N’éteignez pas la passion des profs

«L’un des éléments fondamentaux en relation d’aide, c’est la proximité, soit le temps qu’on accorde à chaque étudiant.e pour qu’il ou elle sente qu’on s’intéresse à sa personne et à ses apprentissages», souligne l'autrice.
 
Photo: Getty Images «L’un des éléments fondamentaux en relation d’aide, c’est la proximité, soit le temps qu’on accorde à chaque étudiant.e pour qu’il ou elle sente qu’on s’intéresse à sa personne et à ses apprentissages», souligne l'autrice.
 

« À la Fédération des cégeps, on considère que des méthodes pédagogiques efficaces peuvent faire la différence » : voilà ce que l’on pouvait lire dans Le Journal de Québec le 14 février dernier dans un article consacré au Chantier sur la réussite en enseignement supérieur. Si, en tant que professeure depuis 25 ans, je suis entièrement d’accord avec cette affirmation de l’association représentant les directions de cégeps, il m’apparaît quand même nécessaire de remettre les pendules à l’heure.

Le ministère, souhaitant voir augmenter les taux de réussite qui stagnent depuis plusieurs années, mène actuellement un chantier sur la réussite, alors même que se déroule la négociation de la convention collective des profs. Le moment est donc favorable pour réfléchir aux ajustements nécessaires.

Lorsqu’on se penche sur la réussite, on comprend vite qu’il existe plusieurs facteurs sur lesquels on a peu d’emprise (travail, contexte familial, milieu socioéconomique…) et qu’on fait face à une grande diversité d’étudiant.es, parmi lesquels un grand nombre souffre de troubles d’attention ou d’apprentissage, une proportion qui a fortement augmenté dans la dernière décennie. Conséquemment, les profs expérimentent et adaptent constamment leurs pratiques pédagogiques. De nombreuses stratégies naissent, notamment du partage d’idées lors des rencontres entre profs… quand ils et elles en ont le temps ! C’est que les tâches et les suivis administratifs prennent beaucoup de place.

L’un des éléments fondamentaux en relation d’aide, c’est la proximité, soit le temps qu’on accorde à chaque étudiant.e pour qu’il ou elle sente qu’on s’intéresse à sa personne et à ses apprentissages. Les stratégies sont multiples : échanges concernant les lectures dans un cahier de bord, temps accordé individuellement en classe, commentaires personnalisés en marge des exercices et des examens, etc. Le problème, c’est que tout cela exige du temps, encore plus quand on se retrouve avec un nombre élevé d’étudiant.es (souvent plus de 120 par session) et que plusieurs d’entre eux vivent des difficultés d’apprentissage. Souvent, la surcharge de travail des profs ne leur permet pas d’aller au bout de ce qu’ils ouelles souhaiteraient faire pourmieux les encadrer.

A-t-on oublié que les profs sont des intervenant.es de première ligne ?

On assiste à une multiplication des mesures d’aide depuis quelques années, mesures qui s’appliquent parfois même en dehors de la classe. Le nombre de professionnel.les (autres que les profs) a d’ailleurs augmenté de façon significative, alors que le nombre de profs est demeuré le même. La présence des spécialistes est certes très importante, mais n’oublions pas le rôle des profs, qui sont souvent les premières personnes vers qui les étudiant.es se tournent. Il faut considérer le temps nécessaire aux profs pour interagir avec les autres professionnel.les dans l’intérêt des étudiant.es.

Les pratiques pédagogiques sont en constante évolution et, par le fait même, les outils technologiques suscitent beaucoup d’intérêt. Le virage numérique est certes nécessaire, mais il faut s’y engager avec lucidité. Chaque prof a sa personnalité, et ses cours en sont teintés. Il est donc important d’éviter d’imposer des façons de faire et de laisser aux profs leur autonomie pour que les cours soient à leur image et, au bout du compte, beaucoup plus intéressants et stimulants. Il ne faut pas oublier que l’innovation pédagogique nécessite du perfectionnement et un engagement collectif, ce qui implique des ressources suffisantes, autant humaines que matérielles.

Bref, pour améliorer la réussite, il faudrait penser à dégager du temps pour les profs afin de leur permettre de renforcer les interactions avec les étudiant.es et de bonifier les espaces de concertation, de partage, de perfectionnement… Il faut leur faire confiance et, surtout, leur laisser de la marge de manœuvre dans leurs pratiques pédagogiques afin de ne pas éteindre la passion qui les habite.

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