomphait le "présentisme" comme nouvelle façon de se représenter le temps et l'individualisme couplé à la révolution informatique. Au même moment aussi où le "privé en scolaire" prenait son envol avec le sauve-qui-peut généralisé.

    La fameuse "Réforme" était une joyeuse idée - une véritable Mercédes. Mais on a oublié de mettre les sommes nécessaires pour remplir le réservoir d'essence. La Mercédes est demeurée au garage !

    Pour être de son temps, l'école s'est transformée en industrie plutôt qu'en pôle communautaire. Pas de surprise à trouver que l'humanisme - malgré tous les beaux discours - y soit devenu le dernier de ses soucis. Parlons plutôt de richesse matérielles... et d'accession au pouvoir d'achat.

    L'école est restée confessionnelle. Mais sa religion est vénère d'autres idôles.

  • Daniel Francoeur - Abonné 4 avril 2021 00 h 03

    La dissonance entre le gouvernement et les acteurs du système d’éducation

    Mme Goyette votre texte met en exergue que le bien-être est plus qu’une simple variable que l’on peut contrôler par un simple plan d’action. En effet, il me semble aussi que le bien-être des acteurs est au début de la chaîne causale d’une éducation réussie, et ce bien que la présence de différents facteurs puisse l’influencer.

    Pour ajouter à votre analyse, je pense que nos gouvernements considèrent le système d’éducation comme un système de production destiné à augmenter le PIB. Sous cette optique, le bien-être des acteurs se retrouve à des années-lumière de leurs préoccupations réelles. Ainsi, conformément à la logique néo-libérale, l’éducation est un mal nécessaire pour produire un actif destiné à être exploité par le capital. D’ailleurs, nos institutions d’enseignement ont intégré le langage et les normes de gouvernance néo-libérales en parlant plutôt de clientèle que d’élève et en faisant une place de choix aux détenteurs de contacts ou de capital dans leurs « conseils d’administration » au détriment d’élus par les parents ou par la communauté.

    En le vidant progressivement de son éthos public, le système d’éducation est privatisé en douce. Cette soumission aux schèmes de gouvernance des administrations privées constitue donc une dépossession lente et certaine du système public au profit unique d’acteurs du privé.

    Ce qui m’amène à souhaiter que le système d’éducation soit considéré comme un milieu de vie destiné à permettre l’épanouissement de chacun plutôt qu’un lieu de passage obligé pour servir l’illogisme des détenteurs de capital. En effet, il ne faudrait pas confondre l’épanouissement social et le bien-être collectif avec l’utopie du rêve américain pour tous.