La valeur exceptionnelle du parc Outremont

«Le chalet, actuellement laissé à l’abandon, a besoin d’une restauration extérieure respectueuse de ses caractéristiques et de ses matériaux d’origine», souligne l'autrice.
Photo: Capture d'écran Youtube / Événements Outremont «Le chalet, actuellement laissé à l’abandon, a besoin d’une restauration extérieure respectueuse de ses caractéristiques et de ses matériaux d’origine», souligne l'autrice.

Les modifications que l’arrondissement Outremont s’apprête à faire au cours des prochains mois au parc Outremont risquent d’endommager sa valeur patrimoniale pour les générations futures, car il pourrait perdre son caractère historique et son ambiance contemplative et champêtre pour devenir un centre d’activités et de commerce.

Concrètement, la décision d’agrandir le chalet en vue d’y installer divers services, tels un café, un comptoir pour la vente de rafraîchissements et d’aliments, la location de matériel sportif, un espace couvert pour activités extérieures à l’abri des intempéries, une zone d’exercices pour adultes… soulève beaucoup d’inquiétude et même de l’indignation chez les citoyens. Une pétition a recueilli à ce jour plus de 4700 signatures. Signalons qu’une partie des services qu’on songe à installer au chalet existent déjà tout près, au parc Saint-Viateur et avenue Bernard, et que le parc Beaubien, voué au sport et à la récréation, se trouve à deux pâtés de maisons. De plus, une variété d’activités (taï-chi, gymnastique, yoga, méditation…) se déroulent au parc Outremont de façon informelle sans qu’il soit nécessaire — ni souhaitable — que la mairie s’en mêle pour leur attribuer une zone précise.

L’étude sur les chalets et les parcs de l’arrondissement (Îlot, Montréal, 2020) affirme que le parc Outremont a une « valeur patrimoniale exceptionnelle ». Or, le patrimoine est un bien qui appartient à nous tous, étant intimement lié à notre identité comme société. Sa préservation et sa mise en valeur pour nous et pour l’avenir sont essentielles. Font partie du patrimoine, entre autres : les lieux et les paysages, les faits et les personnages historiques, l’architecture et les arts ; des aspects que nous trouvons dans ce parc de façon significative.

Rappelons que ce parc, inauguré en 1912, est le premier d’Outremont. Ce lieu a gardé assez fidèlement son aspect d’origine jusqu’à présent. Il fait partie d’un ensemble architectural harmonieux avec des maisons de style homogène qui l’entourent. Parmi ces bâtiments se détache, avec son toit pointu et la blancheur de son revêtement, le 345, avenue Bloomfield, œuvre d’Aristide Beaugrand-Champagne. Cet architecte et architecte paysager, une des figures les plus importantes de l’histoire de l’architecture du Québec, a également construit le chalet du parc en 1925. Il l’a recouvert de stuc, une rareté à l’époque, qu’il venait d’introduire à Outremont. Pavillon discret, entouré d’arbres, avec son style simple, presque rural, le chalet contribue à l’ambiance champêtre de ce parc où on a l’impression d’être loin de la ville. C’est avec cette vocation bucolique de contact avec la nature que le parc a été créé : la vente de boissons et d’aliments, la location d’articles de sport dans son pavillon iraient à l’encontre du caractère propre à ce parc.

Le chalet, actuellement laissé à l’abandon, a besoin d’une restauration extérieure respectueuse de ses caractéristiques et de ses matériaux d’origine. Il faut maintenir ses dimensions tant pour préserver la conception originale de Beaugrand-Champagne que pour éviter la coupe d’arbres qui l’entourent. Bien sûr, une réfection de son intérieur est nécessaire afin de moderniser les toilettes publiques et de les rendre plus accessibles.

En ce qui concerne les arts, le parc accueille deux importants monuments publics du patrimoine artistique d’Outremont : le cénotaphe à la mémoire des Braves d’Outremont (sculpture d’Henri Hébert, 1925) et la fontaine Les Chérubins (concepteur : Mathurin Moreau, 1927). […]

Les élus ont beaucoup à faire pour entretenir et préserver convenablement ce parc. C’est ce qu’attendent d’eux les nombreux signataires de la pétition, opposés aux modifications envisagées qui nuiraient à la valeur de ce parc patrimonial.

* Ce texte est appuyé par : Louise Beaudoin, ancienne ministre ; Emanuelle Beaugrand-Champagne, directrice de casting ; Jean-Claude Marsan, architecte, professeur émérite, Université de Montréal ; Guy Nadon, acteur ; Léa Pool, cinéaste ; Monique Simard, directrice du Quartier des spectacles ; et de la Société d’histoire d’Outremont : ​Jean A. Savard, président ; Francine Unterberger, secrétaire ; Jean De Julio-Paquin, historien de l’art et sociologue ; Pierre Joncas, du conseil d’administration, et Michèle Stanton-Jean, historienne, chercheuse invitée, Centre de recherche en droit public, Université de Montréal.

4 commentaires
  • Philipe Tomlinson - Inscrit 30 mars 2021 09 h 02

    Philipe Tomlinson

    Bonjour. J’aimerais remercier Madame Asencio et l’ensemble des gens qui appuient ce texte. Leur opinion est importante et l’administration locale prend bonne note des inquiétudes mises de l’avant. Nous prenons ce projet et son impact très au sérieux. Il est important de réitérer que l’intention pour ce chalet est de lui redonner vie en respectant son histoire et son patrimoine. Les éléments mentionnés dans ce texte (installations de services) ont tous été pris en compte dans l’analyse des besoins et l’évaluation du projet, et ce, dans le contexte de l’emprise au sol du chalet, de la qualité des matériaux et de l’architecture existante. Cela ne veut pas dire qu’ils feront partie du projet final. Lorsque nous devons analyser ce genre de dossier, nous devons souvent répondre à la question suivante : comment prendre en compte des besoins des utilisateurs d’aujourd’hui, sans sacrifier l’histoire? Je peux répéter avec fierté que dans aucun projet du genre, notre administration a-t-elle sacrifié le patrimoine bâti ou vivant. Soyez rassuré, nous ne le ferons pas dans celui-ci non plus.

  • Céline Delorme - Abonnée 30 mars 2021 11 h 17

    Droit à la nature en ville.

    J'appuie tout à fait cette lettre. " C’est avec cette vocation bucolique de contact avec la nature que le parc a été créé."
    Cela me rappelle ma participation à une consultation citoyenne il y a 2 ans, pour la rénovation du Parc Lafontaine. Tous les citoyens présents à la réunion insistaient sur la priorité des plantation d'arbres, verdures et fleurs, pour maintenir plus de nature dans la ville.
    Mais les animateurs cherchaient plutôt notre appui pour installer des structures, festivals, foires commerciales et animations de foules. Le but avoué étant d'attirer le plus de personnes et "d'augmenter " la fréquentation du Parc. La réponse unanime des participants de prioriser la nature dans le parc ne satisfaisait pas les organisateurs. Il semble que nous sommes à l'époque des grands festivals de foule donc on estime en haut lieu que les parcs doivent se transformer en rue de festival... Si on évoque son besoin de nature comme être humain, on se fait dire de déménager en région, ce que font plusieurs Montréalais.

  • Sylvie Hébert - Abonnée 30 mars 2021 13 h 48

    D'accord

    Il y a tout lieu de s'inquiéter pour l'avenir de ce magnifique parc.

  • Diane Boissinot - Abonnée 30 mars 2021 18 h 54

    [...] « une partie des services qu’on songe à installer au chalet existent déjà tout près, au parc Saint-Viateur et avenue Bernard, et que le parc Beaubien, voué au sport et à la récréation, se trouve à deux pâtés de maisons.» [...] Faire table rase de l'histoire et ne pas tenir compte de la valeur d'un urbanisme bien compris depuis longtemps pour retrouver les mêmes services déjà existant à promiscuité serait une erreur. Le ton rassurant de Monsieur Tomlinson, maire de l'arrondissement d'Outremont ne me convainc pas que cette erreur ne sera pas commise.