Se mobiliser pour les victimes de la COVID-19

«Pour que nous ne soyons plus jamais aussi vulnérables face à un ennemi invisible, il faut agir maintenant», estiment les auteurs.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Pour que nous ne soyons plus jamais aussi vulnérables face à un ennemi invisible, il faut agir maintenant», estiment les auteurs.

Une journée de deuil national pour se remémorer l’hécatombe vécue dans les CHSLD et les RPA et pleurer ensemble — mais virtuellement — les 8000 vies qui se sont terminées de façon abrupte, est-ce assez ? Serait-ce une façon de nous déculpabiliser, comme société, d’avoir regardé ce film d’horreur se dérouler sous nos yeux en dénonçant haut et fort les lacunes de notre système de santé tout en nous sentant impuissants ? Serait-ce une façon de tourner la page sur cet épisode très peu glorieux de notre histoire ? Pas du tout. La commémoration est la première étape pour faire mieux la prochaine fois… car on ne peut exclure la possibilité que ce ne soit que la première frappe d’un long combat.

En nous donnant le droit et les moyens de vivre notre deuil collectif au grand jour et de pleurer nos morts et nos familles brisées et déchirées, en soutenant les personnes ébranlées qui peinent à se remettre des vies perdues, nous ouvrons la voie à la guérison. Il y aura des cicatrices et elles nous accompagneront dans la « nouvelle normalité » qui se dessine.

C’est également le moment de reconnaître le don de soi des équipes de soins qui ont été quotidiennement au front, armées de masques, de blouses de protection, de visières et de gants, la peur au ventre de manquer d’équipement, de voir un collègue contracter la COVID-19 ou de rapporter celle-ci à la maison. Pourtant, malgré la pénurie de personnel et les nombreuses embûches, les travailleurs du réseau de la santé ont persévéré.

Ne pas accepter l’inacceptable

Commémorer ne veut pas dire accepter. On se doit d’être lucides, d’admettre nos limites et nos erreurs — il ne faut pas avoir peur du mot, il est libérateur — et accepter qu’on aurait pu être meilleurs, sauver plus de vies et surtout mieux accompagner ces fins de vie. Il faut éviter de documenter la pandémie avec une certaine complaisance, pour se donner bonne conscience. Il faut à tout prix éviter d’ensevelir nos regrets sous une pile de rapports d’enquête, pour oublier l’hécatombe et les mauvaises décisions. Nous avons un devoir de mémoire, mais également un devoir d’agir, car ce n’est pas terminé.

Pour que nous ne soyons plus jamais aussi vulnérables face à un ennemi invisible, il faut agir maintenant. On ne peut pas attendre que tous les rapports et toutes les enquêtes soient terminés pour améliorer les services et les pratiques. Ce serait une grave erreur qui pourrait coûter la vie de milliers d’autres personnes. Oui, il faut comprendre les points faibles de nos processus décisionnels pour augmenter la vitesse de la prise de décisions, revoir le fonctionnement des cellules de crise pour augmenter la fluidité des échanges d’information entre le réseau de la santé et ses partenaires, aplanir les obstacles bureaucratiques, déterminer les points d’entrée pour toucher les groupes de populations vulnérables, miser sur la prévention avant que les situations se dégradent.

Bref, il nous faut dépoussiérer la structure, l’alléger pour la rendre plus agile et efficace. Toutes ces actions doivent être mises en place dès maintenant, car la pandémie continue ses ravages, qu’il y ait une accalmie ou pas.

Mais il faut aussi agir sans tarder pour entreprendre les chantiers nécessaires à une société moins empreinte d’âgisme, à des services en institutions de meilleure qualité et surtout à un virage vers des services à domicile accessibles.

L’engagement du Collectif

Le Collectif Action COVID et ses membres, qui représentent plus d’un million de personnes, reconnaissent l’ampleur du drame qui se joue depuis plus d’un an au Québec. En cette journée de commémoration, nous souhaitons offrir nos condoléances à toutes les familles endeuillées ou touchées de près par la COVID-19, qui doivent composer avec des contraintes exceptionnelles, peu compatibles avec le chagrin engendré par la mort d’une personne aimée.

1 commentaire
  • Germain Dallaire - Abonné 12 mars 2021 08 h 11

    Aux grand maux, les grands moyens!

    La journée de commémoration s'impose non seulement cette année mais aussi dans les années futures. Une telle journée est toujours l'occasion de faire le bilan de ce qui a été fait ou pas, un exercice salutaire s'il en est. Évidemment, s'impose aussi une enquête publique ouverte à la collaboration de tous et toutes. J'insiste sur ce point, le bilan est tellement catastrophique et l'ampleur des problèmes révélés si gigantesque que tout le monde est interpellé. Tout le monde a son mot à dire dans le diagnostic et sa part à faire dans la solution. Je ne parle pas ici des grands spécialistes en "fine tuning" qui semblent maîtriser l'ABC des grands systèmes mais du quidam. Il n'y a pas de grand sauveur.
    Le premier et plus grande problème saute aux yeux: le sous-financement et le détournement de nos réseaux publics, particulièrement de notre système de santé. Nous payons le prix de 40 années de néolibéralisme pendant lesquelles le désengagement de l'État était la règle au profit (au sens propre du terme) du secteur privé. Francois Legault continue dans ce sens. On le voit avec la mobilisation du privé pour suppléer au délestage. C'est la raison pour laquelle il refuse une enquête publique. Il a déjà sa solution: c'est le recours du privé. Peu lui importe que le citoyen doive débourser de sa poche et que l'accroissement du privé se fasse au détriment du public par le transfert de personnel. Les grands principes d'égalité et d'accessibilité, M. Legault n'en n'a cure. Son idéal est un État croupion qui se contente de donner des contrats de sous-traitance. Pour ce qui est des services, au client de se les payer.
    La pandémie a montré que cette vision ne mène nulle part. La responsabilité et les services publics, ça existe. Nous sommes tou(te)s responsables de notre santé, c'est un impératif collectif. L'accroissement du recours au privé, en plus de diminuer l'accessibilité, n'a permis aucune économie. Au contraire et cela pour une raison toute simple: il y a un profit à payer.