«La langue» et «le français», ces doux euphémismes

«Si notre engagement, tant envers la nation qu’envers la diversité — la vraie — des cultures et des peuples, est réel, c’est à une démarche d’indépendance qu’il faut s’atteler», écrit l'auteur.
Photo: Marc Dufresne Getty Images «Si notre engagement, tant envers la nation qu’envers la diversité — la vraie — des cultures et des peuples, est réel, c’est à une démarche d’indépendance qu’il faut s’atteler», écrit l'auteur.

Ce n’est pas tant de l’état ou du déclin du français que nous traitons, çà et là, ces jours-ci, que de l’avenir de la nation qui le parle. De même, quand certains disent, avec une incommensurable candeur, qu’il faut trouver des façons de rendre « le français » attirant ou aimé, c’est en fait — ils ne s’en rendent pas compte, bien souvent — du désamour et du déficit de prestige de notre nation qu’ils parlent. En fait, dans tous les exposés, les textes, les reportages, les analyses et les plaidoyers qui traitent du français, il suffit de remplacer « français » par « Québec français » ou « nation québécoise » pour que tout reprenne son véritable sens.

Non pas qu’il n’existe pas, en ce coin de pays, des enjeux strictement linguistiques ; le mauvais état de la langue parlée et écrite en est un, criant, qu’on peine aussi à aborder franchement, d’ailleurs. Mais ce problème, à mon sens en tout cas, est indissociable de notre état d’anglicisation qui, lui, n’émane pas que d’une dynamique strictement linguistique. Il témoigne plutôt, en grande partie, de nos avancées sur le chemin de la perte d’estime de soi collective.

Ce qui, au Québec, se joue plus que jamais depuis longtemps, c’est la pérennité d’une nation et de sa culture. Pendant que, chez une certaine droite, on snobe cette question parce qu’on pense que l’anglais amène la prospérité et parce qu’on n’imagine pas un instant que l’affaissement culturel et national puisse avoir des coûts importants, à gauche, d’aucuns sont aux abonnés absents parce que, paraît-il, dire « nation » est raciste et ringard, comme nous l’enseigne le colonisateur depuis des siècles. Alors, on montre son dédain en franglais devant ceux qui s’inquiètent et on s’emploie à défendre les minorités opprimées en Alabama. Oh, bien sûr, quand il s’agit d’ethniciser au maximum un Québec « blanc » xénophobe et « nationaliste identitaire », on s’en donne à cœur joie. Quand on parle de cette nation-là, c’est essentiellement pour célébrer sa défaite, qu’on espère définitive.

Toujours est-il que, de la démission péquiste à la mutation dans le caquisme et le qsisme, nous ne sommes pas sérieux. Le nationalisme provincial et les incantations naïves sur la belle diversité qui n’attend que notre main tendue pour se joindre gaiement à nous le rappellent éloquemment. Si notre engagement, tant envers la nation qu’envers la diversité — la vraie — des cultures et des peuples, est réel, c’est à une démarche d’indépendance qu’il faut s’atteler. Mais il se fait bien tard.

15 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 2 avril 2021 04 h 28

    Comment un dialecte devient une langue

    Un dialecte devient une langue quand un groupe se pourvoit d'une armée, d'une marine et d'une aviation.

    • Claude Bariteau - Abonné 2 avril 2021 07 h 05

      Bien d'accord. Une nation imaginaire sans les pouvoirs régaliens, qui implique un contrôle territorial et une autodétermination externe et interne, 'est qu'une appellation donnée à un groupe ethnoculturel sans pouvoir militaire.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 2 avril 2021 07 h 58

    « Un dialecte devient une langue quand un groupe se pourvoit d'une armée, d'une marine et d'une aviation.» (Léonce Naud)


    Décidément, dans ce journal le débat sur la langue est complètement loufoque, sauf votre respect.

    • Jean-François Vallée - Abonné 2 avril 2021 11 h 00

      Pourriez-vous expliciter votre «pensée», M. Lacoste ?

  • Cyril Dionne - Abonné 2 avril 2021 08 h 43

    Être ou ne pas être, tel est la question

    Bon, nous sommes en pandémie et les gouvernements sont banqueroutes. La police de Montréal a supposément arrêté un suspect dans l’affaire Camara, un voleur de voiture, comme si ces derniers opéraient tout seuls et en plus s’en prenaient aux policiers. Vous êtes bien mieux de le cacher. Au sud de la frontière, plus de 167 000 américains sont morts de la COVID-19 depuis que Joe Biden est président, soit 72 jours. En plus, si ce n’était pas assez, il a créé de toute pièce une crise humanitaire au sud de sa frontière.

    Qui dit langue, dit culture. Selon la définition de l’UNESCO : « La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social ». Oui, les Québécois sont une « bibitte » à part au Canada. Pour le Canada anglais, c’est simple, ils n’ont pas de culture inhérente; ils ont tout emprunté des Américains nos anciens loyalistes.

    Ceci dit, c’est impossible de rendre une langue plus attirante ou aimée. Elle est tout simplement à partir de son aménagement culturel. Au niveau de l’écriture, avec ses nombreuses règles contradictoires elle est mal aimée, mais retrouve ses lettres de noblesses à travers ses accents.

    J’aime bien la définition du Québec de M. Payne lorsqu’il décrit les états existentiels du peuple québécois, soit la gauche et la droite. Oui, la droite est devenue une nation de « shop keepers » dont l’argent est le seul moteur et direction. C’est le provincialisme à son maximum, se contentant d’être seulement une succursale de la maison mère, l’état canadien. De l’autre, vous avez les soubresauts d’un néocolonialisme repentant d’origine anglo-américaine qui voit des victimes partout tout en se culpabilisant. Bien oui, en 2021, le nationalisme est péché selon les dogmes de la diversité comme dans citoyen du monde et de nulle part. Cela n’existe pas des nations postnationales en temps de pandémie.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 avril 2021 13 h 36

      Erratum:

      C'est bien : « Être ou ne pas être, telle est la question » pour le titre

      ou

      “To be or not to be that is the question” pour les amoureux de lord Durham. lol

  • Michel Tessier - Abonné 2 avril 2021 09 h 08

    AU COEUR DU PROBLÈME

    Bravo M. Payne. Vous allez en direct au coeur de la question dite linguistique et ce, en peu de mots.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 2 avril 2021 10 h 30

    «''La langue'' et ''le français'', ces doux (sic) euphémismes» (Nic Payne)


    Je ne vois pas en quoi les termes «langue» et «français» seraient euphémiques, mais toujours est-il que l'euphémisme étant un adoucissement, de qualifier un euphémisme de doux est redondant.

    • Denis Soucy - Abonné 3 avril 2021 06 h 51

      Une chance que vous avez pensé à cela, M. Lacoste...